"- Qu'est-ce que tu penses de la violence au cinéma toi ? - Je me mets toujours au premier rang, alors ce qu'il se passe dans la salle..." Lire l'édito de mars...
S'il y a bien quelque chose qu'on ne peut enlever aux journalistes de le presse cinéma, c'est la conviction mise dans la préservation du faste et de l'intégrité des pontes du septième art.
Nous l'avons vu le mois dernier, les médias aiment se mettre en quatre pour ripoliner l'image d'un piteux milieu cinématographique. Il n'y a qu'à voir le sort réservé à ce pauvre Almodovar qui a beau user de toute sa malice pour avouer longuement (deux pénibles heures) qu'il ne fait plus aujourd'hui que des caricatures à l'aveugle de ses bijoux d'autrefois, la presse continue malgré tout à trouver toutes les qualités du monde aux Etreintes Brisées d'un cinéaste fatigué et desséché qui a depuis longtemps accepté d'être le fournisseur officiel de portraits de femmes latino-foutraques, et rien de plus. On imagine le désarroi du Pedro, constatant que même aussi évident, on s'évertue à travestir son message pour mieux vendre sa marque, son aura, une certaine idée d'un cinéma d'élite et des masses, qui ne s'adresse plus ni à l'une ni à l'autre.
Mais que dire des quintaux d'envoyés spéciaux cannois qui trouvèrent tout au long de la quinzaine plus de temps pour conter leurs rencontres de dix minutes avec des vedettes en marathon promo que de reporter les louches tractations du jury et de sa présidente Isabelle l'übber ? Etrangement il y avait très peu de monde pour relayer l'attitude de l'Huppert présidente, qualifiée de "fasciste" par un membre du jury. Quasiment personne non plus pour rapporter le mutisme dans lequel s'était enfermé un James Gray en total désaccord avec l'actrice puisque désireux de récompenser le Prophète d'Audiard ou encore les clash entre la Pianiste et la fille Argento ("Qui ça ?" aurait d'ailleurs dit Lars Von Trier). Et qui, à part Chronic'Art, pour émettre l'hypothèse que le palmarès était faussé dès le départ du fait de la relation entre Huppert et Haneke ? C'est sûr, lorsqu'on passe son temps à raconter sa chatoyante virée cannoise sur Facebook, on en a moins pour gratter le vernis. Et, comme à chaque édition, on trouvera le moyen de détourner l'attention avec le scandale programmé de la Croisette, ici le Antichrist de Von Trier, histoire de laisser traîner l'idée que tout n'y est pas forcément consensuel (par scandale cannois, comprenez "quatre pauvres critiques bêtes et réac qui sifflent et quittent la salle dans un max de bruit parce que, voyez, c'est tellement plus intelligent de détruire un film avant de l'avoir vu entier et au moins on arrive en avance aux petits fours"). Mais qu'on se rassure, si l'on en croit les blogs influents et statuts Facebook des accrédités officiels, Cannes c'est magie c'est beauté c'est bonheur. Ouf. Non, vraiment on ne trouve toujours pas l'intérêt de demander des accrédit' vu qu'on en sait souvent plus en restant à l'écoute des bonnes sources qu'en se coltinant le brouhaha hystérique. Mais qui sait, si une année on a vraiment rien à faire…
Restons encore un peu dans le déni des réalités avec la nouvelle farce de notre golvernement (nan pas de coquille), à savoir le projet LOPPSI, un pas de plus vers la bigbrotherisation de notre environnement. Nous sommes alors pressés de voir ce que vont nous sortir les geeks de tout poil comme contre-mesures libertaires… C'est pas faute d'avoir expliqué et répété que le débat autour de Hadopi était essentiellement philosophique et idéologique, qu'on puisse ou non passer technologiquement à travers n'ayant absolument aucune importance. Mais là on s'éloigne du petit confort matériel et immédiat de chacun, donc ce n'est pas dit que LOPPSI soit autant combattu qu'un HADOPI qui aura justement permis au grand public d'accepter plus aisément toute genre d'intrusion numérique.
Comme vous êtes des lecteurs géniaux, nombreux et surtout mal fagottés, ce n'est pas un lot casquette/tisheurt que nous offrons, mais deux ! Les heureux gagnants sont donc le petit Martin de Paris (75), et Frédéric de Cosne-sur-Loire (58) (comment on appelle les habitants de Cosne-sur-Loire ?)