[Rec]

Tu auras peur, ouiiii, tu auras peur...

Affiche [REC]

Le cinéma, au cours de son histoire, a subi une évolution liée aux avancées technologiques. Ainsi chaque nouvel apport technique permit à de nombreux réalisateurs de faire évoluer les codes de la mise en scène (citons en vrac  la passage au parlant, l'invention de la Steadycam, le numérique et dernièrement la Performance Capture).


Ainsi, tous les plus importants créateurs d'images ont tenté de repousser les limites de l'immersion afin d'apporter au spectateur une expérience sensitive différente.
Cependant, certains codes cinématographiques deviennent des passages obligés voire des carcans dont il est difficile de s'affranchir, mais des réalisateurs un peu fous explosent régulièrement les limites du média pour apporter une autre expérience cinématographique (par exemple The Blade et Time And Tide de Tsui Hark, ou même son Legend Of Zu qui est un effet spécial à lui tout seul).
Que faire pour impliquer davantage le spectateur et faire de lui une part du film ? Utiliser la caméra subjective semble être la réponse la plus appropriée, mais dans une époque dominée par l'image paradoxalement vide de contenu, le spectateur a appris à être méfiant avec ce qu'il voit. Ou plutôt avec le discours lié à l'image, que ce soit avec les reportages télévisés ou autres émissions de real TV qui n'ont bien sûr absolument rien de spontanées, étant scénarisées et surmontées (Pékin Express est truqué ! Sans blague, mais est-ce que ça vaut vraiment la peine de s'en offusquer et d'en faire un événement médiatique ?).
Pourtant, Le Projet Blair Witch tourné en caméra DV fit le buzz à son époque, et quoiqu'il fallut une sacré dose d'implication pour "croire" au film, il fut un énorme succès au regard de son budget (surtout avec un final qui montre un gars en train de pisser contre un mur, mais je m'égare). Conséquence : certains se sont dits que la DV était le support cinématographique du nouveau millénaire, rendant l'image plus réelle que le réel. Oui, peut-être, mais comme tout outil technique cela se vérifie s'il y a derrière un vrai projet de réalisation, et soyons fous, un vrai réalisateur.

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A ce moment-là arrive Cloverfield, un film de monstre géant filmé en caméra subjective visant l'implication du spectateur. Oui mais voilà, le film plonge tête baissée dans des erreurs évidentes qui marqueront une distance avec le public. La première est de faire de ses personnages des jeunes new-yorkais CSP+++ tout droit sortis de la série Beverly Hills, bien fringués, beaux, ils organisent une soirée pour le départ au Japon de l'un d'entre eux (faisons le parallèle avec La Guerre Des Monde de Spielberg, autre film post 11/9, qui prend pour "héros" un prolo de base...). La seconde est de prendre comme caméraman référent un gros neuneu qui utilise pour la première fois une DV HD, et de montrer son visage. Alors évidemment, mettre le public dans la peau du mec le plus bourrin de la soirée ça n'arrange pas l'implication, d'autant plus quand on  tient la cam n'importe comment, sauf à certains moment durant lesquels le réalisateur se dit qu'il y a encore une ou deux règles cinématographiques à respecter lors de l'imbroglio amoureux du début, et lors d'un joli panoramique vu d'hélicoptère. Passons.
Evidemment, si on prend exemple sur le jeu vidéo et le FPS en particulier, cela fait longtemps que l'on a compris que ne pas montrer le héros est une règle essentielle, renforçant l'empathie du joueur avec son avatar, mais aussi que l'ambiance sonore est un élément crucial de l'expérience sensitive (Doom 3, Silent Hill, Resident Evil...). Et c'est là que débarque [REC] de Jaume Balaguero, film qui a tout compris à son sujet et qui, lui, raconte une histoire.

Le principe est le même et se résume ainsi : une journaliste et son caméraman (que l'on ne vote jamais et qui sait tenir une caméra) réalisent un reportage sur les pompiers de nuit. Cela débute comme une émission classique avec la présentation des personnages, leur lieu de travail et leur vie, mais tout bascule lors de l'intervention de ces derniers dans un immeuble, et on passe alors de la fable sociale au pur film d'horreur.
Tout est fait pour que le spectateur ait l'impression de suivre l'émission en temps réel, or petit à petit il se trouve embarqué pour une expérience sensitive hallucinante renforcée par une ambiance sonore morbide allant créscendo (aspect qui semble illogique mais que l'on assimile inconsciemment) jusqu'à un final terrassant pour les nerfs : il faut être sacrément accroché pour ne pas être pris par l'histoire et ses rebondissemnts. C'est bien simple : bien que court, le film est interminable, et lorsqu'il se finit vous pouvez enfin reprendre votre souffle et quitter la salle en tremblant.

Là ou Cloverfield n'était qu'une montagne russe sympathique, [REC] est une pure expérience cinématographique, l'ultime film de frousse renvoyant des péloches comme 30 Jours De Nuit ou Blair Witch aux oubliettes. L'action de Cloverfield se déroule dans une mégapole, celle de [REC] dans un simple immeuble, à l'architecture classique (grand escalier, appartements...) mais la gestion de l'espace est parfaitement maîtrisée de bout en bout. Car il ne suffit pas de bouger sa caméra n'importe comment, de faire passer un monstre dans le champ pour faire peur, il faut aussi faire preuve d'intelligence dans sa mise en scène. Et c'est bien là la réussite du film, savoir allier caméra à l'épaule et mise en scène en faisant oublier cette dernière au spectateur afin de le mettre sur les rotules, mais aussi entre deux scènes d'actions présenter des personnages secondaires incroyablement humains et banals à la fois, des gens à qui on s'attache en quelques secondes. Et c'est là, dans un environnement qui nous est socialement familier que l'horreur et la violence surgissent, et devant les dangers présents de tous les côtés de l'immeuble, c'est un sentiment d'oppression qui vous prendra aux tripes jusqu'au final digne d'un Silent Hill.

8/10
[REC]
Réalisateur :
Jaume Balagueró & Paco Plaza
Scénario : Jaume Balagueró, Luis Berdejo, Paco Plaza
Production : Julio Fernandez
Photo : Pablo Rosso
Montage : David Gallard
Bande originale : Xavi Mas
Origine : Espagne

Durée : 1h20
Sortie française : 23 avril 2008

Bonus : la tête que vous ferez en voyant le film.




   

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