Nos Héros Sont Morts Ce Soir

Catchfire

Affiche Nos Héros Sont Morts Ce Soir

Au lendemain de la guerre d'Algérie, Victor (Denis Ménochet, Skylab), victime d'un trauma dont on ne sait rien, se fait rencarder par son meilleur ami Simon (Jean-Pierre Martins, La Horde) pour disputer des galas de catch. 

Comme le veut l'usage, sur le ring s'affrontent un gentil, ici Simon sous le masque blanc du Spectre, et un méchant, rôle dévolu à Victor, aka l'Equarisseur de Belleville. Mais c'est un équarisseur psychologiquement instable, ne supportant plus d'être le perdant, qui demande à ce que les rôles soient inversés…

"Les genres survivent aux détournements" disait Louis Seguin, pour qui l'accumulation de signes nouveaux ne pervertit pas le fond d'un genre, mais au contraire en interroge sa finalité. A voir le premier long-métrage de David Perrault, on peut croire que sa grande cinéphilie (il est l'un des fondateurs de DVDClassik) lui a instinctivement inculqué ce principe. En effet, contrairement aux nombreux "films hommages" apparus ces dernières années virant le plus souvent aux dommages faute d'embrasser des genres ou sous-cultures non pas via le contexte dans lequel ils se sont épanouis mais par la lorgnette égotique, Perrault a conçu Nos Héros comme Scorsese avait pensé New York, New York : une reconstitution historique servant de moteur à une reconstitution cinéphile, c'est-à-dire raconter le passé tel que ce passé était reproduit au cinéma.

Nos Héros Sont Morts Ce Soir

Ainsi le film déroule de grandes séquences admirablement dialoguées dans le Paris des troquets, des gymnases enfumés et des chambres de bonne en prenant soin d'y invoquer à chaque fois les figures attendues (le twist et ses décadrages, les manigances de vestiaires et ses surcadres, la brute s'attendrissant au contact de la belle dans un ton naturaliste) dont la durée finit par laisser place à des détournements de style ou des pivots inattendus. En plus d'épaissir harmonieusement les personnages (portés par un casting génial, Jean-Pierre Martins et Pascal Demolon en tête), ces longues séquences agissent comme de micro shoots de rappel sur toutes les influences que brassait le cinéma français de l'époque.

Du détournement, il y en a encore avec les articulations qui évitent à Nos Héros Sont Morts Ce Soir de dévier dans le muséification esthétique. Outre la guerre d'Algérie, sujet tabou de l'époque dont la radio et les habitués du troquet livrent de vagues échos (nourrissant la haine de la défaite de Victor), le film se permet des écarts purement informatifs avec des archives de la télévision (dont nous sommes les spectateurs directs et les personnages les spectateurs indirects, n'en faisant allusion qu'à l'occasion) contrastant avec l'onirisme anxiogène des cauchemars de Victor (qui lui les voit doublement, car faisant toujours face à un miroir). A travers ce dialogue purement sensitif, il n'est pas bien compliqué de comprendre la signification des combattants masqués, de leur mise en scène bien appliquée (le "gentil" doit gagner) et de leur soudaine popularité durant les 60's.

Au final, ce que semble vouloir exprimer Perrault, c'est l'amour de cette époque où le cinéma français parvenait à donner vie à la fois à des courants populaires et pointus, quand le cinéma du samedi soir n'était pas coupé du monde, quand chaque cinématographie nourrissait l'autre, le cinéma de qualité française se frottant aux jeunes cinéastes nourris à Hawks et Fuller pour s'émuler mutuellement et donner lieu à ce que, cinquante ans plus tard, on continue de ressasser. Et hélas pas toujours avec autant d'inventivité et de talent que dans ce premier film de David Perrault.




NOS HÉROS SONT MORTS CE SOIR7/10
Réalisateur : David Perrault
Scénario : David Perrault
Production : Farès Ladjimi
Photo : Christophe Duchange
Montage : Maxime Pozzi-Garcia
Origine : France
Durée : 1h37
Sortie française : 23 octobre 2013 




   

Commentaires   

 
0 #1 tangoche le jeudi 31 octobre 2013 à 22:13
Film que j'avais dans le collimateur depuis un bon moment et je me demandais si vous alliez en parler.

Une pure brochette de gueule qui auraient eux leurs heures de gloires dans le cinéma français si ils avaient occupé le terrain, une quarantaine d'années auparavant
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