Borgman

Les sépare

Affiche Borgman

Un poilu farfelu vit dans un trou sous terre (ce n'est pas un Hobbit, détendez-vous) mais se fait virer par le curé et les villageois du coin. Il quitte sa forêt pour une banlieue cossue, et cherche fort civilement à se doucher.

Camiel Borgman, c'est son nom, se fait violemment refouler par le père d'une famille riche, blonde et amidonnée. La mère, prise de remords, héberge l'ermite dans la cabane au fond du jardin. Le ver est dans le fruit.

Vous l'avez compris, tout le monde le comprend au bout de dix minutes, la vengeance de Borgman sera terrible. Le tout réside dans la manière dont van Warmerdam va faire imploser cette famille trop bourgeoise, trop lisse, trop désintéressée par le monde extérieur pour ne pas subir le courroux de l'auteur du splendide Les Habitants.
Par la contamination insidieuse de Borgman, on pense évidemment à Haneke, d'autant que l'idée de contamination "méta" se propage via le changement de décor qui s'opère dès les premières minutes, le contexte et l'image donnant le sentiment que Borgman change carrément de film. Puis très vite on renifle forcément Pasolini, une fugace flagrance toutefois car la manipulation détachée de l'intrus laisse vite place à la farce et voilà qu'on se retrouve devant une révision Meuble Et Jardin de Boudu Sauvé Des Eaux. Car dès que Camiel Borgman réussit à se faire embaucher comme jardinier, avec ses camarades complices, Borgman ne se départira plus d'une mécanique à l'absurdité répétitive ne tirant jamais partie des éléments développés lors du très prenant premier tiers.

Borgman


En effet, on a ici affaire davantage au Alex van Warmerdam de La Robe qu'à celui des Habitants. Le mal, puisque c'est ça dont il s'agit (Camiel vit sous la terre, assimilé graphiquement à un cauchemar), frappe au hasard comme la robe maudite attirait les emmerdes (ici, le pauvre jardinier et sa femme sacrifiés sans aucune raison - si ce n'est faire rire avec du Guy Ritchie-like), et non après observation des vies et travers des individus. Très révélateur de cela, la topologie de la maison, bâtie spécialement pour le film, n'est jamais clairement représentée via ses cadres alors qu'une bonne part de Borgman repose sur le cache-cache et le stalking.
Se perdant dans des détours que le cinéaste a lui-même court-circuités (pourquoi faire mystère de l'origine de Borgman et ses amis alors qu'un carton introductif coupait toute hypothèse ?), 
van Warmerdam propage la bonne leçon en saccageant à la fois le jardin de la famille et son film. Oui, impossible de ne pas se détacher de ce récit lorsqu'on comprend que le seul, parmi femme, enfants, jeune fille au pair, à ne pas avoir conscience de ce qui se joue, à en être protégé, et mieux, à en être ravi (la scène du spectacle contemporain) est le père, menteur, violent, raciste. Jamais il n'aura conscience que ce qu'il chérit le plus (sa famille, sa villa) est le jouet de petits diablotins. Bien. Le Mal est taquin, certes, mais faut-il s'y soumettre lorsqu'il est aussi bête ?

De fait, on a bien du mal à voir où 
van Warmerdam veut arriver, d'autant qu'il emprunte moult chemins tortueux pour ce qui reste au final une vengeance exécutée aussi sommairement qu'un Michael Winner. Si le reste de sa filmographie ne parlerait pas pour lui, il serait difficile de ne pas conclure à de la belle foutaise.




BORGMAN
Réalisateur : Alex van Warmerdam
Scénario : Alex van Warmerdam
Production : Marc van Warmerdam, Mogens Glad, Koen Mortier…
Photo : Tom Erisman
Montage : Job ter Burg
Bande originale : Vincent van Warmerdam
Origine : Pays-Bas
Durée : 1H53
Sortie française : 20 novembre 2013




     

Commentaires   

 
0 #1 Capitaine Couac le mercredi 01 janvier 2014 à 00:00
Les arguments se tiennent et semblent plutôt cohérent mais j'arrive mal à considérer véritablement comme une véritable réflexion sur le mal, pour moi il s'agit surtout d'une manière qu'à Warmerdam d'utiliser ses personnages comme pantins d'une situation qui n'obéit à rien de véritablement logique. J'veux bien que le fantastique renvois à une réflexion un peu plus profond mais ici il me semble que cette manière de dépeindre cette d'histoire d'étranger qui fait chambouler une famille n'a pas comme prétention d'être une réflexion, juste une bizarrerie fantastique : Perçue comme ça je le trouve très correct ce long-métrage. Après ptêt que je sous-estime les intentions du réalisateurs...
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