BIFFF 2014 : The Zero Theorem

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Affiche The Zero Theorem

Terry Gilliam n'a pas pu se rendre en personne au BIFFF, mais l'auteur de Brazil gratifia les festivaliers d'un message vidéo personnalisé pour accompagner la présentation de son nouveau film, The Zero Theorem, un surprenant retour aux sources.


Londres est sous le joug d'une société technologique inhumaine envahie par la communication et le culte de l'apparence, le tout sous la surveillance d'un magnat omnipotent. Rétif à quitter la chapelle désaffectée où il loge pour ne pas louper l'appel téléphonique qui devrait changer sa vie, le grand informaticien Qohen Leth attire l'attention du directeur et se voit confier un projet : décrypter le sens de la vie à l'aide d'outils scientifiques adaptés. Leth devra composer avec la surveillance des alliés du directeur, le jeune et prodigieux fils de ce dernier et la mystérieuse Bainsley, une jeune femme avec qui il finit par lier des rapports intimes, bien qu'elle pourrait être employée par la compagnie. Mais Leth découvrira surtout une voie dont il ne soupçonnait plus l'existence...
 

The Zero Theorem 


The Zero Theorem
est la preuve que Terry Gilliam n'a jamais cessé de réfléchir au sens de la vie en dépit des absurdités qui la composent. En 1983, il participait en tant qu'acteur à la quête des Monty Python dans The Meaning Of Life mais son esprit était déjà en vagabondage comme l'illustrait le court-métrage qu'il livrait en solo pour l'occasion, The Crimson Permanent Insurance. Si les Python étouffaient dans l'absurde une question qui n'avait finalement pas de sens, Gilliam donnerait sa réponse dans Brazil par l'émancipation d'un maillon de la triste chaîne de la vie administrée : Sam Lowry. Pensant avoir trouvé une paire d'ailes dans l'amour qu'il porte à une hors-la-loi, Lowry trahit un système qui ne lui laisse plus d'échappatoire. Sa seule porte de sortie fut la folie, l'enfermement dans un monde qui n'appartenait qu'à lui. Gilliam revisita cette folie à travers le clochard de Fisher King puis de Cole, le héros de L'Armée Des Douze Singes, lui aussi anonyme maillon d'une chaîne souhaitant s'évader dans un monde meilleur. Vingt-neuf ans ont passé depuis Brazil, Gilliam a évolué, encaissé des échecs, des coups durs et des expériences familiales heureuses. The Zero Theorem est en apparence un film modeste tourné avec de grands acteurs attachés à un réalisateur estimé, mais derrière ce vernis se cache rien de moins qu'un update de Brazil qui incorpore l'expérience d'un homme de soixante-treize ans, les transformations de nos modes de vie et de nouvelles perspectives de réflexions plus en phase avec le XXIème siècle.
 

The Zero Theorem 


La dystopie décrite dans 
The Zero Theorem est grouillante, bruyante. En lieu et place des allées vides et des bâtiments conformistes de Brazil, on retrouve un paysage urbain proche du nôtre mais bien plus défiguré par les informations agressives, couleurs, costumes, bruit et vitesse. Des lieux kafkaïens marqués par les peurs totalitaires du 20ème siècle, nous passons à un environnement post-moderne où les symboles de puissance sont plus insidieux. Un Big Brother privé œuvre dans l'ombre, se fond dans le décor (littéralement) et entretient les besoins de la population, ourdissant des plans qui visent à toujours lui conférer une longueur d'avance sur ses ouailles car l'information est le pouvoir pourvu qu'on sache l'exploiter. Ses lieutenants ont un visage familier : le supérieur hiérarchique de Qohen renvoie à la fois aux personnages de Ian Holm et de Michael Palin dans Brazil alors que les mécaniciens de Central Services sont remplacés par deux gros bras. La haute société a pris le visage d'une jet set sophistiquée organisant des soirées corporate qui se soucie autant de l'apparence que leurs ancêtres étaient adeptes de la chirurgie esthétique à l'acide. 
 

The Zero Theorem 


L'homme au sein de la machine, Qohen Leth, est ce que Sam Lowry aurait pu devenir après une vie passée au sein de cette société. Génie de l'informatique d'apparence monastique, il accomplit des tâches répétitives lorsqu'il n'est pas reclus dans une chapelle pour sagement attendre l'appel qui le révélera à la vie. Son esprit cartésien a détruit le rêve, mais son excentricité se poursuit dans cette croyance religieuse symbolisée par le bâtiment dans lequel il vit. Une croyance parmi d'autres exploitée comme il se doit par celui qui sait tout et contrôle tout (il a même installé une caméra à la place de la tête de Jésus). Qohen est rappelé à son passé par le fils du magnat, une sorte de Jiminy Cricket averti qui tire sa sagesse de sa jeunesse, son impulsivité et sa volonté de ne pas se laisser contrôler. Mais le maître des marionnettes n'aura pas soupçonné le profond changement qui s'opère à l'intérieur de Qohen de par son lien avec la plantureuse Bainsley. Fantasme ambulant, Bainsley l'entraîne dans un monde virtuel et charnel que Qohen Leth ne contrôle pas mais auquel il finit par prendre goût. Finie la rebelle au grand cœur partie mener croisade, bonjour la call girl payée par le manager : leur histoire n'en demeure pas moins plus réelle que tout ce qui entoure Qohen. Terry Gilliam rétablit ainsi la balance, n'hésitant pas à créer du vrai sur du factice (dans un univers recouvert de factice) et s'adaptant au contexte technologique. Lorsque le but de ses recherches lui sera révélé et qu'une vie idéale aura été impossible à atteindre, il restera à l'anti-héros ce qu'il a acquis : l'émancipation et la possibilité de contrôler à nouveau un autre monde. 

Gilliam parvient à donner vie à un monde foisonnant, intelligemment élaboré, plus fait de bric-à-brac que de tuyaux et donc plus proche de la réalité (on ne serait pas étonné aujourd'hui de voir une pub nous poursuivre dans la rue). Ainsi il ramène l'anticipation à du quasi immédiat, ce qui la rend d'autant plus effrayante. Même si The Zero Theorem n'a pas la perfection de son prédécesseur ni la naïveté qui rendait le monde de Sam Lowry aussi touchant,
l'approche reste toujours aussi caustique et la satire aussi virulente. On souhaite à ce Théorème Zéro tout le succès du monde pour sa sortie, le 25 juin prochain dans les salles hexagonales.





THE ZERO THEOREM
Réalisateur : Terry Gilliam
Scénario : Pat Rushin
Production : Nicolas Chartier, Dean Zanuck, Christoph Waltz...
Photo : Nicola Pecorini
Montage : Mick Audsley
Bande originale : George Fenton
Origine : USA / Roumanie / GB
Durée : 1h47
Sortie française : 25 juin 2014




   

Commentaires   

 
0 #1 Colar le mercredi 25 juin 2014 à 14:11
Je crois que c'est la 1ère fois que je vois une critique chez vous radicalement opposée à ce que j'ai lu sur Capture Mag.

Maintenant je ne sais plus qui croire :)
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0 #2 viking le vendredi 15 août 2014 à 10:25
Pour moi, Gilliam rate complèteent son film. Un peu gâteux, assez lourd quand il essaie d'être drôle, mais surtout manquant totalement d'inspiration pour mettre en images son propos (qui en plus me paraît assez confus). Il est un peu à côté de la plaque le Gilliam. Un seul plan m'a paru pertinent (mais aussi un peu vieux con) : ce panneau dans le parc affichant une nuée d'interdictions absurdes.
Son utilisation de Waltz m'a beaucoup amusé au début : là où Tarantino lui donne à jouer des bavards, c'est ici un rôle très corporel et burlesque. C'est intéressant au début, puis ça devient assez vite très agaçant.
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