Edito

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Critique par Denver le 9 juin 2009

Le meilleur des deux mondes

Affiche Coraline
[Tribune des lecteurs] Neuf ans. C’est le temps qu’il aura fallu pour enfin voir le nouveau film du réalisateur de L’Etrange Noël de Mr Jack.

Après avoir fait patienter les fans avec la ressortie 3D l’an dernier de son chef-d’œuvre de 1993, Henry Selick (quoi ? C’est pas Tim Burton qui a réalisé L’Etrange Noël ?) revient enfin à la réalisation et à l’animation pure, après l’échec du sympathique mais bancal Monkeybone.
Et pour son grand retour, qu’il aura bien eu du mal à réaliser, il choisit de s’atteler à adapter un livre de Neil Gaiman, l’auteur à l’œuvre riche et considérée comme culte pour beaucoup. Parfois auteur de BD comme Sandman ou de livres tels que Stardust ou Coraline, Gaiman est aussi scénariste, que ce soit d’œuvres originales comme Mirrormask, ou d’adaptations personnelles (l’horrible Stardust de Matthew Vaughn) ou pas (La Légende de Beowulf, co-écrit avec Roger Avary). On le retrouve donc, très naturellement à l’écriture de l’adaptation de Coraline, aux côtés du père Selick.

C’est avec le studio LAIKA que Selick s’est associé pour Coraline, après les avoir rejoints pour superviser les jolies animations sous-marines de La Vie Aquatique de Wes Anderson ainsi que pour réaliser Moongirl, court métrage récompensé dans plusieurs festivals.
Après ces concluants essais, LAIKA et Selick se sont donc attelés à ce projet complexe et ambitieux, car aussi réalisé pour sortir en 3D. Evidemment, il faudra se battre pour le voir dans ces conditions-là en France, mais le film montre encore une fois la volonté des créateurs de vouloir offrir un spectacle visuel total. Malheureusement, le sympathique festival Jules Verne a diffusé le film dans une superbe copie numérique, mais non en 3D. Et tous les impatients, lassés de voir le film repoussé en France (il était censé sortir en avril dernier), ont dû se tourner vers l’Albanie (le pays de Christine) où le film est visible depuis quelques temps, en version "simple" bien évidemment. On comprend que les coûts de l’équipement 3D sont importants, mais vu l’offre qui se multiplie, il va peut être falloir penser à se bouger les fesses les enfants.

Coraline

Bref, revenons à Coraline, vous savez, le film qui met à l’amende Les Noces Funèbres, œuvre bien pauvre, d’un certain Tim B., réalisateur désireux de retrouver la gloire d’un film réalisé en 1993 et parti tourner des nanars remplis de plans de grue.
Pour certains (voir le blog de Rafik Djoumi), Selick et Burton ne seraient pas en extrêmement bons termes, malgré Selick qui s’est dit partant pour donner une suite à L’Etrange Noël. Du coup, difficile de savoir réellement la teneur ironique et piquante de Coraline, mais il est quand même évident que Selick reste attaché à un univers macabre proche de celui du réalisateur de Beetlejuice, tout en s’en démarquant de manière claire, de par ses choix esthétiques bien marqués. Nombreux donc seront ceux qui penseront que Selick livre une œuvre trop "burtonienne", trop proche de l’univers du bonhomme, et il se peut que Coraline en souffre. C’est pour cela donc qu’il faut faire preuve d’un certain recul pour apprécier le film, et bien se dire que Selick et Gaiman sont là, sachant très bien ce qu’ils font, avec leurs univers et leurs visions des choses.


Visuellement, le film est vraiment magnifique. La technologie est parfaitement utilisée, l’animation d’une fluidité incroyable, et la projection numérique rend vraiment justice aux idées, aux décors somptueux et à la lumière époustouflante. Difficile donc de ne pas rentrer totalement dans le voyage de Coraline, et je parie que l’immersion est décuplée en 3D.
Le délire est donc total, d'autant plus que le scénario des compères est très bien ficelé, permettant une progression assez intelligente dans la découverte du monde parallèle avec une bonne installation du récit et des personnages bien écrits. L’interactivité entre les deux mondes fonctionne, les parents sont excellents, autant dans leur apparence à la fois rassurante et effrayante, que dans leur comportement, assez bien écrit pour rappeler à tous certains sentiments d’enfance et certaines peurs liées à la figure autoritaire et pénible qu’ils ont pu être. Cette ambiguïté inhérente au film est sûrement sa grande réussite, tant il réussit à traiter son sujet sans tomber dans le symbolisme lourdingue ni dans la démonstration morale comme trop des films "pour enfants" ont tendance à faire. Le métrage fonctionne totalement à ce niveau-là, se permettant d’offrir un voyage total au spectateur.

Coraline

Mais c’est justement là qu’il pêche, car à trop vouloir donner, Coraline se perd dans sa narration et les enjeux ont du mal à arriver à un dénouement clair. Pendant une bonne heure, on est dans le voyage et la découverte des deux mondes, avec leur brochette de personnages loufoques, leurs décors somptueux, leurs idées visuelles débordantes. Et puis, d’un coup, un conflit est introduit, et dès ce moment, le film peine à se terminer et à fermer les axes narratifs développés auparavant. C’est dommageable car le déséquilibre est tel qu’on sort un peu du film, et le charme, jusqu’alors total, disparaît peu à peu pour arriver à un final légèrement plat et bien en deçà du reste du métrage.
Il est dommage de terminer sur cette petite touche négative, car durant une heure, Selick et Gaiman avaient réussi à livrer une œuvre attachante et sublime, portée par l’excellente partition d’un Bruno Coulais en grande forme qui réussit à livrer un score parfaitement adapté au délire, tout en y apportant quelque chose de très décalé et vraiment réussi. Mais encore une fois, il va falloir supporter les rapprochements incessants avec un certain Danny E.

Pour conclure, difficile donc de ne pas vous conseiller d’aller voir Coraline, en 3D si possible, qui, malgré des petits écarts scénaristiques, reste un périple merveilleux devant lequel les grands enfants que vous êtes ne pourront pas s’empêcher de repenser à ce que vous imaginiez ces longues journées d’été quand vous vous emmerdiez chez mamie et que vos parents vous pompaient légèrement l’air.
7/10
CORALINE
Réalisateur : Henry Selick
Scénario : Henry Selick & Neil Gaiman d'après son livre
Production : Claire Jennings, Mary Sandell, Henry Selick, Bill Mechanic…
Photo : Pete Kozachik
Montage : Christopher Murrie & Ronald Sanders
Bande originale : Bruno Coulais & They Might Be Giants
Origine : USA
Durée : 1h40
Sortie française : 10 juin 2009
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 1 Posté par the dude le 09 juin 2009 à 07:57

on sent le vécue dans la dernière phrase ! ^^ 
 
je vais essayer de trouver ce film en 3D ...
 2 Posté par Zug le 09 juin 2009 à 09:23

Je confirme, un film à déguster en 3D. 
Le multiplexes CGR près de Toulouse le propose en 3D numérique. Donc, je me dis que la plupart des multiplexes devraient faire de même. 
 
Plutôt que de tenter de définir ce qui différencie ce film de Burton mieux vaut parler de ce qui caractérise les apports de Gaiman et Selick. Comme l\'existence d\'un monde fantasmagorique jouxtant la réalité des personnages et atteignable physiquement ou par les rêves. Mais ce qui m\'a vraiment impressionné dans ce film, c\'est son questionnement d\'une réalité toute subjective (Coraline ne peut renier son désir de rester de l\'autre côté). Mieux, le film met en scène la réalité et son reflet déformé sans le recours au motif du miroir mais en donnant une importance capitale aux yeux (miroirs de l’âme ici remplacés par des boutons noirs), en présentant un monde fantastique peuplé de doubles et jusque dans le prénom de l\'héroïne qui est un anagramme de Caroline (comme l\'appelle certains personnages). Un spectacle total à découvrir impérativement en salles.
 3 Posté par Kissoon le 10 juin 2009 à 21:59

Pas d'accord avec toi sur le scénario. Déjà, c'est très très fidèle au roman de Gaiman, le déroulé des 20 dernières minutes du film est quasiment identique. Et puis tout se tient, le rythme est bon ... m'enfin j'aurais bien voulu que tu précises tes critiques à ce sujet.
 4 Posté par Simidor le 19 juin 2009 à 22:36

J'aime bien la deuxième partie. La quête des âmes perdues permet d'installer une symétrie par rapport au versant idéalisée. C'est la partie du conte qui fonctionne le mieux et où on voit enfin ou le film veut en venir. La seule réserve serait sur la fin à rallonge. Bref Coraline est un film superbe. Allez le voir!

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