Edito

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Critique par Simidor le 10 mars 2009

Morceaux choisis

Affiche Watchmen
Suite aux propos intolérants de Zug lors de sa dernière analyse, le lobby pro-Watchmen (LPW) est venu manifester devant nos locaux virtuels. Nous espérons donc que cette critique vous donnera envie de dépenser quinze euros pour acquérir l’intégrale.

En 1986, Alan Moore et Dave Gibbons créent une série de comics exposant une uchronie dans laquelle les super-héros ont réellement existé. Suite à la naissance du Docteur Manhattan, surhomme et personnification d’une science sans limite, la face du monde a été changée. Les Etats-Unis ont gagné la guerre du Viet-Nam, ont reconduit Nixon pour plusieurs mandats et une loi a rendus illégaux les super-héros. Ceux-ci ont pris leur retraite, à l’exception des officiels et d’un certain Rorschach devenu l’ange noir de la pègre. En octobre 1985, ce monde est plus que jamais menacé par un grand conflit. Le Comédien, ancien super-héros et mercenaire pour le gouvernement est retrouvé mort. Rorschach décide alors d’enquêter sur ce qu’il pense être une conspiration contre les héros costumés.

Difficile de résumer en quelques lignes une des plus grandes dates dans l’histoire des comics. Watchmen ne se contente pas de conter une histoire de super-héros et d’apocalypse, mais tisse son fil à travers ses personnages. Chacun des épisodes étant consacré à un des cinq héros : le Comédien, le Dr. Manhattan, Rorschach, le nouveau Hibou, le nouveau Spectre Soyeux et Ozymandias. Le tout étant complété par une superbe mise en abîme des comics, d’une parfaite utilisation du média, d’une grande portée et d’un développement de ses personnages et de son univers à travers de longs dossiers qui rendent ce monde palpable. La question d’une adaptation des comics s’est très vite posée. Depuis l’abandon de Terry Gilliam qui les jugea inadaptables, de nombreux réalisateurs avaient été pressenti, parmi lesquels le très politique Paul Greengrass (Bloody Sunday, Vol 93) et Darren Aronofky. Le projet a fini par échouer chez Zack Snyder, réalisateur de L’Armée Des Morts et de 300, déterminé à le mener à terme malgré toutes ces années de development hell.

Watchmen

Son film commence plutôt bien avec un résumé sur fond de Bob Dylan de l’histoire des Minute Men, la première bande de super-héros. Exhaustif, reconstitué avec élégance, ce générique nostalgique et amer est ce qui ressemble le plus à une idée dans le Watchmen de Zack Snyder. Le reste est dévolu à Alan Moore et Dave Gibbons qui ont garanti (malgré l’absence volontaire du premier au générique) une histoire originale et riche que vous ne verrez dans aucun autre film de super-héros. Une histoire qui réserve de bons moments, un suspens efficace et des personnages originaux représentant des facettes humaines, bref des héros représentatifs des errements de leur époque. Des super-héros comme vous ne les avez jamais vus. Watchmen, le film, est au trois quart une reproduction des comics originels. Du case par case si bien élaboré qu'on ne ferait pas de différence entre l'oeuvre et le storyboard du film (à l'exception du caméo du Nixon de Futurama). Après avoir sélectionné un best of un peu trop long et taillé un peu dans le gras, Snyder se rend compte qu'il faut bien conclure car le temps presse. Il évacue alors le reste par une fin qui, par quelques modifications bien senties et compte tenu des coupes effectuées précédemment, réussit à passer à la trappe une grande partie de la portée de l'oeuvre ainsi que l'implication du spectateur dans l'explosion finale. On se prend alors à se contenter d'une discussion neuneu entre Laurie et sa mère sans être vraiment soufflés, ni même touchés outre mesure par l'issue du complot qui s'est déroulé sous nos yeux. Loin des réalités de la population que montraient la plupart des cases des comics zappées au profit des super-héros, on nage ici au bord de l'abstraction.

Watchmen

Sans plus entrer dans les détails des coupes et de l'apport maladroit de cette version, il est déjà remarquable de constater à quel point la reproduction partielle avait déservi le film. En plus d'être lent, Watchmen change constamment d'ambiances sonore et visuelle, traînant un spectateur déjà déstabilisé par la mine d'informations servant à restituer l'uchronie d'Alan Moore. Parfois ça passe (le flashback du Docteur Manhattan) mais le plus souvent, les scènes deviennent une suite de sketchs poussifs et sans âme. On ne pourra pas blâmer Snyder, est-ce de sa faute? Après tout il n'a fait que reproduire les comics et il pouvait logiquement s'attendre à créer une oeuvre somme et réflexive puisqu'Alan Moore et Dave Gibbons l'avaient fait. C'est en effet d'une oeuvre somme qu'il accouche, une somme lourde comme une enclume qui vient peser sur le cerveau d'un spectateur qui se fatiguera vite de passer des ralentis démonstratifs au symbolisme du couple de super-héros en faisant un crochet du coté du polar, du film politique et du film de "super-héros" basique. Les plus courageux pourront faire avec s'ils ne sont pas déjà abrutis par une bande son hasardeuse qui alterne coups de coudes au spectateur cinéphile, tubes classiques (la plupart n'étant pas des 80's alors que l'histoire est censée s'y passer) et une partition musicale qui surligne l'esbrouffe, oubliant de souligner l'intensité de certains moments et de développer ses personnages par des thèmes appropriés. Ceux-ci étaient pourtant la pierre angulaire d'une adaptation, à la fois originaux, forts, complexes et archi-développés au cas où quelqu'un n'aurait pas compris au fond. Rarement un réalisateur n'avait à sa disposition un background aussi puissant que celui présenté par Alan Moore. Une vraie mine d'or pour un film. Au final, Snyder se contente de tout miser sur ses acteurs (Jackie Earle Haley sauve par sa prestation la dernière scène de Rorschach et Billy Crudup retranscrit bien la neutralité scientifique de Manhattan), pour certains appropriés et pour d'autres une ridicule erreur de casting. Il n'y'a qu'à voir comment le choix du personnage d'Ozymandias et ce qu'ont fait les scénaristes de son plan remet en cause tout un pan de l'esprit du comics qu'il a scrupuleusement retranscrit une heure plus tôt.

Watchmen

Watchmen est donc fait de tout et n'importe quoi, il ne parle pas vraiment de quelque chose, il n'a pas vraiment de style, d'unité et il devient vite aussi brillant sur le papier que pompeux dans sa réalisation. Une oeuvre moyenne de par son potentiel. Le comble pour une adaptation d'un pareil chef-d'oeuvre. En interview, Zach Snyder se retranche derrière le respect du point de vue d'Alan Moore (ou de Franck Miller pour 300). Le problème est qu'il n'a visiblement pas de point de vue sur Watchmen, qu'il soit politique ou autre. Il semble n'avoir eu qu'une lecture académique et froide. Rien ne l'a particulièrement marqué, si ce n'est la cinégénie relative des personnages, qu'Ozymandias était une grosse tapette et que le comédien "roxerait" bien sur du funk. Ce copié/collé sélectif est-il réellement de la déférence ou valait-il mieux ne rien laisser pour éviter de louper une thématique ou oublier une case significative dans un matériel apparemment très riche ? Et au-delà du procès d'intention, le rôle d'un réalisateur n'est-il pas d'avoir une vision et de l'exprimer pour la transmettre au spectateur ?

Watchmen

A l'heure où l'adaptation cinématographique devient la destination finale de chaque oeuvre ayant un tant soit peu de succès auprès d'un "certain public", la solution pour éviter de se retrouver avec des caisses de films qui ne servent à rien serait que les types qui adaptent cessent de vouloir être les assistant réalisateur des auteurs qu'ils ont lus. Comme les frêres Hugues, adapteurs de From Hell, autre monument d'Alan Moore, l'avaient compris : Les comic books et le cinéma sont bien deux média différents.
5/10
WATCHMEN
Réalisateur : Dave Gibbons....euh Zach Snyder
Scénario : Alan Moore & Dave Gibbons corrigés par David Hayter & Alex Tse
Production : Larry Gordon, Lloyd Levin, Deborah Snyder
Photo : Larry Fong
Montage : William Hoy
Bande originale : Tyler Bates
Origine : USA
Durée : 2h43
Sortie française : 04 mars 2009

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 1 Posté par brotch le 10 mars 2009 à 02:27 | website

Article juste et tempéré sur ce film qui, le buzz retombant peu à peu, ne restera certainement pas dans les mémoires. Znack Snyder semble ne pas avoir compris qu'une adaptation réclame, comme n'importe quel film, un point de vue, un propos, une approche particulière de l'œuvre originale adaptée au cinéma.  
 
Enfin, pour ma part, je n'en reviens toujours pas qu'il ait osé passer la chevauchée des Walkyries sur la scène de guerre au Vietnam. Il voulait sans doute donner un côté "propagande nazi", mais le résultat est tout bonnement parodique. Effarant.
 2 Posté par Goldfrapp le 10 mars 2009 à 02:51

Loin des railleries et des acclamations, un texte lucide sur ce film qui divise. 
Presque trois heures sans enjeux qui saute du coq à l'ane sans unité, no thanks.
 3 Posté par nicco le 10 mars 2009 à 20:24

Pas adaptable, pas adaptable... Et ça alors c'est pas de l'adaptation qui défonce ?
 4 Posté par Bouhtiti le 10 mars 2009 à 23:04 | website

Vu jeudi soir au cinéma, pour ma part j'en ai pris plein les yeux et plein les oreilles (moi je trouve la BO formidable). 
C'est un film comme on voit pas tous les jours quand même! On est loin des X-men ou de Iron Man (à la base je m'attendais presque à voir ça... désolé de mon manque de culture comics).  
J'ai trouvé le film dense et du coup j'avoue n'avoir pas forcement tout bien compris tout de suite.  
Par contre j'ai couru pour acheter l'intégrale et j'en suis à la moitié de la BD! C'est extrêmement fidèle pour l'instant, à la case près comme l'a souligné Simidor. Je me depeche de finir de lire pour savoir la fin d'origine :)
 5 Posté par Geouf le 11 mars 2009 à 14:56 | website

Moi ce qui m'a vraiment marque c'est cette impression d'inacheve dans beaucoup de scenes. On sent vraiment que Snyder a filme les cases telles quelles sans voir au-dela. La scene la plus representative de ca est a mon avis la scene de la tentative de viol. Elle debarque un peu de nulle part, et surtout elle s'arrete brusquement sans prevenir, laissant un gout d'inacheve, comme si les personnages avaient ete coupes en plein elan... 
Autre moment autre, la scene de sexe entre le Spectre Soyeux et le Hibou. La musique etait tellement ringarde que toute la salle a explose de rire. A ce moment-la je me suis dit "peut-etre qu'il a voulu faire du second degre". Mais en fait non, je crois pas, et ca fait vraiment peur (la derniere fois que j'ai vu un film se planter a ce point dans les emotions qu'il est censees generer, c'etait pour la mort de Trinity dans Matrix Revolutions ou la encore toute la salle etait petee de rire devant le ridicule de la situation et du dialogue).
 6 Posté par brotch le 12 mars 2009 à 19:25 | website

@Geouf: 
 
Euhh, tu l'aurais pas vu en VF le Matrix Revolution ? Parce que bon, en admettant que cette scène traine en longueur, elle n'en est pas pour autant hilarante.
 7 Posté par geouf le 13 mars 2009 à 08:14 | website

Si, je l'avais vu en VF, c'est vrai. Et je m'étais dit "mon dieu, pour le coup ils se sont vraiment plantés" et c'est à ce moment que toute la salle a explosé de rire... 
Je ne renie pas les qualités cinématographiques et philosophiques des suites de Matrix, mais par contre au niveau du développement des personnages, les Wachovski ont foiré leur coup à mon avis...
 8 Posté par Flo le 13 mars 2009 à 11:21 | website

La neutralité et l'absence totale de point de vue de Snyder se retrouvent d'ailleurs dans ses propos:  
"Si Watchmen est considéré comme une bande-annonce de 2h30 pour le livre, ce sera ma plus belle récompense."  
Heu mec... Pourquoi... alors... En faire un film ??  
Watchmen m'a fait le même effet que Sin City ou 300 : un ennui mortel car une absence totale d'enjeu cinématographique (comme dirait Arnaud Bordas chez Djoumi: « Il se passe aussi des trucs entre les cases ! »).  
On s’amuse simplement sur le degré de précision de la retranscription sur grand écran, et à déplorer le moindre « oubli ». Watchmen c’est un peu un jeu des 7 erreurs géant… 
Maintenant, techniquement le film est beau, le casting n’est qu’à moitié raté et du point de vue de la structure scénaristique, le travail de synthétisation sur 2H40 est bien pensé ( je m'attendais à bien pire, je trouve même que la fin -bien qu'à mille lieu de la puissance de celle du comic book- tient la route ). 
Bref la note de 5 me semble juste, et je trouve la critique excellente. Merci Mr Simidor.
 9 Posté par Vaecordia le 14 mars 2009 à 00:29

Franchement je suis un inculte des comics, je n'ai pas recherché d'enjeux dans ce film... j'ai simplement été subjugué par la beauté des images. 
 
Je pense bien aller lire le comics maintenant, le personnage de Rorschach m'ayant vraiment boulversé... alors que tout le monde riait pendant le film, j'ai pleuré à plusieurs reprises tellement je trouvais ça affreusement bon. 
 
La paix construite sur le mensonge... comme The Dark Knight. Sans qu'il n'y ait le triumvira qui implose ou le plus vilain des vilains... bah là, juste avec des super-héros, je suis époustouflé.
 10 Posté par nobody smith le 14 mars 2009 à 18:59 | website

Je suis complètement d’accord sur le fait que Snyder n’appose jamais son point de vu sur ses watchmen. Le résultat est vraiment mécanique et artificiel avec un étalage de coolitude complètement hors de propos (mais qu’est-ce que vient foutre là the sound of silence ???). Cela dit, je me suis pas franchement emmerdé pendant les 2H30 et ce grâce au défaut du film : c’est une photocopie de la bande dessinée. Même vidé de leur sens (je comblais les manques instinctivement) et handicapé de tics de mise en scène (les ralentis sont moins plombant que sur 300, non ?), j’ai pris du plaisir à voir les cases du comic prendre vie et s’animer souvent de très belle manière. 
 
Sinon, la VF est quant bien foireuse avec surtout son Rorschach qui se lance parfois dans une imitation assez affligeante de Stallone.
 11 Posté par darkblob le 19 avril 2009 à 01:01

brotch, la chevauchée pendant une scène au vietnam ca te fait penser au nazisme ? et pourquoi ? et si ca te fait penser à un autre film, tu es sur que tu devrais être ici ?
 12 Posté par Noonsa le 30 avril 2009 à 09:27

Bonjour. J'ai decouvert ce site très interessant mais malheureusement assez peu souvent mis à jour. Bon courage d'ailleurs... 
 
Les propos sur des film comme Starship Troopers, Southland Tales ou encore Ponyo, m'ont conquis. 
 
Les adaptations de comics étant un filon d'or depuis de nombreuses années désormais, je trouve vos desideratas justifiés dans vos panphlets de X-Men ou de Watchmen, mais je m'oppose à deux systématismes. 
 
Le premier, étant cette forme d'intolérance à l'infidélité du film à l'oeuvre originale, ou plutôt, à l'exposition énumérée et surtout exaspérée de toutes les libertés prises par le réalisateur. Vous vous attendez à une adaptation castrée de sa substance subversive, due aux exigences commerciales. C'est donc bien dans le terme "exaspérée" qu'il faut entendre mon désarroi dramatique ;-( 
 
Le second systématisme, relatif au précédent, c'est de noter mal ou moyennement un film ne répondant pas aux critéres si exigents de cinéphiles fan de comics. Conscient du premier point, les exigences de diable commercial, certains films mériteraient mieux que la charia qui les accable. 
 
La production nivelée et standarisée demande une dénonciation et un combat de tout instant, mais de grâce, de là à tout descendre en flèche..! 
Je comprends néanmoins la vexation d'un public de connaisseurs qui sont aussi un public aimant. 
 
Voilà un petit mot plein d'empathie, promis.
 13 Posté par Je ne fais que passer ! le 06 mai 2009 à 00:47

Le problème n\'est ici pas que le comic soit inadaptable, le problème c\'est que Snyder est un putain de débile qui n\'a rien compris au comic, tout comme il n\'avait par le passé déjà rien compris à 300. 
 
Watchmen adapté par Guiliam, comme ça devait être le cas au départ, ça aurait quand même eu plus de gueule.
 14 Posté par isokilla le 06 mai 2009 à 16:15

En même temps les derniers film de Gilliam ne sont pas non plus des chef d'oeuvres.
 15 Posté par Je ne fais que passer ! le 06 mai 2009 à 21:30

Enfin quand je dis "comme ça devait être le cas au départ", c'était comme ça devait être le cas il y a une dizaine d'années, donc entre twelve monkeys et las vegas parano. 8) 
 
Et puis même si il l'avait fait en 2009, ça aurait quand même été infiniment supérieur à la version de Snyder, étant donné que gilliam, lui, est loin d'être un débile et aurait au moins compris le comic.

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