Edito

      "On dit souvent que Télérama dégomme systématiquement le cinéma populaire. Pas toujours. Télérama a aimé Amadeus, Trois Hommes Et Un Couffin ou Le Père Noël Est Une Ordure..."
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Critique par nicco le 11 juillet 2008

Le gland de la baderne ours

Affiche Le Voyage Aux Pyrénées
En juin les frères Wachowski, en août les frères Dardenne, ce mois-ci les Larrieu Bros. Un planning estival pour fratries cinéastes plutôt arrangeant étant donné qu'en août, l'ouvreuse est en vacances.
Loin de nous l'idée de sous-entendre que nous ne sommes pas fâchés de rater le prochain opus des auteurs du définitif Rosetta, mais comment dire… il commence à faire fatigue là.
En vacances, c'est d'ailleurs où se rendent Mr et Mme Go (Speed, Go ?), nom d'emprunt pour un couple d'acteurs vedette dont le mari (Jean-Pierre Daroussin) pense qu'un séjour d'aération aux Pyrénées fera le plus grand bien à la crise de nymphomanie de sa femme (Sabine Azéma). Voilà.
Ha oui, c'est vrai, j'oublie, on a le droit de souligner la simplicité d'un scénario seulement pour les films où ça bouge dans l'image, pas pour ceux où c'est gris et lent. My bad.
Faut broder donc, et si possible livrer les moindres secrets du film à ses lecteurs tout en s'émerveillant de la plus évidente des métaphores : Aurore, l'actrice, n'étant pas plus attirée par son mari qu'avant sa montée de libido, ne voit pas comme un inconvénient l'effritement rapide de leur petit incognito, se faisant ainsi sauter solliciter par les mâles à la ronde. Son vice bestial trouvera écho dans une relation d'abord mystique puis charnelle avec un ours lubrique assez particulier puisqu'il fume, passe ses journées avachi dans l'herbe et urine debout en se la tenant à deux mains (dommage, ils ont coupé la scène où il défèque en lisant L'Equipe). Revenue à l'état sauvage, Aurore va reproduire le même schéma avec son mari délaissé : quête mystique via trois prêtres naturistes puis intervention de la foudre divine pour un final qui leur permettra de se redécouvrir comme au premier jour (Aurore… nouveau jour… L'Aurore… tout ça…).

Karim Dridi a raison, limiter le concept de "cinéma social" aux seuls films consacrés à la France d'en bas est assez ridicule. Du cinéma social il en existe aussi et surtout sur les classes supérieures, l'inconvénient étant que les deux genres sont exclusivement destinés au public de la seconde catégorie. Si les Larrieu ont choisi d'évoluer au sein de cette sphère douce et tranquille, ce n'est évidemment pas pour en faire un tableau au vitriol à la Chabrol, comme pouvait le laisser penser par moment Un Homme, Un Vrai, ni pour en explorer les arcanes, jouer avec les mœurs voire édifier un contexte ludique propre à intéresser tout à chacun : c'est en partie pour, comme le disait sommairement Michel Vial lors du festival de Cannes 2005, proposer des "histoires incongrues de bobos qu'on croirait écrites pour d'autres bobos".

Le Voyage Aux Pyrénées
La jouissance sexuelle selon les Larrieu : autant dire qu'ils sont sacrément à la bure.

Sans véritable intention ni propos, les Larrieu offrent de quelconques œuvres formatées à leur public (flûtes du Cefedem du coin + Vercors = génie marketing), composées juste ce qu'il faut d'excitation, de pseudo-brisure de tabous et d'innocentes surprises afin de donner l'impression qu'il se passe des choses, qu'il y a de la vie. Si Un Homme, Un Vrai faisait illusion grâce à un scripte intéressant bien qu'il fut gâté par la propension de ses géniteurs à apposer le label NF dans tous les coins de l'écran, Peindre ou Faire l'Amour et ses dialogues ahurissants d'artificialité (ressemblant mots pour mots tantôt à une dissert' de lycéen, tantôt à un article de Psy Magazine) donnait des indices sur la nature de l'œuvre des Larrieu, en accointance avec la cinématographie nationale : avoir dix ans de retard sur le reste du monde et l'arrogance de penser en avoir dix d'avance. Ce qui explique sûrement le relâchement plastique de ce Voyage Aux Pyrénées, dont les plans ternes, pauvres et exagérément granuleux ne ressemblent jamais à la dernière partie du très bien shooté Un Homme, Un Vrai. Tout comme la mise en scène plutôt correcte de Peindre… laisse place ici à de sales faux raccords d'axe ou de regards qui écorchent les pupilles (la scène entre Azéma et le cuistot tibétain, masterpiece).
L'écriture est à l'avenant, les personnages principaux étant trop exagérés pour laisser place à une satire sur les acteurs, et pas assez originaux pour être drôles. Par contre les Larrieu ridiculisent tout ce qui a un accent : ne jamais décevoir les attentes de son public !

De ces gesticulations grotesques de starlettes en goguette, on en retiendra une dernière partie, comment dire… spéciale. Sans trop en dévoiler, c'est un peu comme si Jodorowsky débarquait sur un plateau de Rohmer et distribuait du peyotl à toute l'équipe : Daroussin apprend le tibétain plus rapidement qu'Ahmed Ibn Fahdlan le viking, Philippe Katerine montre son ziguigui et joue de la gratte avec deux autres défroqués, Azéma devient femelle sasquatch et son mari kiffe l'absence, jusqu'à un retournement littéral de situations complètement mythique.
Bien évidemment tout cela reste très très sage, sinon comment voulez-vous que Jacque Morice y trouve sa dose de fantaisie : "Dans un centre de cure, Aurore, les joues en feu, invite un beau masseur, littéralement à ses pieds, à transgresser les codes de sa déontologie. Celui-ci s'exécute et commence à lécher et suçoter les doigts de pied en chocolat de sa cliente. Des cinéastes qui osent ce genre d'excentricité, ils ne sont pas légion en France." (Télérama)

Un vrai dépravé le Jacquot : il lui suçote le gros orteil ! Chaud. Ne cherchons même pas à imaginer ce qu'il put ressentir devant Querelle, Short Bus ou Lust, Caution, rappelons juste pour la forme ce qu'avançait le monsieur à propos du seul vrai film hédoniste français de ces dernières années : "C'est cette énergie qui manque ailleurs, dans cette fresque où la poésie païenne est moins débridée que figée. Annaud a fâcheusement tendance à freiner tout élan". (Télérama, what else ?)
C'est sûr, Sa Majesté Minor était figé, avec un Satyre qui sodomise José Garcia en reluquant des Nymphes, un homme vivant avec une truie puis dévoilant son membre turgescent à tout un village, un phallus de bois comme bijou décoratif, c'est forcément moins excentrique qu'un suçage de gros orteil. Et plus figé.

Reconnaissons donc au moins cela aux frères Larrieu : pour qu'une telle absence totale de risque soit élevée au rang "
d'excentricité" ou "d'extravagance", c'est forcément que quelque part, leur formatage fonctionne très bien.
4/10
Le Voyage Aux Pyrénées
Réalisateurs : Arnaud & Jean-Marie Larrieu
Scénario : Arnaud & Jean-Marie Larrieu
Production : Bruno Pésery
Photo : Guillaume Desfontaines
Montage : Annette Dutertre
Bande originale : Daven Keller
Origine : France
Durée : 1h42
Sortie française : 9 juillet 2008
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 1 Posté par Joseph L. le 13 juillet 2008 à 00:56

C'est sûr, Sa Majesté Minor était figé, avec un Satyre qui sodomise José Garcia en reluquant des Nymphes 
 
Morice fait une exception pour les scènes avec Vincent Cassel, juste avant le passage que vous citez: 
 
Le film est parfois gaillard - les scènes avec Vincent Cassel, archipoilu et flanqué de cornes, se distinguent parce qu'elles ont plus de pep.
 2 Posté par Joseph L. le 13 juillet 2008 à 12:01

Faites gaffe, Pierre Murat est d'accord avec vous:  
 
CONTRE 
 
Un conte surréaliste : c'est ça qu'ont visiblement voulu tourner les frères Larrieu. Mais depuis quand surréalisme rime-t-il avec je-m'en-foutisme ? Et puis, d'ailleurs, l'insolence du surréalisme, sa provocation, sa subversion, elles sont où ? Dans un vrai faux ours qui arpente les abords du village ? Dans la nymphomanie de l'héroïne ? Dans les chansons décalées de trois moines bardes ? Mais alors il faudrait qualifier de surréalistes les nanars calamiteux de quelques ringards des années 60 - Max Pécas, Philippe Clair, feu Robert Thomas. Et proclamer définitivement l'égal de Luis Buñuel leur chef de file, Jean-François Davy, auteur de Bananes mécaniques et Prenez la queue comme tout le monde, farces paillardes, absurdes mais aussi peu inventives que ce mauvais trip pyrénéen. 
 
Bon, pour trouver que Ozon, Kéchiche ou Desplechin sont des exceptions à la nullitose ambiante, il faut être vraiment indulgent... Tiens, au fait, pourquoi l'Ouvreuse ne se penche-t-elle pas sur cette Sainte Trinité du cinéma d'auteur national?
 3 Posté par Winst le 25 juillet 2008 à 03:40

Toute façon un film avec Sabine Azéma, faudrait vraiment être con pour aller le voir. Même pour du fric j'irai pas. 
 
Chapeau à Nicco, quelle abnégation, je sais pas comment tu as fait (xanax ? yoga ? se faire le film en trois fois ?).

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