Quantum of Solace

Un minimum de consolation

Affiche Quantum of Solace
Ou lot de consolation. Ainsi pourrait on traduire le titre du 22ème James Bond. Et effectivement, la passionnante poursuite de la redéfinition du personnage est un minimum pour nous consoler d’une débauche d’action pyrotechnique absolument illisible.

Casino Royale, le précédent épisode (rien moins que le meilleur film d’action de 2006), avait brillamment remis les compteurs à zéro en redéfinissant le personnage comme la mythologie associée en s’appuyant à la fois sur les caractéristiques du succès de La Mémoire et La Mort Dans La Peau et en revenant aux origines littéraires du mythe puisque Casino Royale est le premier roman mettant en scène Bond. Notre espion est plus violent, agit sans fioritures, il n’est plus le misogyne consommant des james-bond-girls comme d’autres des clopes (c'est-à-dire les unes après les autres) et surtout apparaît faillible et pétri de doutes. Une humanisation bienvenue qui permit enfin au spectateur de se sentir impliqué dans des tribulations autrefois clinquantes, artificielles et déconnectées de tout réalisme (mis à part peut être le très bon Permis de Tuer). Autrement dit, l’identification marche à plein et l’on est touché par le drame vécu par Bond, sa bien-aimée le trahit et meurt tragiquement. Dès lors, il n’aura de cesse de traquer les responsables de cette organisation tentaculaire qui auront dévoyé Vesper sa fiancée. Quantum of Solace reprend donc là où se terminait le précédent, lorsque Bond pénètre dans la propriété de l’énigmatique M. White et le colle dans le coffre de son Aston Martin aux fins d’interrogatoire. Bond veut sa vengeance et est prêt à toutes les extrémités. Mais pas encore à suivre les pas de Jack Bauer (autre J.B célèbre) puisque la scène de torture qui s’amorçait sera finalement déjouée.
S’il peut surprendre de prime abord, le choix de Marc Forster en tant que réalisateur marque bien la nouvelle tournure prise par la franchise. Abonné aux drames intimistes et aux récits centrés sur les caractères (Stay, A L’Ombre de la Haine, Neverland), Forster est tout indiqué pour développer la nouvelle psychologie de l’espion. Malheureusement, sa méconnaissance des films d’action laisse toute latitude à une production poursuivant la modernisation du mythe en collant de plus en plus près à Bourne et en particuliers le dernier opus cinématographique, La Vengeance Dans La Peau .

Mon nom est Bourne, Jason Bourne
Mais n’est pas Paul Greengrass qui veut. Et au découpage et montage millimétrés des séquences dans la gare et de poursuite sur les toits de Tanger, on préfère nous asséner une bouillie filmique où absolument toutes les scènes d’action sont incompréhensibles ! Le procédé de caméra embarquée dans les carambolages et les corps à corps était déjà handicapant et énervant dans le pourtant très bon film de Greengrass, il est ici utilisé sans parcimonie ou une quelconque volonté de construction narrative. C’est le nouveau James Bond, il faut donc que ça pète dans tous les coins, que ça aille vite (et vas y que je te découpe et surdécoupe et dix de der) et que ça soit percutant. Problème, passé la porte de sortie de la salle, impossible de décrire avec précision un enchaînement d’actions sans faire appel aux vagues sensations ressenties. C’est donc le principal point noir et le plus dommageable. Avec le scénario.
Certes, la série n’est pas reconnue pour sa complexité narrative mais bien pour ses scripts prétextes à tous les délires. Cependant,  la trame de Casino Royale bien que simple favorisait la montée en puissance d’un récit attaché à un destin plus personnel qu’à l’accoutumée et augurait d’un traitement comparable dans un film envisagé avant tout comme séquelle plutôt que comme un énième épisode déconnecté de toute continuité. On retrouve pourtant la même équipe à l’écriture. En lançant James Bond sur la trace d’une organisation ayant infiltré jusqu’au MI-6, on se prend à rêver d’une intrigue favorisant la paranoïa mais elle s’avèrera malheureusement  plus classique avec son méchant mégalomane (Amalric) voulant prendre le contrôle planétaire d’une ressource naturelle indispensable, l’eau. Un Matthieu Amalric plutôt bon jusqu’à ce que son personnage, Dominic Greene, pète un câble dans la dernière bobine en s’attaquant à James armé d’une hache d’incendie et poussant des petits cris dignes d’une Monica Sélès de la grande époque. Quant à Olga Kurylenko, admirable de beauté, elle peine à faire oublier une Eva Green sublime d’authenticité. Et si Daniel Craig est toujours aussi convaincant dans le rôle titre, ne laissant plus transparaître que de trop rares émotions, à l’image de Jason Bourne,  il devient de plus en plus mutique et monolithique, affirmant ainsi sa nouvelle détermination. Ce qui ne change pas par rapport à l’opus précédent, c’est que l’espion est clairement montré comme un voyou en smoking et ultra violent.

Quantum of Solace
Quelqu'un peut me dire après quoi je cours ?!

De la continuité dans le changement.
Le reboot Casino Royale est plus qu’un retour aux origines mais bien une redéfinition complète. Et Quantum of Solace démontre son respect de cette nouvelle continuité dès le premier trailer mis en ligne. Celui-ci se montre en tous points comparable à celui de Casino Royale. Si les images diffèrent, le rythme et le montage sont les mêmes. Poursuivant dans la même veine, et même si d’indécrottables aficionados le déploreront, nous pouvons constater la disparition de Q, miss Moneypenny et des gagdgets loufoques. Ce qui est regrettable par contre est la laideur du générique tant visuellement que mélodiquement.
Mais si le bond nouveau déçoit dans la gestion des confrontations physiques, il se montre vraiment réjouissant dans la peinture renouvelée des principaux protagonistes. Ainsi M semble de plus en plus perdue dans le nouvel écheveau géo-politique et stratégique (son plus proche garde du corps est un traître, elle tombe sur le cul en apprenant l’existence d’une organisation si puissante et restée secrète si longtemps, elle est incapable de raisonner ou maîtriser son agent…), l’agent féminin de liaison en Colombie est à la base une documentaliste du MI-6, l’agent de la C.I.A Lassiter n’a aucune liberté d’action pour aider son ami Bond et ce dernier a le visage de plus en plus marqué de cicatrices au fil du récit, boit comme un trou des coktails dont il se fout du nom et de la manière de les préparer et se montre d’un pragmatisme terrifiant lorsqu’il se débarrasse du corps de son ami Mathis dans une benne à ordure. Enfin, signe des temps nouveaux ici à l’œuvre, jamais l'espion ne profèrera le célèbre gimmick "Mon nom est Bond, James Bond" et la célébrissime séquence où Bond dégaine face caméra ne débute plus le film mais le clôture.
Outre le pompage éhonté de l’esthétique JasonBournienne, la preuve que la franchise bondienne évolue dans un contexte plus contemporain tient à l’environnement plus réaliste. La C.I.A est obligé de sous-traiter ses complots et ses renversements de régime à une tierce organisation, la richesse la plus précieuse à posséder n’est plus le pétrole mais l’eau et pour la première fois de la série, James Bond est enfin confronté à la réalité du terrain et aux injustices causées aux populations civiles. Lorsque Camille et Bond s’extirpent de la réserve d’eau souterraine, ils traversent un village souffrant de ces barrages asséchant les pompes. On s’attarde donc sur cette file de femmes et d’enfants amaigris et assoiffés, attendant désespérément qu’un flot jaillisse du tuyau mais devant se contenter d’une seule goutte. Cette séquence n’a l’air de rien mais devient essentielle dans le désir de faire de Bond un caractère plus actuel et factuel.

Quantum of Solace
Ne me dites pas que cette gourde ne sait plus où elle a garée sa voiture !?

La mort de Dominic Greene est une maigre consolation (poumons noyés après absorption d’huile de vidange) pour Bond dont la douleur de la perte est intacte, mais son parcours aura permis de boucler une première boucle, les deux films l’installant comme un véritable agent des services secrets de sa Majesté : Quantum of Solace se termine par une scène similaire à celle débutant Casino Royale, Bond en complet-veston et long manteau est assis dans la pénombre et braque sagement son interlocuteur. Si dans Casino Royale il y gagnait son double zéro, ici il y gagne une nouvelle virginité et légitimité.
Alors oui, il y en a assez des séquences explosives illisibles, non vous n’apprendrez pas ce que signifie vraiment le titre du film, oui les scénaristes en ont un peu trop gardé sous le coude en ne livrant aucune clés ou information sur le consortium responsable des malheurs de Bond (tout juste apprend t’on que Greene a tout balancé à James sur l’organisation Quantum) mais les responsables de la franchise restent toujours attachés au renouveau d’une saga emblématique et sclérosée depuis trop longtemps. Demi échec, Quantum of Solace peine à confirmer les promesses de Casino Royale. Oublie la vengeance James, par contre tu nous dois une revanche.
5/10
Quantum of Solace
Réalisateur : Marc Forster
Scénario : Ian Flemming, Neal Purvis, Robert Wade, Paul Haggis
Production : Barbara Broccoli, Michael G. Wilson, Callum McDougall, Anthony Waye
Photo : Matt Chesse & Richard Pearson
Montage : Roberto Schaefer
Bande originale : David Arnold
Origine : Angleterre / USA
Durée : 1h47
Sortie française : 31 octobre 2008




     

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