Edito

   "En mai fait ce qu'il te plaît" dit l'adage. Or une mise à jour semble plus que nécessaire...
Lire l'édito de mai...
 
10 000 Suggérer par mail
Critique par Castor destroy le 1 avril 2008

L'ère de rien

Affiche 10 000
2008 AD. Le dernier mammouth de Roland Emmerich est lâché, difficile de faire autrement que le descendre. Car pour un film sur la préhistoire avec aux manettes Monsieur (film-)Catastrophe, on était en droit d’attendre mieux que cette bouse fossilisée qui manque cruellement de fun.

La chanson de Roland
L’archéologue d’Hollywood travaille uniquement à la dynamite, ça on le savait. ID4 ne brillait pas vraiment par sa finesse mais après tout, peu importe, le réalisateur prenait son pied à : 1) délivrer du fun au spectateur en manque d’action 2) délivrer la Terre de ces méchants extra-terrestres. Le patriotisme américain (allemand non sous-titré) venait de trouver son nouveau porte-drapeau, qui nous infligerait quelques années plus tard le très auteurisant Godzilla (sic). La vraie délivrance semblait proche quand, 1426 jours après avoir vu débarquer les indépendantistes de The Patriot (un titre plus explicite, on peut pas), les salles américaines découvraient les conséquences du changement climatique à grande échelle. Un cri écolo versant Age de Glace, accompagné par des effets spéciaux impressionnants (pour l’époque, comme on dit). Un début d’évolution pour Roland (darwinisme es-tu là ?...).

Annaud Domini
(…et non). L’âge de pierre, c’est autre chose. Oubliez La Guerre du Feu et la séquence de 2001, L’Odyssée de L’Espace, oubliez Apocalypto et les documentaires de la BBC ; bref oubliez l’idée même de réalisme. Toute ressemblance avec des personnes réelles ou ayant existées serait tout à fait fortuite. Nous sommes en 10 000 ans avant J.C. (forte présomption, vu le titre). Voici l’histoire d’amour entre D’Leh (Steven Strait) du peuple des Yaghals et Evolet (Camilla Belle), la jeune orpheline aux yeux bleus recueillie par la tribu. Rien ne va plus lorsque la prophétie de la Vieille Mère (la prêtresse locale) s’accomplit. L’enlèvement d’Evolet par des pillards va conduire D’Leh à sa recherche, bravant les interdits, les créatures et les kilomètres pour terminer sa quête au pays des pharaons.
Notons qu’à cette époque, l’Homo Sapiens parle la langue de Shakespeare avec un bel accent californien/middle east (d’avant la dérive des continents probablement…). A l’exception toutefois des méchants qui parlent une langue "barbare" avec leur belle voix rauque made in post-prod'.
Les Yaghals chassent le Mannak (synonyme de mammouth en Emmerichien, avec un ‘k’ à la fin pour faire préhistorique) dont ils attendent patiemment le retour pour pouvoir enfin se nourrir. Ces chasseurs, des éphèbes bodybuildés toujours rasés de près (l’effet Mak 3 sans doute), préparent soigneusement leurs lances tout lisses et leurs os tout neufs pour l’ouverture de la chasse. D’Leh est quant à lui davantage intéressé par la Belle Evolet dont le maquillage (bien que sûrement en solde chez Mammouth) a dû coûter plus cher que les budgets déco et casting réunis.
Notre D’Leh ("Held" à l’envers, qui signifie "héros" en allemand) n’a pas peur des obstacles qui se dressent sur son chemin : ni les Dodos préhisto-numériques, ni le Smilodon (Dents de Sabre) venu faire un caméo, encore moins des pseudo Egyptiens tout droit décongelés de Stargate ne l’empêcherons de retrouver sa bien-aimée. Et quand tout semble perdu, on sort un deus ex-machina à deux francs qui fait figure de happy end.
Notre Roland international n’a pas peur du ridicule.

10 000
Le premier lolcat de l'histoire

Behind blue eyes
Inutile de s’attarder sur les anachronismes qui se comptent par 10 000. Dans un film où la construction des pyramides a quelques millénaires d'avance, le problème du film ne vient pas tant du fait que les personnages parlent anglais (on a bien pardonné à 300), mais plutôt d’une lacune majeure : il n’y a simplement pas d’histoire. Tonton Roland et son comparse Harald Kloser (le compositeur d’Alien Vs Predator qui fait ses premiers pas en tant que "scénariste") se calquent sur la trame d’Apocalypto de Mel Gibson et tentent vainement de lier quelques scènes potentiellement intéressantes avec un semblant de narration. Vainement, j'ai dit. Le "premier héros de l’humanité" est dénué de personnalité autant que son périple est dénué d'enjeux forts (puisque la prophétie s'en charge). Ce qui n’apporte finalement rien au protagoniste lui-même si ce n’est une brève évocation du deuil de son père et un joli sac de graines ("Evolet, regarde comme elles poussent vite !"). Les adjuvants sont dénués de toute psychologie et les ficelles narratives simplistes au possible, viennent plomber la mise en images. Même l’intrigue amoureuse (c’est déjà beaucoup dire) est un anti-climax perpétuel.
Les dialogues sont insipides, souvent risibles (D’Leh demandant au smilodon de l’épargner, le discours du prophète aveugle et tant d’autres). Et si les acteurs semblent de bonne volonté, ni Cliff Curtis (excellent dans Sunshine de Danny Boyle), ni Omar Sharif prêtant sa voix au narrateur ne donnent le moindre crédit au récit. La voix-off est redondante jusque dans ses chapitres : "Voici comment débute la légende de l’enfant aux yeux bleus". Au bout du troisième comme ça, on désespère qu’elle commence un jour, la légende. Merci, mais on n’a plus cinq ans (désolé pour les enfants qui nous lisent).

√10 000
A la racine du projet, un réalisateur qui s'était toujours attaché à filmer les civilisations plus que les individus. Leur capacité à se relever lorsque leur liberté s'en trouvait menacée. Or, ici le conflit est sans intérêt : il semblerait que ce soit davantage la volonté de faire travailler les infographistes que l’envie d’écrire un vrai grand film sur la préhistoire. La fresque tant attendue n’est pas au rendez-vous. Au lieu de ça, on a droit à une photographie hideuse de bout en bout (couleurs criantes ou sous-exposition) laissant entrevoir quelques mammouths laineux (plutôt réussis d’ailleurs) et un tigre apprivoisé qui, malgré un effet mouillé des plus réalistes, fait flop comme le reste. Les effets spéciaux sont sous-exploités, dans une mise en scène totalement figée, sans audace et sans rythme. Et c’est finalement ce que l’on regrette le plus : le fun. Comment goûter au plaisir coupable de 10 000 quand pas une séquence ne parvient à nous faire oublier la pâle réalisation de Roland Emmerich ? Consensuel au possible, il se contente de reprendre à son compte Apocalypto (la course dans la jungle), 300 (une lance en plein cœur de Zack Snyder), Jurassic Park ou La Famille Pierrafeu, en moins bien.
Finalement, on oublie très vite cette escapade préhistorique et on se dit que le prochain sera sûrement le bon. D’ailleurs Roland nous a promis l’apocalypse selon les Mayas (j’ai pas déjà vu ça ?) dans son prochain film intitulé 2012. A raison d’un film tous les quatre ans, pourquoi pas. Date de sortie : 2009.
Dommage, quatre années entre chaque film, c’était peut-être mieux.
2/10

10,000 B.C.
Réalisateur : Roland Emmerich
Scénario : Roland Emmerich & Harald Kloser
Production : Roland Emmerich, Michael Wimer & Mark Gordon
Photo : Ueli Steiger
Montage : Alexandre Berner
Bande originale : Harald Kloser & Thomas Wanker
Origine : USA / Nouvelle-Zélande
Durée : 1h49
Sortie française : 12 mars 2008














 1 Posté par nicco le 01 avril 2008 à 12:21 | website

Evidemment, en tant que membre actif du FCORE (Fan Club Officiel de Roland Emmerich), je tiens à affirmer mon opposition à ce texte : 10 000 vaut 6/10, cash.  
 
Gloire soit rendue à Roland Emmerich, seul apte à faire revivre le charme désuet des bandes d'aventure italiennes naïves pleine d'anachronismes et d'approximations des 60's.  
Ça, c'est du revival !
 2 Posté par macfly le 01 avril 2008 à 12:53 | website

Le charme désuet du HD sous-ex dans les intérieurs nuits ?  
 
N'écoutez pas les élucubrations de nicco et rejoignez la FFFFFMB (Fédération Française des Fans Foux Furieux de Michael Bay !)
 3 Posté par Geouf le 01 avril 2008 à 15:27 | website

Moui, pas tres tente a la base par ce 10000, et la critique ici presente me refroidit d'autant plus... 
Donc je crois que je vais rejoindre le FFFFFMB plutot que le FCORE...
 4 Posté par Ben Cortman le 01 avril 2008 à 18:14

Critique pertinente mais qui oublie un point essentiel du film : sa dimension nanardesque. 
 
Le film atteint par moments des sommets de crétinerie qui le rendent presque sympathique, ou tout du moins amusant (pas autant toutefois que le très très con et donc indispensable Ghost Rider).
 5 Posté par Nicolas Zugasti le 01 avril 2008 à 22:36

10 000 est vraiment mauvais. Mais je ne serai ni pro-FCORE ni pro-FFFFFMB. 
Mais s'il fallait saluer un réalisateur qui fait n'importe quoi et avec un plaisir non dissimulé (parfois très coupable pour les spectateurs), alors adhérez au F.C. D.C.G.D.U.B (Fan Club De Ce Grand Dégénéré de Uwe Boll) !! 
Avec lui aux manettes, cela n'aurait pas plus ressemblé à une histoire cohérente mais au moins cela aurait été fun et marrant à voir.
 6 Posté par isokilla le 01 avril 2008 à 23:33

6/10 de la part du FCORE, avoue que c'est pas terrible comme note. 
 
Tiens en parlant de ça, il a pas bien appris la gestion du temps le EMmerich aussi :p
 7 Posté par pauline le 21 avril 2008 à 21:11

je dois vous avouez que malgré les critiques sanglantes je suis allé voir ce film...plus ça se veut sérieux et plus le spectateur rit...traduction : ce film a été pris pour une grosse blague par la totalité des spectateurs... mais voyons les choses positivement : on se détend et on rit ...!

Ouvrez-la !
Nom :
E-mail :
Site web :
BBCode :Insérer un lienInsérer une adresse e-mailInsérer une imageTexte en grasTexte en italiqueTexte soulignéCitationCodeOuvrir une listeAjouter une ligne à la listeFermer la liste
Commentaire :



Code de vérification : Code
Je désire être prévenu par mail des commentaires qui suivront.

 
+ Article précédent   + Article suivant

A l'affiche

citronniers_aff.jpg

Derniers commentaires

15/05 | Winst | Doomsday
15/05 | Aska | The Matrix...
14/05 | pau | The Matrix...
14/05 | Gilles Delouse | L'ouvreuse...
14/05 | zarghatt | L'ouvreus...
14/05 | nicco | The Matrix...
14/05 | geouf | The Matrix...
14/05 | Punklog | The Matrix...
14/05 | Punklog | The Matrix...
14/05 | macfly | The Matrix...

Le strip de Macfly

strip3case1
 

Le partenaire de l'ouvreuse

Melting Actu
 

Aeon Flux RSS