Edito

      "On dit souvent que Télérama dégomme systématiquement le cinéma populaire. Pas toujours. Télérama a aimé Amadeus, Trois Hommes Et Un Couffin ou Le Père Noël Est Une Ordure..."
Lire l'édito de l'été...
 
[REC] 2 Suggérer par mail
Critique par ZUG le 31 décembre 2009

...parce que tout n'avait pas été dit

Affiche [REC] 2
La sortie de [REC] 2 au moment des fêtes de fin d’année est-elle une habile manœuvre pour éviter la nomination aux Esquimaux Euhouards ou seulement le fait de l’incompétence de distributeurs oblitérant le potentiel de ce film ?

Dire que faire une séquelle réussie est un art délicat relève de l’euphémisme. D’autant plus lorsque l’original est un franc succès artistique et public et n’appelait pas forcément de suite. Il n’y a qu’à voir The Descent 2

Que pouvait-on filmer de plus sur la contagion zombiesque ayant dévasté cet immeuble barcelonnais et entraîné la jeune et jolie journaliste Angela dans le repaire d’une créature décharnée, crasseuse et passablement énervée ? Au vu du tétanisant plan final, on peut légitimement s’interroger. Evacuons d’emblée l’argument du "c’est pour la thune, baby. La thune  !" que l’on peut apposer à tous ces numéros deux. Ce qu’il faut prendre en considération, c’est la volonté de s’écarter de la tentation de refaire le premier en versant dans la surenchère d’effets et de proposer un regard neuf sur l’univers fictionnel créé. De ce point de vue là, on peut d'ores et déjà affirmer que [REC] 2 a réussi son pari même s’il n’est pas emprunt de défauts.

Le duo de réalisateurs Balaguero et Plaza l’affirme ouvertement, leur référence principale pour ce film était Aliens de James Cameron. Si les premières images et même la première demi-heure sont plutôt explicites (un commando de quatre hommes du SWAT espagnol s’apprête à pénétrer dans l’immeuble maudit accompagné d’un médecin du ministère de la santé pour trouver d’éventuels survivants), le but n’était pas seulement d’adapter les motifs propres au film de Iron Jim dans un nouveau contexte  mais bien d’épouser son désir de bouleverser la narration de son modèle et nos certitudes. Reprenant le principe du film tourné entièrement en vue subjective, les deux cinéastes vont doter chaque membre du commando d’une petite caméra embarquée fixée au casque et proposer ainsi une intéressante démultiplication des points de vue. Dans ces conditions alléchantes, il est dommage de constater l’utilisation limitée de ces caméras supplémentaires, les militaires restant le plus souvent groupés. Petite déception car la séquence où un des hommes se trouve isolé dans un appartement, cerné par des infectés arrivant de toute part avec un nombre de balles limité  parvenait à générer une tension digne d’une séquence de FPS. Ce que les deux auteurs ne manquent pas d’appuyer avec une vue subjective spécifique. C’est d’autant plus étonnant qu’ils n’aient pas insisté sur cette nouvelle filiation au monde vidéoludique vu que le premier [REC] était une adaptation non-officielle du hit de Capcom Resident Evil. Cependant, l’adjonction de ces nouveaux personnages reste diablement efficace car malgré leur attirail et leur entraînement, ils n’ont pas la même connaissance que le spectateur sur la nature de la menace et restent donc dans l’expectative.

[REC] 2
 
Certains reprochent au film d’être illisible lorsque les zombies attaquent mais cette confusion reste d’une extrême cohérence : ce sont des images prises sur le vif et dans ces conditions, m’étonnerait que beaucoup s’inquiètent de rendre l’action compréhensible en recadrant la scène.
Par contre, on peut regretter la propension actuelle à vouloir tout expliquer et trop en montrer et à laquelle n’échappe pas [REC] 2. Notamment dans son plan final qui est un prolongement direct du plan final de [REC].
Malgré les défauts relevés ou les réserves émises, le film tient plutôt bien ses promesses et parvient vraiment à renouveller l’intérêt pour une histoire que l’on connaît. Et cela tient principalement au rôle de cet émissaire du ministère de la santé.

Attention, chérie, ça va spoiler (jusqu’à la fin de la critique)…

Celui qu’on nous présentait comme un scientifique s’avère être un prêtre (au charisme de dingue, qui plus est) ! Il est ici pour s’assurer que rien ne sorte et surtout trouver un échantillon du sang de la petite fille possédée responsable de la contagion (celle séquestrée et qui s’est muée en grand-mère décharnée) afin de trouver un antidote. Surtout le père Owen permet de révéler la véritable nature du mal jusqu’ici à l’œuvre, nous sommes définitivement en présence d’un cas de possession maléfique et il semble bien connaître l’entité occupant les corps.

Toujours dans le souci d’apporter de nouveaux points de vue, Balaguero et Plaza introduisent les personnages de trois ados assez insupportables en VF qui ont réussi à pénétrer depuis l’extérieur. Cela permet une respiration en proposant des plans aux abords du lieu de confinement mais provoque également une rupture dans le rythme. Bien que leur caractérisation soit succincte, ils ne sont pas uniquement destinés à servir de chair à zombie. Car si l’un d’entre-eux va effectivement se faire mordre et donc se transformer rapidement, ces trois personnages juvéniles sont avant tout présents pour souligner le maltraitement dont il peuvent faire l’objet que se soit des mains du prêtre réfugié dans les combles de l’immeuble pour « étudier » le cas de la jeune Medeiros (à l’origine de l’infection) ou maintenant de la part des autorités sanitaires qui n’hésitent pas à les sacrifier en condamnant derrière eux toute sortie et de la part du reste du commando qui enfermera les deux non-infectés et s’occupera du cas du troisième ? Ou plutôt qui laissera le docteur Owen s’en occuper.

Si le film ne propose pas d’autre recoins non explorés (ou très peu), cela est parfaitement cohérent avec le projet de mise en scène sous-tendant cette suite : revisiter les lieux du massacre originel avec un autre point de vue (et même plusieurs). Surtout, cette volonté de redéfinir le premier récit est renforcée par le fait de donner au mal viral une origine ésotérique, la fiction contemporaine de [REC] où était envisagé un virus transformant ses porteurs en zombies est devenue un cas de possessions multiples ancrant [REC] 2 dans un récit au fantastique plus classique. Même le Malin s’est adapté et se transmet par contamination successive. Certes, les surprises du premier sont éventées mais l’objectif du duo espagnol n’était pas là. Encore une fois, la manière de revisiter leur propre histoire (le premier film comme certaines séquences au sein même de la séquelle) est plutôt bien vu.
Les deux réalisateurs en profitant également pour revisiter certains classique de l’horreur dont L’Exorciste bien sûr mais également The Thing en adaptant très personnellement la célèbre séquence du test sanguin pour en donner une interprétation en accord avec le thème développé ici.

[REC] 2

Et s’il fallait ne retenir qu’une image marquante, se serait ce plan voyant le retour d’Angela, la journaliste, entourée dune espèce de halo de lumière et portant sa caméra dans les bras et la tendant au prêtre comme une offrande… Connaissant la vraie nature de la journaliste, cela donne à postériori une image génialement pervertie et subversive.
Soulignons également la brillante trouvaille de donner à la vision infra-rouge de la caméra d’Angela la capacité à révéler un monde invisible normalement. Une espèce de troisième oeil, cette fois-ci technologique et non plus mystique, permettant de voir au-delà des apparences. Un procédé qui rappelle ce qu’expérimentait le héros de La Chambre Du Fils de leur compatriote Alex De La Iglesia (pour l’anthologie Pelliculas Para No Dormir).

Le film est une exploration de la peur universelle du noir, ce qu’il dissimule. Quel monstre surgira des ténèbres pour nous happer et nous y entraîner ? L’exploration de l’appartement du dernier étage par l’équipe d’intervention et du représentant du ministère de la santé se fait toutes lumières allumées. Les lieux apparaissent dès lors beaucoup moins menaçant. Mais une question taraude le spectateur du premier, où est passé cette satanée zombie longiligne qui avait finit par chopper la journaliste ? Mais plutôt qu’une horreur figurée par une hideuse créature, les quatre protagonistes vont mettre à jour une horreur cruellement tangible puisque la visite de l’appartement du prêtre va révéler les terribles expérimentations qu’il a mené sur la petite Medeiros et même d’autres enfants. De nombreuses photos et coupures de journaux punaisées au mur l’attestent. Comme pressenti à la fin du premier opus, nous sommes dans l’antre originel du Mal et pas seulement d’où est parti la contamination. Et si cet appartement saturé d’images, de signes, d’écrits, d’objets rappelle celui de John Doe dans Seven, il faut sans doute y voir là la volonté des deux réalisateurs d’établir une correspondance entre deux esprits torturés et dévolus à leur obsession et leur fanatisme. La lumière des lampes et des projecteurs révèle un obscurantisme barbare tandis que la terreur tapie dans l’ombre sera révélée par la lumière infra-rouge d’une caméra. Les deux réalisateurs revisitent ainsi le premier film et des lieux que l’on pensait connaître et mettent en évidence une dimension parallèle que chacun a pu expérimenter, les terreurs cachées dans l’obscurité, la fiction et la technologie leur donnant désormais une existence concrète.

Certes, on peut regretter que [REC] 2 mette en lumière ce que Dakness de Balaguero laissait dans l’ombre mais en l’état cela reste une suite loin d’être futile.
7/10
REC 2
Réalisateurs : Jaume Balaguero & Paco Plaza
Scénario : Jaume Balaguero, Paco Plaza, Manu Diez
Producteurs : Carlos Fernandez, Julio Fernandez, Teresa Gefaell, Oriol Maymo…
Photo : Pablo Rosso
Montage : David Gallart
Origine : Espagne
Durée : 1h25
Sortie française : 23 décembre 2009
OPEN THE NEXT
Google! Facebook! Live! Del.icio.us! MySpace! Technorati! Reddit! Mixx! Yahoo!



 1 Posté par Noonsa le 31 décembre 2009 à 18:16

S'il y a bien une cohérence dans [Rec] 2, c'est celle d'avoir fait du neuf avec du vieux (éviter la médiocrité du genre, et se différencier du premier opus), mais d'avoir aussi su insuffler une certaine terreur par l'exploitation habile de l'obscurité (malgré la VF et le pop-corn): je n'appelle pas cela un clin d'œil à nos vieux films d'horreur (Aliens, L'Exorciste et consœurs). Un jour il faudra arrêter de prêter des prétentions à des réalisateurs aussi talentueux soient-ils, mais juste y voir des coïncidences... ou plus justement, une ressemblance issue de la culture cinématographique commune. Pour caricaturer, on ne va pas s'interdire de filmer une pomme sous prétexte qu'on en a déjà filmé.  
 
Cependant, ce qui m'interpelle davantage, c'est cette impression que nous ne semblons pas avoir visionné le même film. 
 
Passe encore le scénario et la ficelle de la possession pour radicaliser l'opposition entre les deux Rec et applaudir ainsi le renouveau... je juge le saut d'un récit à l'autre, bien élastique et périlleux. 
 
Deux choses dérangent. D'abord, l'amoncellement ininterrompu d'invraisemblances. Pas qu'il faille un film scientifiquement étayé, pas qu'il n'ait point droit à l'erreur non plus, mais qu'il demeure dans le registre du plausible... là, c'est du n'importe quoi. Récit d'abord, personnages, et situations. Réellement, [Rec] est superbe (la VO est belle comme le jour), je n'attendais pas [Rec] 2 le poignard entre les dents, et j'étais disposé et honoré à lui tolérer de grosses maladresses... mais là... on peut difficilement tolérer de telles failles depuis ses premières images. 
 
Enfin, quant à la manière épileptique de filmer pour ne rien montrer (se reporter à Gladiator), pratique mais paradoxal à la suite du premier [Rec] bien ficelé à ce niveau, on ne peut à la fois l'excuser en soutenant que ce sont "ces conditions", et accepter d'une part qu'un gars s'handicape d'une caméra au risque de sa vie et d'autre part que le travail n'est pas tel qu'au final on y voit quelques images lisibles... parce que là, il ne reste pas grand chose, si ce n'est les plans fixes. Il me semble par ailleurs que [Rec] premier du nom, cadrait moins serré... 
 
Je me garderai bien de toute joute oratoire discutant du vraisemblable et de la cohérence de [Rec] 2, je pourrai citer pas mal de passages idiots du film. C'est son défaut principal, et malgré cet écueil il maîtrise convenablement l'angoisse, notamment grâce à sa première demi-heure d'exploration horrifique qui ravive d'heureux souvenirs. 
 
P.S.: le texte de la critique est bourré de fautes.
 2 Posté par Zug le 01 janvier 2010 à 16:39

Euh Noonsa, j'ai vraiment apprécié les références à Aliens et l'Exorciste. Pour moi dans ce film ce ne sont pas de simples clins-d'oeil car ces correspondances s'insèrent parfaitement et logiquement dans le récit de cette suite. Quand à la référence à Aliens, elle est assumée par les deux réal à chacune de leur interview. Je ne leur prête aucune prétention ou leur refuse le droit de s'inspirer de la culture cinématographique, je constate seulement que consciemment ou inconciemment ces influences infusent leur histoire. Mais encore une fois, ils les utilisent à bon escient. 
Certes il y a des incohérences mais globalement le film est réussi car malgré tout il parvient à revisiter sous un angle nouveau l'univers fictionnel créé. Mais je ne vais pas recommencer ma critique. 
Bourrée de fautes ? Aïe. Le secrétaire de rédaction sera sévèremement châtié en étant obligé de souhaiter sincèrement la bonne année à tous ceux qu'il connaît ! :)  
Sérieusement, pour les fautes, je plaide coupable et les corrigerai.
 3 Posté par Thibault le 01 janvier 2010 à 18:07

Je me demande pourquoi personne n'a jamais tenté avec des yeux électroniques enregistrant tout ce que voit le personnage sans qu'il ne soit encombré outre mesure. Je ne sais pas, un cyborg, un individu amélioré ou un soldat du futur par exemple. On aurait la cohérence et l'immersion, ça aurait sérieusement de la gueule.
 4 Posté par BigJimSlim le 03 janvier 2010 à 16:26

Thibault -> Jette un oeil à Strange Days...
 5 Posté par trukmachin le 03 janvier 2010 à 18:25

faudrait une hybridation entre les plans subjectifs de Strange Days et un univers à la Rec
 6 Posté par Youn le 03 janvier 2010 à 22:43 | website

Autant le premier [Rec] m\'a véritablement plu (non seulement le FPlike était cohérent mais en plus, ça faisait flipper), autant cet opus m\'a véritablement déçu. Si la première partie passe convenablement (avec une VF pas trop mauvaise), la seconde a un goût amer.  
- des ados crétins (\"t\'as vu il est trop bizarre, viens on le suit ! délire !\") avec une VF insupportable qui plus est, 
- le concept fantastique du premier film gardait une part de mystère ; ici Balaguero et Plaza ont la finesse d\'un phacochère et exploitent le thème de la possession d\'une façon décevante et parfois ridicule, 
- la suspension d\'incrédulité est étirée à l\'extrême (le coup de l\'infrarouge...). 
C\'est loin d\'être une bouse (quelques moments bien furieux viennent nous tirer de notre déception), mais la déconvenue est belle et bien présente. 
 
5/10

Ouvrez-la ! Avec pertinence et correction. Tout troll sera automatiquement supprimé.
Nom :
E-mail :
Site web :
BBCode :Insérer un lienInsérer une adresse e-mailInsérer une imageTexte en grasTexte en italiqueTexte soulignéCitationCodeOuvrir une listeAjouter une ligne à la listeFermer la liste
Commentaire :



Code de vérification :* Code
Je désire être prévenu par mail des commentaires qui suivront.

 
+ Article précédent   + Article suivant
Le bulletin de notes
 

Derniers commentaires

02/09 | Noonsa | All The Bo...
01/09 | Esther | All The Bo...
31/08 | Erz | Toy Story ...
30/08 | dud | Toy Story ...
30/08 | pau | Toy Story ...
30/08 | Esther | Toy Story ...
26/08 | Reda | Postal
25/08 | dud | Postal
25/08 | Clemz | Postal
24/08 | Klaark | Postal

Le strip de Macfly

 

 

Aeon Flux RSS

Ecrire pour L'ouvreuse - Pointer vers L'ouvreuse - FAQ - Mentions légales - Nous contacter
© 2010 Créateurs d'Univers - Tous droits réservés