Les archives McTiernan - A La Poursuite D'Octobre Rouge

The classic maker

Affiche A La Poursuite D'Octobre Rouge

Après avoir enchainé les hits Predator puis Piège De Cristal, McTiernan est le roi du monde. Une époque bénie désormais lointaine (sic) où il jouissait d’une grande liberté d’action comme plonger dans la politique-fiction en adaptant le best-seller de Tom Clancy.


Avec A La Poursuite D’Octobre Rouge McTiernan s’éloigne de l’action explosive et trépidante de ses deux précédents films pour une histoire où le ballet des mouvements corporels est réduit au strict minimum du fait des étroites coursives du lieu d’action, un sous-marin nucléaire russe, est remplacé par les échanges verbaux et les rapports relationnels difficiles entre les représentants de l’Est et de l’Ouest pour créer tension et enjeux spectaculaires. Pour autant, le cinéaste n’adopte pas un style de réalisation différent et demeure fidèle à sa ligne de conduite artistique comme il l’explique dans une interview accordée en avril 1990, au moment de la post-production du film,  pour le n°114 de L'Ecran Fantastique :

"Vous savez, il n'existe pas de formule magique qui vous assure le succès. Il y a simplement chez moi l'envie de distraire le public. J'aime penser que les gens en ont pour leur argent et cela m'aide dans mon travail. Je ne suis pas sûr de savoir quelles sont les autres raisons qui peuvent inciter quelqu'un à réaliser des films. En général, les gens qui veulent enseigner, se battre ou avoir toujours raison, ne réussissent pas à en faire. Il faut avoir un peu d'influence sur les attitudes, c'est certain, mais pas constamment sinon ça ne fonctionne pas. Cela m'a pris beaucoup de temps pour apprendre. Ma manière de filmer depuis Nomads est similaire, mais je pense que le résultat est aujourd'hui meilleur (rires)".

Un film qui lui tenait à cœur - "J'ai été fasciné par cette histoire lorsque je l'ai lue, voici cinq ans. J'ai eu depuis la chance de pouvoir travailler sur ce projet et de m'entourer d'acteurs que je voulais diriger depuis longtemps" - et qui ne l’aura pas ménagé en termes de difficultés en tout genre.
Toujours dans le même numéro de L’E.F, il explique ainsi :

"Octobre Rouge, c'est un film à la fois d'action et de suspense qui a été tourné dans plusieurs endroits : l'Alaska, Washington et la Californie et sur plusieurs navires également. La distribution est très importante, avec quelque chose comme cent acteurs avec des rôles parlants ! Le film est interprété notamment par James Earl Jones, Alec Baldwin, Scott Glenn, Tim Curry et Gates McFadden. Sur un tournage, les deux premières semaines se passent à expliquer aux acteurs quel genre de film on fait, qui sont les personnages à interpréter et à mieux se connaître les uns les autres pour développer un style de travail afin de faciliter le sens de la communication. C'est ainsi que cela fonctionne. Après seulement on commence réellement le film. Les huit dernières semaines, le travail est beaucoup plus efficace, tout le monde se connaît. Sur Octobre Rouge, ce fut différent car nous avions toutes les deux semaines un cast différent ! Les équipes des sous-marins américains, russes, les gens de Washington, Moscou, etc. Tous les quinze jours on repartait à zéro".

Autre difficulté : "Ce sont les effets spéciaux qui m'ont posé le plus de problèmes. Ceux concernant notamment les sous-marins, la façon de les voir sous l'eau à une distance telle que, si on était réaliste, il n'y aurait pas de lumière, donc pas d'image".

Par contre, le travail avec les acteurs fut un réel plaisir et plus particulièrement avec Sean Connery : "C'est un très grand plaisir : il est si professionnel, si exceptionnel, si expérimenté ! C'est très facile de travailler avec lui. Il comprenait tout très vite et possède le parfait contrôle de sa personne. Jamais il ne s'est fait attendre. C'était comme dans un rêve…" Des propos semblant presque anachroniques quand on sait que les deux hommes ont eu quelques problèmes relationnels sur le tournage de Medecine Man des mois plus tard.

A La Poursuite D'Octobre Rouge
 


Tournage aquatique, film d’action… La comparaison avec James Cameron ne tarde pas : "Effectivement, je me sens à l'aise dans ce domaine. Mais j'éprouve un très grand respect pour James Cameron, et jamais je n'oserais me comparer à lui. Il est vraiment très bon. Bien sûr, j'aime aussi être un "Action Director". Mais j'aimerais aussi réaliser prochainement une comédie. J'ai d'ailleurs un projet de ce genre intitulé Worldshow." Et il ne tarit pas d’éloge sur Abyss : "C'était fascinant et frustrant à la fois. Il a essayé de faire tant de choses. C'est terrible. Je sais la somme de travail qu'A La Poursuite D'Octobre Rouge représente. Nous avons utilisé près de 150 plans truqués et cela m'a rendu la vie impossible. Abyss en contient, lui, près de 350 ! C'est incroyablement complexe. Le travail fourni par le metteur en scène est inimaginable. Il est difficile de s'en rendre compte lorsque l'on voit le travail fini. Mais lorsque l'on sait comment cela a été fait c'est très impressionnant".

Mais ce modeste de McT sait lui aussi se montrer très très impressionnant, même dans des scènes ne requérant pas une logistique démesurée, des effets pyrotechniques dantesques ou des mouvements de caméra alambiqués. Comme lors de sa scène préférée du film : "La séquence où les sous-marins américains et russes arrivent finalement à prendre contact. La question est de savoir si on se fait confiance mutuellement ou pas et c'est une bonne scène très bien interprétée. J'en suis très content, c'est une séquence de quinze minutes avec des dialogues, pas de coup de feu, pas d'explosion, juste des hommes qui discutent. Et pourtant, je suis sur que personne ne quittera la salle pour aller acheter du pop corn, car il y a une tension tellement forte. Les spectateurs peuvent sortir du cinéma à d'autres moments, mais pas pendant ce dialogue ! (rires) Il est d'ailleurs plus difficile de retenir l'attention du public durant une scène dialoguée que lors d'une scène d'action".

A La Poursuite D'Octobre Rouge
 

Au-delà de ce récit se passant dans la période charnière de la guerre froide, qu’est-ce qui a titillé l’intérêt de McTiernan ? Avec Die Hard, il avait en tête une version du Songe D’Une Nuit D’Eté, pour Last Action Hero, Cendrillon… Dans Le Cinéphage n° 6 (mai / juin 1992) il révèle que son "concept était de faire de ce film une version moderne de L'Ile Au Trésor. C'est ma référence. Un jeune homme jeté dans une aventure maritime, et un super méchant qui se révèle être gentil…"

Cependant, ce n’était pas vraiment gagné tant les premiers jets correspondaient assez peu avec la vision du réalisateur tel qu’il l’explique toujours dans ce même n°6: "Le problème des premiers scripts, c'était que le personnage d'Alec Baldwin était présenté comme un héros, alors qu'il ne fait pas grand chose. Le studio nous faisait parvenir des notes demandant d'"héroiser" le type. Plein de scénaristes s'y était cassé les dents. Le scénario qui m'est parvenu entre les mains montrait Baldwin, dans la première scène, sur un canot dans le port de Boston, en train de faire une course avec un ferry-boat, un cigare entre les dents. Juste pour montrer comme il est super dur. Dur. Moi ça m'ennuyait tous ces trucs-là. J'ai vu dans Octobre Rouge l'histoire d'un type qui, dans le monde bureaucratique, est un garçonnet."

Et comme toujours, McT a dû retravailler le script à sa manière. Dans l’interview de L’E.F n°97, il revient sur ce travail d’adaptation d’autant plus difficile qu’il s’agit d’un roman à succès :

"Un très long livre est à l'origine de ce film qui comprend de nombreux protagonistes. Il est très difficile de se concentrer sur l'essentiel pour en tirer un film car ce livre est vraiment complexe. Mais j'étais intéressé par ce projet. Les producteurs ne se sont intéressés à moi qu'après Piège De Cristal. J'ai écrit un nouveau jet, voici quatorze mois, et ils l'ont aimé. C'est ainsi que j'ai été désigné pour le diriger. Puis, je l'ai réécrit avec le scénariste. Le résultat est assez différent du premier script. La raison pour laquelle il était difficile d'en tirer un film est parce qu'à l'origine l'écrivain se confondait avec le héros (c'était son premier ouvrage). C'est l'erreur la plus fréquente pour un premier essai. Inconsciemment, ils s'identifient au personnage principal et oublient d'informer les lecteurs d'éléments qui pour eux sont évidents. Cela a été le problème que nous avons rencontré. Ce gosse qu'est l'analyste se retrouve dans un monde étrange, sous l'eau, entouré de gens bizarres. Il apprend à tenir debout, à marcher dans ce milieu et à devenir un homme. J'ai essayé de sortir du livre et de développer cet aspect qui n'est pas flagrant à l'origine. C'est un peu l'histoire de Moby Dick, hormis le fait que le gamin est âgé de trente-deux ans. Il vit dans un monde bureaucratique qui le manipule. C'est un petit garçon dans ce contexte. J'ai dû reprendre tous les éléments qui me permettaient de le situer de la sorte, après quoi le travail a été plus facile. Le résultat final, après douze semaines de tournage, est très proche de ce que j'aurais pu espérer."

A La Poursuite d'Octobre Rouge
 

Quel dommage, au vu du superbe résultat, que McTiernan et Alec Baldwin n’aient pu rempiler pour les suites, Jeux De Guerre et Danger Immédiat. Et ce n’était pas à cause d’un problème de script ou d’emploi du temps comme il le raconte dans le n°577 des Cahiers Du Cinéma :

"Alec Baldwin et moi-même tenions vraiment à faire la suite d’Octobre Rouge. Un autre scénario possible circulait, mais, encore une fois, question de politique, certains décisionnaires avaient un intérêt financier à ce qu'un autre soit choisi à la place : Jeux De Guerre. Le problème était que l'IRA était vue comme les "méchants". Alec et moi sommes d'origine irlandaise. Certains membres de ma famille ont eu, prononcées contre eux, des peines de mort avant qu'ils aient atteint l'âge de quatorze ans, toute mon enfance, j'ai vu défiler pour les grandes fêtes des amis de la famille qui étaient les hommes les plus respectables qui soient, mais au-dessus desquels planait comme un secret. Ce n'est qu'en voyant Michael Collins que j'ai compris : ces hommes avaient probablement été des assassins en 1916, et ma famille les avait recueillis. Il y avait le même genre de personnages dans la famille d'Alec. Ni lui ni moi n'éprouvons de sympathie pour l'IRA d'aujourd'hui, mais nous avons résisté à la façon trouble dont le sujet - notre héritage - était traité dans le script de Jeux De Guerre. Les deux dirigeants du studio, Frank Mancuso et Ned Tanen, avaient quitté la Paramount à ce moment-là, leurs successeurs ne nous ont pas écoutés. Ils se sont débarrassés d'Alec. Alors je suis parti aussi. En fait, le sujet que nous aimions et voulions faire est celui qui a été traité dans le troisième épisode de Jack Ryan, Danger Immédiat."

C’est d’autant plus rageant que McTiernan avait très exactement en tête la progression de son héros à travers ces trois films. C’est ce que révèle Alec Baldwin dans l'émission Actor's Studio (source provenant de feu le McT Project) : "John McTiernan ne m'a donné, en gros, qu'une seule direction d'acteur pour À La Poursuite D'Octobre Rouge. Il m'a dit : "Je vais faire trois films avec ce personnage. Au début, je veux que ce soit un premier de la classe zélé, perdu au milieu de l'action. À la fin du troisième volet, je veux le voir dans un zodiaque, sur un fleuve au milieu d'une forêt tropicale, un fusil mitrailleur dans les mains et un cigare aux lèvres"". Quant à nous pauvres spectateurs, ce fantasme d’une trilogie Jack Ryan ainsi envisagée par McTiernan nous met la bave aux lèvres !




   

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