Unstoppable

Ceux qui aiment prendront le train

Affiche Unstoppable

Tandis que la réputation du plus besogneux des frères Scott ne bouge pas d'un iota depuis près de ving ans auprès de la presse et des académies (trois nominations aux Oscars, sérieusement ?), le cadet Tony suit son petit train-train au sein d'une carrière incomparablement plus riche que celle de son aîné.


Très tôt reconnu, adulé et déifié, Ridley Scott n'a jamais su ou voulu se remettre du choc provoqué par les deux socles de la SF que sont Alien et Blade Runner. Persuadé depuis lors de devoir apporter film après film de nouvelles briques au Panthéon du cinéma, la mise en scène du cinéaste anglais est aujourd'hui pesante et boursouflée. En enquillant des Top Gun, Flic De Beverly Hills 2 et autre Jour De Tonnerre, Tony, lui, ne risquait pas de choper le melon. Libéré de toute obligation de résultat, c'est le petit frère qui allait brillamment réussir à maintenir le blase des Scott en haut de l'affiche deux décennies durant.

Formaliste pur et dur obsédé par la technologie et la profusion de l'information, Tony Scott affine un style, voire même une grammaire depuis la fin des années 90 autour des nouvelles sources d'image et leur articulation sur une surface plane. Probablement arrivé à la conclusion que c'est au récepteur de savoir trier les données sous lesquelles il croule, ce n'est ni le cadre ni ses mouvements et encore moins la profondeur de champ qui guident le regard du spectateur chez Scott, mais ce qui se passe sur le plan. De Ennemi D'Etat à L'Attaque Du Métro 123 en passant par le frénétique et définitif Man On Fire, Scott a imaginé et essayé tout ce qu'il était possible de superposer sur une image, tel un Peter Greenaway en mode badass. Lorsque Scott se sentira arrivé au bout d'une démarche au point d'altérer son imagination (Domino), il se lancera à sa façon dans le cinéma de demain avec Déjà-Vu et sa caméra liberté tridimensionnelle préfigurant les possibilités futures de la Performance Capture (alors que Steven Spielberg, qui développe Tintin selon ce procédé, mettait dans les mains du personnage de Tom Cruise dans Minority Report un outil de visualisation se rapprochant fortement du cinéma conçu par Scott).

Unstoppable
 

Peut-être porté par une furieuse envie de se défouler après les problèmes de production sur le Métro 123, Tony Scott lâche les élastiques pour lancer à l'écran le pitch le plus vertigineux depuis Inception : le train ne peut pas s’arrêter.
Ce mixe entre Runaway Train et Le Pont De Cassandra offre l'occasion de confondre une nouvelle fois "l'argument" et "le scénario", et par là d'amoindrir les prouesses du metteur en scène. Ce qui est bien dommage tant Unstoppable représente le test ultime d'une méthode affinée avec une demi-douzaine de métrages, la mise en danger folle d'un cinéaste défiant sa capacité à transmettre des informations au public.
Car là où les inattentifs restent persuadés qu’on leur répète le même enjeu toutes les dix minutes, Scott s’échine à éclaircir l’audience sur les dangers successifs à venir. Ce qui dans le cas présent mène à informer sur diverses manœuvres ferroviaires telles que :

dévier un train scolaire sur une voie de secours avant de rencontrer le convoi fou ;
prendre la décision ou pas de renverser le train tant qu’il se trouve en zone inhabitée ;
faire suffisamment décélérer la diabolique machine par une autre afin qu'un hélico puisse livrer un mécano (à comparer avec la séquence identique du film de Cosmatos) ;
-
accélérer la locomotive des héros alors qu'elle fonce sur le runaway train ;
faire rentrer 30 wagons là où il en va 25 ;
repartir à la poursuite de l'engin pour le tirer par la queue ;
calculer à quel moment les deux héros doivent renoncer à leur tentative s'ils ne veulent pas faire partie du spectacle pyrotechnique qui s'annonce ;
freiner l'ensemble juste ce qu'il faut avant un virage fatidique par une habile application d'opposition de forces ;
etc.

Des distances, des tailles, des vitesses, des accélérations, des directions, des sens, des parallèles… Autant de notions géométriques qui se bousculent dans la fureur de l'action avec une incontestable clarté quand en temps normal nous aurions eu besoin d'un C'Est Pas Sorcier pour nous y retrouver (rappelons que pour une scène bien plus simple Zemeckis avait eu recours à une longue répétition en maquette afin d'être certain de ne pas perdre le public à la fin de Retour Vers Le Futur 3). Le cinéma de Scott carbure ici à plein régime durant 90 minutes et pousse dans ses ultimes retranchements ses figures habituelles. Un freeze frame frontal par là pour simuler la puissance d'un choc à venir, un travelling latéral monté sur fusée par ci pour décupler la tension d'un échange, une spatialisation trompeuse du son (les cris des enfants) mais surtout la convocation de pléthore d'outils de monitoring et médiatiques afin d'inclure diégétiquement la couverture sur tous les angles de la catastrophe et les évènements possibles à venir (notamment par des cars de journalistes qui, en suivant le train, permettent également de donner un référentiel de vitesse que le convoi seul ne pourrait rendre dans les plans larges). Paradoxalement le montage image de l'action est plus lâche que dans ses précédentes bandes, sauf pour les relations entre les personnages. Il y a dans Unstoppable une prolifération incroyable de plans de réactions volontairement surjouées, comme souvent chez l'Anglais, ceci afin d'en compenser leur très courte durée et accentuer le stress de la situation.

Unstoppable
 

Exclusivement orienté vers le ressenti immédiat, le cinéma de Tony Scott ne pouvait que s'épanouir un peu plus dans l'action pure et dure flirtant avec le film catastrophe. Ses moyens pour révéler les éléments d'un récit sont définitivement aussi stimulants et prenants que l'action et le suspense qu'ils mettent en place. D'où le sentiment en sortant de ce roller coaster insensé d'avoir assisté à la ruade mécanique le cul posé dans la loco avec tous les avantages (une overdose d'adrénaline) sans les inconvénients (la migraine de Michael Bay).
Si seulement le grand frère pouvait piquer les jouets du petit…

7/10
UNSTOPPABLE
Réalisateur : Tony Scott
Scénario : Mark Bomback
Production : Tony Scott, Mimi Rogers, Alex Young...
Photo : Ben Seresin
Montage : Robert Duffy & Chris Lebenzon
Bande originale : Harry Gregson-Williams
Origine : USA

Durée : 1h35
Sortie française : 10 novembre 2010




   

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