Deux Jours A Tuer + Les Hauts Murs

Bernie et ses petites contrariétés

Affiche Deux Jours à Tuer

"La dérision en toutes choses est l'ultime défi au malheur…" Cette citation de Sébastien Japrisot qui ouvrait Effroyables Jardins en 2003 aurait également très bien pu servir de note d'intention à Jean Becker pour son nouvel opus.


Car dérisoire, c'est ce que semble être l'existence pour Antoine (Albert Dupontel, génial comme d'habitude, surtout lorsqu'il s'agit d'humaniser du salaud), publicitaire quarantenaire ayant apparemment tout pour être happy, jusqu'au jour où il décide de plaquer boulot, amis, femme, enfants et chien (le reste on comprend, mais le chien, c'est dur), pour s'en aller en Irlande taquiner la truite avec son père (Pierre Vaneck, qui retrouve Becker 46 ans après
Un Nommé La Rocca) porté disparu depuis bien trop longtemps.
Deux Jours A Tuer
s'inscrit d'une certaine façon dans la continuité du précédent film de Becker, le beaucoup trop bavard Dialogue Avec Mon Jardinier (vous m'direz, avec un titre pareil…), et à la fois tout en ruptures. Ruptures car à la mise en scène plan-plan (plus qu'académique), Becker opte ici pour une captation à l'épaule exprimant parfaitement le désordre si ce n'est "l'état d'urgence" qui habite le personnage principal, le décor ne prend plus place dans un éternel été du sud de la France mais au sein d'une banlieue pavillonnaire anonyme en plein automne, et aux dialogues montés à la chaîne saturant le spectateur de répliques gavées de bon sens du terroir de la vraie vie des vrais gens, ici les personnages ont le temps de respirer, de vivre, d'exister, les vides ne sont heureusement pas systématiquement comblés par des leçons de vie (parce que ce pauvre jardinier, il avait beau être sympathique, le montage nous donnait juste envie de l'achever nous-même). La différence notable entre les deux bandes provient également du fait qu'ici c'est le personnage citadin qui remet en question sa propre existence, la fustige, remet à sa place ses congénères, leur hypocrisie et leur peur de la franchise. Un jeu de massacre grisant qui débute lors d'une présentation de campagne marketing à un producteur de yaourt, rappelant le récent 99 Francs.

Deux Jours à Tuer
Président, clochard ou arbre : Dupontel sait tout faire.


La continuité, on la retrouve dans la dernière partie du métrage ; nous allons éviter de spolier comme des sagouins pour ceux qui n'ont pas vu ces films, mais ce que l'on peut en dire c'est qu'ici, hélas, la dérision des jardins ou le retour à la sincérité du jardinier ne paraissent pas être des philosophies de vie adoptées en âme et conscience par le héros, et donc loin d'être apparemment complètement assumées : en effet, la révélation finale, étant illustrée lourdement par des flashbacks inutiles, n'apporte rien, bien au contraire, puisqu'elle annihile toute possibilité d'interprétations chez le spectateur, qui de toutes façons auraient très bien compris ce qu'il en était des intentions du héros. Conséquence : l'amère impression d'une tentative pataude de justifier les actes d'auto-destrucion du personnage, lui enlevant ainsi une part de mystère, la noblesse d'une telle décision, ainsi que l'aspect subversif du film (ce qui a peut-être enclin la critique à ne pas hurler à la crise de rébellion adolescente comme elle l'avait fait pour
99 Francs, Cf. la scène du yaourt meeting).
Il n'en reste pas moins un joli film fort bien écrit et admirablement interprété. Les sorties intéressantes étant chiches en ce mois de mai,
Deux Jours A Tuer reste une option intéressante si vous avez… deux heures à tuer.


Affiche Les Hauts MursEt si vous en avez quatre, vous feriez bien d'aller faire un tour à l'intérieur des
Hauts Murs de Christian Faure, d'après le roman autobiographique du grand Auguste Le Breton (auteur du Rififi Chez les Hommes magnifiquement adapté au cinéma par Jules Dassin, ainsi que du Clan Des Siciliens, Razzia Sur La Chnouf…).
Les Hauts Murs 
est un peu la version dark side des Choristes, jugez plutôt : Yves Tréguier, 14 ans, est orphelin (son père est mort à la Grande Guerre), et suite à ses nombreuses fugues (il rêve de prendre le Normandie pour gagner New York), se trouve placé en maison d'éducation surveillée, sombre cloaque s'apparentant plus à une prison pour mineurs qu'à un pensionnat. Là-bas, le jeune Tréguier va devoir apprendre à se faire respecter de ses ennemis et surtout de ses amis, à éviter les viols du caïd du dortoir, et faire face aux conditions de vie très spartiates, les enfants étant par exemple mal nourris quand les directeurs s'empiffrent de poulet rôti.
Et comme les gars n'ont pas Gérard Jugnot pour leur faire chanter la sérénade, ils se donnent des beignes à s'en faire pisser le sang, se volent, se violent, marchent sous la pluie toute la nuit en sabot de bois, se paluchent sur un genou de la directrice, se suicident, etc. Ha ça, c'est certain qu'on n'est pas prêt de voir ce métrage à 20h45 un dimanche sur TF1.
Ce serait évidemment fort dommage,
Les Hauts Murs faisant partie de ces films humbles et sincères, ne cherchant jamais à péter plus haut que leur cul en déclamant à qui veut l'entendre qu'il y a un "messaaage". Et c'est précisément ceci qui fait de cette bande une caisse de résonance puissante à l'actualité : en clôturant le calvaire de son petit héros par une simple mention sur la fermeture définitive de ces "maisons d'éducation surveillées" dans les années 70, sans aucun autre commentaire superflu, le parallèle se fait instantanément avec les discussions actuelles sur la création de divers centres pour délinquants juvéniles, montrant ainsi comment l'Etat est prêt à revenir trente ans en arrière.

Les Hauts Murs
C'est vrai qu'il fait bien l'arbre, ça fait trois semaines qu'il a pas bougé


Mais au-delà de cela, il y a un film profondément touchant grâce à une bande de jeunes acteurs tout simplement étonnants et une direction artistique parfaite nous collant littéralement à leur univers. C'est bien simple, on s'attache tant aux protagonistes que le dernier plan nous donne juste envie de découvrir la suite de leurs aventures (dans une adaptation de
La Loi Des Rues ?). Le réalisateur, Christian Faure, vient de la télé, et mis à part quelques mouvements d'appareil pas forcément nécessaires en début de bobine, il livre une mise en scène convaincante, ayant la justesse de ne jamais appuyer les moments émouvants (un simple piano dessiné sur une planche de bois, et cent choses sont dites, c'est parfait), rendant de plus hommage à un autre garçon farouche du septième art, Antoine Doinel, Les Hauts Murs commençant là où Les 400 Coups s'arrêtait.

En ce 30 avril 2008, Becker et Faure nous livrent deux illustrations parfaites de ce que doit être ce fameux cinéma du milieu. Il serait alors fort appréciable que les spectateurs et surtout la presse joignent les actes à la parole en leur donnant l'importance qu'ils méritent, car c'est bien joli de saluer l'initiative du Club des 13, mais si c'est pour ignorer les vrais bons métrages français pour mieux mettre en avant des bouses interstellaires dépassées de trois décennies à peine sorties sur les écrans (
Ca$h, Passe-passe, Disco, Lady Jane…) dont on se demande où sont passés les budgets, on peut d'ores et déjà commander un nouveau rapport pour 2018…

6/10

DEUX JOURS A TUER            

Réalisateur : Jean Becker
Scénario : Jean Becker, Eric Assous, Jérôme Beaujour & François d'Epenoux d'après un roman de François d'Epenoux
Production : Louis Becker
Photo : Arthur Cloquet
Montage : Jacques Witta
Bande originale : Alain & Patrick Goraguer
Origine : France
Durée : 1h25
Sortie française : 30 avril 2008







7/10
LES HAUTS MURS      
Réalisateur : Christian Faure
Scénario : Albert Algoud d'après le roman d'Auguste Le Breton
Production : Jean Nainchrik & Patrice Onfray
Photo : Jean-Claude Larrieu
Montage : Jean-Daniel Fernandez-Qundez
Bande originale : Charles Court
Origine : France
Durée : 1h35
Sortie française : 30 avril 2008




   

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