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Critique par nicco le 5 août 2009

Le ciel peut attendre

Affiche Là-Haut
Quinze ans, dix longs-métrages, et quoi ? Dix bijoux du cinéma d'animation ? Tranquille Emile (Cohl). Pixar aligne les grands films comme d'autres enquillent les lois anticonstitutionnelles.

N'allons pas jusqu'à supputer qu'ils écoeurent la concurrence, mais quand on nomme son nouveau projet Tempête de Boulettes Géantes, c'est que quelque part on dépose les armes face à l'empire Lasseter.

L'an dernier, il y eut Wall-E, et le monde entier (excepté le tandem Ferenczi / Murat) s'accorda sur le statut définitif de l'œuvre, même les plus respectables leaders d'opinion, citant noblement une première partie "muette qui revenait aux sources du cinéma d'avant le bruit et la fureur quoi" (quand un orchestre tabassait des cymbales à deux mètres du spectateur, donc), caution artistique aboyée par nos bons attachés de presse nationaux invariablement repris en chœur par Technistudiolive (perso j'entendais un robot répéter "Eeeeeeveuh" mais autant c'était des acouphènes). Le dithyrambe mondial fut tel qu'il persuada une ville de vieux sur la côte (ou sur la touche) d'ouvrir son prochain festival avec le nouveau métrage du studio à la lampe. Tout auréolé de cette suprême reconnaissance, que fallait-il attendre de ce Up au trailer pas férocement excitant ? Réponse de Pixar : une claque dans ta gueule.

Et la claque, elle part avec élan.
Elan pris lors d'une magnifique première bobine contant la rencontre d'un petit bonhomme silencieux s'éprenant d'une vigoureuse aventurière, bien plus bavarde et dégourdie que lui. Ha, ça vous rappelle quelque chose ? Bizarre. L'amour du petit bonhomme le mène rapidement à dépasser ses frayeurs pour impressionner la dulcinée. S'ensuit une longue séquence musicale résumant la vie du petit couple à travers un incroyable sens du récit, tout en fluidité, légèreté et gravité : chacune des  décisions de Carl et Ellie est matérialisée par un objet iconique (la bouteille tirelire) ou une allégorie d'une simplicité toute poétique (les nuages qui, d'objets divers, se métamorphosent en bébés dans un ciel destiné à devenir le lieu des rêves inassouvis), les ellipses sont signifiées par de bêtes parallèles (le pique-nique sur la colline) et les passages dramatiques survolés dans la pudeur d'une succession de travellings éloignés. Le tout sur la bande son divinement rétro d'un Giacchino qu'il faut vénérer un peu plus chaque jour, et allez, sèche tes larmes.


Là-Haut
« Eeeeveuuuh !!! Ha zut non, c'est pas là. »

Donc cette année, il y a
Là-Haut, et le monde entier (exceptés Abott et Costello) retombe dans l'émerveillement le plus enfantin, et ce par l'audace folle d'auteurs qui osent faire naître et mourir une histoire d'amour sans parole dans les dix premières minutes d'un film "pour enfants", car l'animation ça ne s'adresse qu'aux enfants apprend-on régulièrement chez les internautes influents (je dois aussi avoir les acouphènes des yeux car à chaque Pixar je vois trois adultes pour un gniard dans les salles). Enfin, cet amour ne meurt pas vraiment puisque le vieux Carl transfère sur sa petite bicoque colorée (qui gêne les promoteurs et leur bétonnage) toute la tendresse qu'il avait pour sa femme, ainsi que l'amertume de ne pas avoir tenu ses promesses de jeunesse. Le foyer comme lieu de vie mais aussi comme lieu vivant, argument classique de l'animation (du célèbre cartoon sur la vie d'une petite maison – qui a le titre ? - à Monster House de Gil Kenan) qui sera ici plus métaphorique que littéral, et servira régulièrement de parenthèse émotionnelle au cours de l'aventure : il suffit que Carl s'adresse amoureusement à sa maison en la nommant "Ellie" (ou qu'il pose juste sa main sur la boîte aux lettres) pour que les dix premières minutes vous reviennent sur l'autre joue.
Gonflé par ce monde qui veut le mettre de côté, ne voyant en lui qu'un vieillard et non un homme avec une histoire belle et triste, avec des rêves et des désirs, Carl le grincheux met les voiles et s'envole vers les chutes du Paradis. Ainsi dans
Up, pour donner un sens final à son existence, il faut rejoindre les fall. Et oué, Pixar chantre de la décroissance et critique de la win à tout prix, faut bien s'appeler Murat pour l'ignorer.

Comme dans la vie, rien n'est simple, Carl va se voir adjoindre un sidekick, Russel, scout en surpoids et en surmanque affectif. Tous les deux nous la joueront un instant "Get off my lawn" façon Gran Torino – heureusement qu'il est blanc le Russel sinon qu'est-ce que les messieurs des Inrocks se seraient fâchés tout rouge encore ! Soulagement pour les rédactions aussi outrées que branchouilles, Pixar n'est pas allé débaucher le grand Clint pour peaufiner le script, mais Thomas McCarthy, auteur de quelques films indé tout ce qu'il y a de plus indé, c'est-à-dire bourrés ras la gueule de poncifs, de situations caricaturales et de pitch photocopiés à la main puis lissés sous les aisselles pour s'adapter à la spécificité d'un nouveau personnage (un nain, un vieux…). Mais ses films mettent surtout en vedette des personnages solitaires, limite misanthropes, qui apprennent à s'ouvrir aux autres à travers le partage d'une culture (les trains pour
The Station Agent, le djembé – et oué – pour The Visitor). C'est du côté de ce dernier film qu'il faut sans aucun doute voir l'inspiration des auteurs pour le personnage de Carl, le métrage de McCarthy mettant en scène un veuf taciturne confronté malgré lui à une jeunesse qui vient squatter sa demeure

Là-Haut
De là-haut, il voit pas sa maison.

Posée sur des fondations en béton (la relation entre les deux personnages sauve des gags qu'on craignait trop évidents dans la bande-annonce, tel que celui du GPS par la fenêtre), la bicoque et son équipage s'envolent pour une aventure old school rapidement rythmée par la fausse apesanteur due aux ballons d'hélium qui "coince" l'aérostat en l'air et les héros au sol. Obligés de refaire face au monde de la terre ferme, nos deux délaissés sont confrontés à Kevin, lointain cousin de l'oiseau idiot de For The Birds, et à l'armée de chiens causeurs qui le chassent, à l'origine de quelques scènes les plus tordantes du film ("Je ne te connais pas mais je t'aime !!", et surtout le déjà célèbre : "Ecureuil !!").
Conclu par une scène de dogfight qui n'aura jamais aussi bien porté son nom (dans laquelle on peut y voir un petit clin d'œil à
Wallace et Gromit) et l'ultime retrouvaille de deux solitaires ayant comblé leurs failles, Là-Haut, avec son tourbillon d'émotion mêlées de rires, réussit l'exploit d'être au-delà des attentes de l'après Wall-E.
Avoir un instant émis l'idée que Pixar pourrait juste une fois faire un peu moins bien, ce n'est pas vraiment douter d'eux (ce sont peut-être des génies, mais également des hommes !), c'est simplement valoriser tout ce qu'ils nous ont déjà offert. Car qui peut toujours faire mieux à l'infini ?

Quinze ans, ce n'est pas l'infini, c'est sûr, mais leurs dix premiers long-métrages nous ont déjà transportés bien au-delà. Alors juste, merci les gars.

8/10
UP

Réalisateurs : Pete Docter & Bob Peterson
Scénario : Pete Docter, Bob Peterson & Thomas McCarthy

Production : John Lasseter, Andrew Stanton, Jonas Rivera
Bande originale : Michael Giacchino
Origine : USA
Durée : 1H36
Sortie française : 29 juillet 2009

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 1 Posté par Kissoon le 05 août 2009 à 11:26

C'est en lisant ce type de texte que je sais pourquoi je viens sur ce site ;) 
 
Même si parfois vous êtes horripilants (si si ^^ ), j'aime retrouver ici votre façon de causer de votre amour du cinéma, d'essayer de partager votre ressenti.  
Continuez les gars !
 2 Posté par Klaark le 05 août 2009 à 11:55

Le "célèbre cartoon sur la vie d'une petite maison" auquel tu fais référence est "The Little House" réalisé par Wilfred Jackson en 1952 pour Disney.
 3 Posté par Colar le 05 août 2009 à 14:30 | website

Excellente cette critique. Rhâââ ça donne envie d'aller le voir illico ce flim. 
 
J'ai une explication pour ça cela-dit : « je dois aussi avoir les acouphènes des yeux car à chaque Pixar je vois trois adultes pour un gniard dans les salles ». Alors 1) les couples tendent à avoir de moins en moins d'enfants, c'est-à-dire un. 
2) Les couples divorcent parce que sinon t'es un has-been. 3) Ils forment d'autres couples parce que le célibat c'est has-been (mais la mode a l'air de changer ces temps-ci, faut faire un sondage). 4) Ils restent néanmoins bons amis (l'ex couple, faut suivre) pour le bien de l'enfant, son équilibre psychologique, toussa. 5) Le gosse DOIT voir les Pixars parce que c'est marqué dans madame figaro. 6) Il faut accompagner le môme au ciné parce que c'est un repère de pédophiles belges. 7) Ils vont donc tous ensemble voir le Pixar. 7 bis) sauf un des 4 qui a piscine. 8) Ça fait 3 adultes pour 1 mioche. 9) C'est très QFD.
 4 Posté par Colar le 05 août 2009 à 14:32 | website

8) = 8 ) 
 
Je suis tombé dans le piège à cons. Saloperies de smilies.
 5 Posté par Noonsa le 05 août 2009 à 14:34

En espérant que ce film d'animation enfonce moins de portes ouvertes que Wall-E, néanmoins belle fable écolo. Bon, après quant à savoir si on a vendu à nos gosses des Happy Meal Wall-E... Je préfère ne pas savoir.
 6 Posté par LordHenry le 05 août 2009 à 21:15

jolie critique, j'en reviens de ce film la, et ... j'ai trouvé ca particulierement triste ca, largement plus que les autres pixar 
 
surtout bcp plus touchant que wall e... 
 
je pense que c'est dommage qu'ils soient soumis a walt disney, qui veut a tout prix viser les enfants 
alors que les 10 premieres minutes de ce film (et qq autres passages) et qq passages dans les autres, sont fantastiques de "maturité
 7 Posté par Banchiviste le 06 août 2009 à 12:27 | website

Ce qui est marrant (et pas du tout hasardeux), c'est que la thématique principale de Là-hautrejoint totalement le problème de la "bande à murat", à savoir ce truc que les psys surnomment le "lâcher-prise" et qui traduit la capacité (ou non !) à renoncer à certaines de ses croyances limitantes
Après avoir vu ce vieux bonhomme attaché par une corde à sa maison décrépie qu'il traîne derrière lui (paye ton image de pénitent) en refusant de la voir comme un boulet parce qu'elle porte ses rêves "d'envol"; je crois que, dans la séquence finale, l'écrasante majorité des spectateurs croise les doigts et prie pour que le héros lâche l'affaire, littéralement à l'image qu'il "lâche-prise", et qu'il laisse enfin cette maison-boulet aller tranquillement mourir à l'endroit le mieux indiqué. 
Encore une fois, une image juste (et une écriture mûrement réfléchie) vaut 10 000 mots; permet d'aborder un concept psychologique pas si évident que ça avec une totale évidence. Et encore une fois, ceux qui gagneraient le plus à entendre ce "message" se bouchent les yeux et les oreilles. Rien que du très normal... 
 
Noonsa : va dire à quelques centaines de millions de personnes qu'elles s'apparentent à des nourrissons, des assistés de la vie accrochés à leur tétine, parce qu'elles ne savent même plus danser au rythme du cosmos... et je crois que c'est plus une "porte dans la gueule" qu'une "porte ouverte" qui t'accueilleras.
 8 Posté par Noonsa le 06 août 2009 à 13:40

Un ptit virulent quand même ta remarque à mon post, mais d'abord erroné je crois. J'ai l'impression que tu t'es mépris sur mon commentaire. Je te reprocherai alors plus ta diligence que cette méprise. Un moment, on se croirait sur un forum de jeuxvideo.com, en réalité, sur la quasi-totalité des forums: c'est le règne du monologue, pas du dialogue revitalisant espéré avec les moyens de communication de multipliant. A la vue de ton commentaire, vu qu'on n'a pas élevé les cochons ensemble, je ne voulais pas répondre. 
 
Bref. Je clarifie mon point de vue. Je ne juge pas Là-haut, je le l'ai d'ailleurs pas vu, et ton commentaire sur le film donne d'ailleurs envie de le voir :) smiley! 
 
L'ennui, c'est que tu m'as prêté des propos ou idées que je n'ai jamais eus! 
Wall-E. J'ai juste dit que ce film enfonçait des portes ouvertes, et je tempaire expressément mon propos en qualifiant le film de belle fable. C'est un comble quand même... Wall-E m'a beaucoup plû, ça n'empêche pas que son message soit simple, ce n'est en rien une insulte ou un discrédit du film. Ma vision est que les sujets du films sont simples, et je ne dis pas simplistes! Et ça n'enlève en rien à leur nécessité, leur universalisme, etc... Faut bien éduquer nos jeunes! Ces portes ouvertes en sont, mais faut les rappeler, et les perpétuer. Ainsi, si j'utilise le terme de porte ouverte, c'est davantage pour relativiser l'ascension de Wall-E comme œuvre superbe et géniale. Y a rien de révolutionnaire dedans. Par contre c'est beau et nécessaire! 
 
Enfin, quand je parle de MacDo, je précise justement que je ne souhaite pas savoir si MacDo et je ne sais quels détenteurs de droits ont vendus des Happy Meals utilisant l'image du film. Parce que ça irait à l'encontre du message du film. 
 
En somme, j'ai relativisé deux fois dans mon commentaire, alors que tu me pointes deux fois du doigt. J'ai été très triste ;-( 
 
Ce serait dommage et contradictoire de plébisciter un film comme Wall-E et de tirer à boulets rouges, pour une méprise. Peace and cosmo-love!
 9 Posté par Reckoner le 06 août 2009 à 16:03

"Une claque dans la gueule", c'est exactement le terme qui m'est venu à l'esprit en sortant de la salle. 
 
Si vous avez la chance (enfin... l'argent surtout) de le voir en 3D, n'hésitez pas, ca vaut vraiment le coup.  
 
Sinon petit clin d'oeil sympa à Ratatouille vers la fin du film, lorsque les chiens vont préparer le repas :"Surprenez moi !" :grin
 10 Posté par Banchiviste le 06 août 2009 à 22:31

Noonsa : aucune virulence dans mon post. Tu te méprends en m'accordant cette méprise (n'entends-tu pas le son doux de ma voix ?)puisque la "porte dans la gueule" n'est pas la mienne mais celle de ceux qui ne voudront pas entendre ce qui est dit à leur sujet dans un film si grand public (j'ai lu des tonnes et des tonnes de remarques au sujet du discours "écologique" de Wall-E; pratiquement rien au sujet de l'attaque en règle des réflexes de régression consumériste). 
Et à mon humble avis, ce que je soulignais plus haut au sujet du thème de la "danse" n'a évidemment rien de simpliste, mais je pense qu'il n'a rien de simple non plus
 11 Posté par Simidor le 06 août 2009 à 22:54

Félicitations pour cette critique très évocatrice. J'ai revu défiler ces divines premières minutes devant mes yeux. Et ce final, ou comment terrasser le spectateur en deux plans. C'est incroyable de voir le signifiant qu'arrivent à créer les gars de PIXAR rien qu'avec des images. Puis ces images s'associent à d'autres durant le film de sorte qu'il n'y a pas besoin d'en dire plus pour comprendre. Pas besoin de passer par le cerveau, on s'adresse direct au coeur. 
 
Pour ma part,à placer entre Toy story 2 et les indestructibles. Merci les gars :)
 12 Posté par Noonsa le 07 août 2009 à 00:35

Entendu. Désolé de t'avoir jugé un chouillat véhément! et tant mieux! je suis du coup très pressé d'aller le voir. Une question me turlupine du coup: en 3D, ça rend vraiment mieux? 
 
Enfin, pour Wall-E, le consumérisme stigmatisé m'avait vraiment plu: graphiquement, des boules sur fauteuils, pailles à la bouche et téléphonie au bout des doigts, c'est rare. J'ai trouvé ce point nettement plus pertinent que le sujet écolo-sauvons-la-planète, et ou l'histoire d'amour. 
 
Si ce sujet de la sur-consommation a été omis par le critiques, je ne peux que le déplorer.
 13 Posté par Noonsa le 09 août 2009 à 23:49

Sans esprit de contradiction, il est très bon, voire excellent. 
 
L'humour est très présent, et contentera les petits par ses gags attendus, et les grands par une subtilité digne d'intérêt. 
 
Le ton du film, triste et mélancolique dans une très belle première partie, laisse s'installer ensuite l'aventure de ces compères que tout oppose, sauf l'essence de leur vie, leur enfance passionnée d'aventures. Ce ton étonne, les productions étant peu familières d'aussi longs moments hors-action, où l'on n'est pas en plein dans le sujet du film. 
 
Et pourtant, l'histoire est finalement classique, et décevante, aussi insolite soit la situation: le vieillard, à l'aube de toucher son but, doit faire le choix "difficile" d'aller sauver la princesse... Quant à la fin, elle n'a pas sa place... 
 
Le seul hic du film se fait vite oublier devant une tonne de mignonneries et d'humour ravageurs. 
 
J'espère, maintenant, que l'utilisation de personnages atypiques mais désormais encrés dans l'anti-politiquement correct ne se se décidera pas uniquement pour surprendre et glaner de bonnes critiques, mais servira un scénario plus cousus.
 14 Posté par Vae le 10 août 2009 à 14:24

Écureuil !
 15 Posté par Christian le 16 août 2009 à 20:34

Pas totalement convaincu par la partie aventure du métrage, mais la justesse avec laquelle PIXAR nous fait parcourir la vie de couple de Carl lors de la première bobine m'a tout simplement arraché les larmes. Tellement, qu'il suffisait ensuite à Carl de juste effleurer l'album d'Ellie, pour que je sente à nouveau l'émotion me prendre à la gorge.  
 
4 Écureuils /6 :)

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