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L'ère de rien

Affiche 10 000

2008 AD. Le dernier mammouth de Roland Emmerich est lâché, difficile de faire autrement que le descendre. Car pour un film sur la préhistoire avec aux manettes Monsieur (film-)Catastrophe, on était en droit d’attendre mieux que cette bouse fossilisée qui manque cruellement de fun.



LA CHANSON DE ROLAND

L’archéologue d’Hollywood travaille uniquement à la dynamite, ça on le savait. ID4 ne brillait pas vraiment par sa finesse mais après tout, peu importe, le réalisateur prenait son pied à : 1) délivrer du fun au spectateur en manque d’action 2) délivrer la Terre de ces méchants extra-terrestres. Le patriotisme américain (allemand non sous-titré) venait de trouver son nouveau porte-drapeau, qui nous infligerait quelques années plus tard le très auteurisant Godzilla (sic). La vraie délivrance semblait proche quand, 1426 jours après avoir vu débarquer les indépendantistes de The Patriot (un titre plus explicite, on peut pas), les salles américaines découvraient les conséquences du changement climatique à grande échelle. Un cri écolo versant Age De Glace, accompagné par des effets spéciaux impressionnants (pour l’époque, comme on dit). Un début d’évolution pour Roland (darwinisme es-tu là ?...).


ANNAUD DOMNI
(…et non). L’âge de pierre, c’est autre chose. Oubliez La Guerre Du Feu et la séquence de 2001, L’Odyssée De L’Espace, oubliez Apocalypto et les documentaires de la BBC ; bref oubliez l’idée même de réalisme. Toute ressemblance avec des personnes réelles ou ayant existées serait tout à fait fortuite. Nous sommes en 10 000 ans avant J.C. (forte présomption, vu le titre). Voici l’histoire d’amour entre D’Leh (Steven Strait) du peuple des Yaghals et Evolet (Camilla Belle), la jeune orpheline aux yeux bleus recueillie par la tribu. Rien ne va plus lorsque la prophétie de la Vieille Mère (la prêtresse locale) s’accomplit. L’enlèvement d’Evolet par des pillards va conduire D’Leh à sa recherche, bravant les interdits, les créatures et les kilomètres pour terminer sa quête au pays des pharaons.
Notons qu’à cette époque, l’Homo Sapiens parle la langue de Shakespeare avec un bel accent californien/middle east (d’avant la dérive des continents probablement…). A l’exception toutefois des méchants qui parlent une langue "barbare" avec leur belle voix rauque made in post-prod'.
Les Yaghals chassent le Mannak (synonyme de mammouth en Emmerichien, avec un ‘k’ à la fin pour faire préhistorique) dont ils attendent patiemment le retour pour pouvoir enfin se nourrir. Ces chasseurs, des éphèbes bodybuildés toujours rasés de près (l’effet Mak 3 sans doute), préparent soigneusement leurs lances tout lisses et leurs os tout neufs pour l’ouverture de la chasse. D’Leh est quant à lui davantage intéressé par la Belle Evolet dont le maquillage (bien que sûrement en solde chez Mammouth) a dû coûter plus cher que les budgets déco et casting réunis.
Notre D’Leh ("Held" à l’envers, qui signifie "héros" en allemand) n’a pas peur des obstacles qui se dressent sur son chemin : ni les Dodos préhisto-numériques, ni le Smilodon (Dents de Sabre) venu faire un caméo, encore moins des pseudo Egyptiens tout droit décongelés de Stargate ne l’empêcherons de retrouver sa bien-aimée. Et quand tout semble perdu, on sort un deus ex-machina à deux francs qui fait figure de happy end.
Notre Roland international n’a pas peur du ridicule.

10 000
Le premier lolcat de l'histoire



BEHIND BLUE EYES
Inutile de s’attarder sur les anachronismes qui se comptent par 10 000. Dans un film où la construction des pyramides a quelques millénaires d'avance, le problème du film ne vient pas tant du fait que les personnages parlent anglais (on a bien pardonné à 300), mais plutôt d’une lacune majeure : il n’y a simplement pas d’histoire. Tonton Roland et son comparse Harald Kloser (le compositeur d’Alien Vs. Predator qui fait ses premiers pas en tant que "scénariste") se calquent sur la trame d’Apocalypto de Mel Gibson et tentent vainement de lier quelques scènes potentiellement intéressantes avec un semblant de narration. Vainement, j'ai dit. Le "premier héros de l’humanité" est dénué de personnalité autant que son périple est dénué d'enjeux forts (puisque la prophétie s'en charge). Ce qui n’apporte finalement rien au protagoniste lui-même si ce n’est une brève évocation du deuil de son père et un joli sac de graines ("Evolet, regarde comme elles poussent vite !"). Les adjuvants sont dénués de toute psychologie et les ficelles narratives simplistes au possible, viennent plomber la mise en images. Même l’intrigue amoureuse (c’est déjà beaucoup dire) est un anti-climax perpétuel.
Les dialogues sont insipides, souvent risibles (D’Leh demandant au smilodon de l’épargner, le discours du prophète aveugle et tant d’autres). Et si les acteurs semblent de bonne volonté, ni Cliff Curtis (excellent dans Sunshine de Danny Boyle), ni Omar Sharif prêtant sa voix au narrateur ne donnent le moindre crédit au récit. La voix-off est redondante jusque dans ses chapitres : "Voici comment débute la légende de l’enfant aux yeux bleus". Au bout du troisième comme ça, on désespère qu’elle commence un jour, la légende. Merci, mais on n’a plus cinq ans (désolé pour les enfants qui nous lisent).


√10 000
A la racine du projet, un réalisateur qui s'était toujours attaché à filmer les civilisations plus que les individus. Leur capacité à se relever lorsque leur liberté s'en trouvait menacée. Or, ici le conflit est sans intérêt : il semblerait que ce soit davantage la volonté de faire travailler les infographistes que l’envie d’écrire un vrai grand film sur la préhistoire. La fresque tant attendue n’est pas au rendez-vous. Au lieu de ça, on a droit à une photographie hideuse de bout en bout (couleurs criantes ou sous-exposition) laissant entrevoir quelques mammouths laineux (plutôt réussis d’ailleurs) et un tigre apprivoisé qui, malgré un effet mouillé des plus réalistes, fait flop comme le reste. Les effets spéciaux sont sous-exploités, dans une mise en scène totalement figée, sans audace et sans rythme. Et c’est finalement ce que l’on regrette le plus : le fun. Comment goûter au plaisir coupable de 10 000 quand pas une séquence ne parvient à nous faire oublier la pâle réalisation de Roland Emmerich ? Consensuel au possible, il se contente de reprendre à son compte Apocalypto (la course dans la jungle), 300 (une lance en plein cœur de Zack Snyder), Jurassic Park ou La Famille Pierrafeu, en moins bien.
Finalement, on oublie très vite cette escapade préhistorique et on se dit que le prochain sera sûrement le bon. D’ailleurs Roland nous a promis l’apocalypse selon les Mayas (j’ai pas déjà vu ça ?) dans son prochain film intitulé 2012. A raison d’un film tous les quatre ans, pourquoi pas. Date de sortie : 2009.
Dommage, quatre années entre chaque film, c’était peut-être mieux.

2/10

10,000 B.C.
Réalisateur : Roland Emmerich
Scénario : Roland Emmerich & Harald Kloser
Production : Roland Emmerich, Michael Wimer & Mark Gordon
Photo : Ueli Steiger
Montage : Alexandre Berner
Bande originale : Harald Kloser & Thomas Wanker
Origine : USA / Nouvelle-Zélande
Durée : 1h49
Sortie française : 12 mars 2008




   

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