Spider-Man Trilogy - 3ème partie

Toiles de maître

Affiche Spider-Man 3
Trois films comme autant d’étapes pour assumer les grandes responsabilités énoncées par son défunt oncle Ben. Un apprentissage qui prendra une tournure paroxystique dans le trois et qui n’est pas seulement l’apanage de ses capacités extraordinaires.
Car au fond, tout au long de cette trilogie, il faut à Peter être autant à la hauteur de sa nature superhéroïque que de M.J.

On l’a vu dans la première partie de cette analyse, la vie civile de Spider-Man a des répercussions sur son activité costumée et inversement. C’est encore plus retentissant avec la fille qu’il aime. La construction parallèle est remarquable car Mary-Jane en constitue le point d’achoppement. Elle est à la fois au centre de l’enjeu sentimental (la conquérir, se faire aimer) que physique (la sauver). C’est une véritable muse inspiratrice pour notre héros car c’est pour l’impressionner qu’il voudra acquérir une voiture, et pour financer cet achat il participera à un spectacle de catch qui scellera son destin. Il y trouvera un nom de scène mais assistera également au dernier tour de piste de son oncle qui vient de se faire tirer dessus.

M.J est l’épicentre vers lequel convergent tous les fils narratifs, ce qui est annoncé dans les deux premiers films s’ouvrant sur le visage angélique de cette rousse incandescente. La première fois on la découvre assise dans le bus la conduisant au lycée, la seconde son portrait s’affiche sur un immense panneau que contemple un Peter énamouré. Cette représentation faisant passer du grain de peau au grain d’une photo renseigne également sur l’éloignement progressif de cette dernière du cercle intime de Peter. Une situation insupportable à laquelle Peter tentera de remédier expressément après l’avoir revue par hasard non loin du coffee shop où elle sert. Il fera tout pour être plus que son ami, allant jusqu’à refouler ses pouvoirs pour caresser l’espoir d’une vie normale auprès d’elle.
Dans le troisième film, et alors que la fin du deux scellait définitivement (pensait-on) leur union, la rupture sonne le glas du rêve éveillé de Peter. Une issue funeste annoncée dès l’ouverture du film marquée par l’absence, justement, du doux visage de Mary-Jane. En lieu et place, nous assistons à une séquence de voltige similaire à celles qui concluaient les deux films précédents et qui s’avère être un clip vidéo formant un hommage permanent de la ville de New-York à son héros que contemple satisfait et réjouit Peter. Il est désormais plus intéressé par son propre reflet et sa renommée. Le temps du premier baiser humide semble bien loin désormais.

Spider-Man 1

A grands pouvoirs, grandes responsabilités mais également grandes difficultés pour reconquérir sa belle, surtout lorsque plusieurs Némésis s’en mêlent. Ce qui est vraiment intéressant avec ce personnage féminin est qu’elle n’est pas seulement au centre de l’action par sa propension à être mise en danger par les vilains en voulant à Spider-Man mais aussi parce qu’elle semble être le catalyseur des pouvoirs de Peter.

Dans le premier film, c’est sa glissade dans le réfectoire du lycée qui provoque la première manifestation des nouvelles capacités de Peter, du moins leur première mise en pratique. Il rattrape au vol son amour d’enfance d’une main et de l’autre son plateau tout en récupérant les aliments expédiés dans les airs avec une vitesse et dextérité surnaturelle. Et tout de suite après leur échange de regards intenses, Peter s’aperçoit que l’étrange matière gluante collant la fourchette à sa paume est une toile organique.
Dans le deuxième, c’est elle qui est à l’origine de l’abandon de sa carrière de justicier. La perspective d’être exclu de son monde engendrant le blocage inconscient de ses pouvoirs. Après avoir manqué la représentation de sa pièce à cause d’une intervention pour stopper deux braqueurs, il rentre chez lui tout penaud en tirant l’épave de sa motocyclette le long d’une palissade tapissée de plusieurs exemplaires de l’affiche de Mary-Jane admirée en ouverture donnant l’effet d’un regard réprobateur se répercutant  à l’infini.
Les pouvoirs erratiques de Peter sont la manifestation de son doute à vouloir continuer d’endosser ses nouvelles responsabilités pour réussir enfin à séduire durablement M.J. Mais l’abandon de ses pouvoirs risque de lui causer également la perte de sa dulcinée puisque Doc Ock l’a enlevée pour favoriser la réapparition du Tisseur. Il doit alors accepter complètement sa nature et laisser ressurgir ses pouvoirs s’il veut la délivrer. Et puis, c’est encore elle qui est responsable du retour de sa joie de voltiger en fin du deux. Lorsque Mary-Jane vient rejoindre Peter dans son appartement en toute fin, il doit s’élancer pour aider la police et lors de ces acrobaties il se remet à crier d’enthousiasme, ce qu’il n’avait pas fait du reste du métrage.

Dans Spider-Man 3, l’exacerbération de ses pouvoirs par le symbiote l’entraîne sur la voie de l’extrémisme et seule la violence exercée à l’encontre de Mary-Jane lui fera prendre conscience de son dépassement des limites et lui fera recouvrer ses esprits pour l’amener à se séparer littéralement de ce costume décidément trop envahissant.

Spider-Man 3

Pourtant, dès le départ ce n’était pas gagné malgré les superpouvoirs glanés par Peter. Lorsque la rixe avec Flash se conclue par l’envoi de ce dernier dans le décor mettant un terme au règlement de compte, une bonne partie des élèves assemblés et Mary-Jane sont estomaqués par la force de ce nerd à lunettes mais quelquepart aussi effrayés comme l’exprime le visage de M.J. Mais on y décèle malgré tout une certaine fascination pour ce freak. S’il comptait sur ses pouvoirs pour se construire une popularité dans l’établissement, c’est plutôt mal barré.
Cette popularité, cet amour recherché n’adviendront que lorsqu’il s’élancera de buildings en buildings pour sauver la veuve et l’orphelin. Un héros populaire qui existe peut être avant tout dans le regard des autres. Que ce soit celui de J. Jonah Jameson qui le voit en tant que danger public numéro un (mais qui manifeste tout de même une certaine affliction lorsqu’il disparaît momentanément de la circulation), les badauds enthousiastes (des filles crient même leur désir de se faire "envoyer en l’air" avec le justicier), les kids impressionnés et admiratifs, les new-yorkais prêts à le défendre contre le Bouffon Vert (ils balancent des pierres et autres objets sur son ennemi tandis qu’il était impuissant à se défendre, trop occupé à faire reposer en douceur une cabine de téléphérique) ou faire écran de leur corps face à Octopus pour protéger celui qui vient de réaliser l’impossible pour les sauver de la course folle du métro aérien. Une notoriété exemplaire, à tel point que Spider-Man est devenu un aussi puissant symbole que le drapeau national apparaissant à maintes reprises dans la trilogie. Ce n’est en aucun cas un patriotisme exacerbé, maladroit. Leur mise en parallèle, leur juxtaposition (il se tient sur la hampe d’un, à son arrivée sur le chantier servant de lieu du climax du trois il surgit du fond de l’écran et passe à proximité d’une immense reproduction du drapeau américain recouvrant tout un mur) n’a pas d’autre objectif que de mettre en valeur leur équivalence en terme de représentation de valeurs communes.

Spider-Man 2

Les trois films réalisés par Sam Raimi ne sont pas seulement les meilleures adaptations de comic book de super-héros, ce sont d’authentiques chefs-d’œuvre qui laisseront durablement leur empreinte sur l’histoire du cinéma. Trois films qui sont de remarquables morceaux de bravoure pelliculés parfaitement dosés entre action, romance, tragédie et émotions. Une émotion qui n’est pas seulement l’apanage de grands sentiments parfaitement mis en scène par Raimi mais également par de petits gestes anodins qui recouvrent pourtant une grande affection.
Ainsi les gestes de la main pour prendre celle de l’autre sont-ils répercutés d’un bout à l’autre des trois films. Un sens du toucher qui est ici comparable à ce qu’en fait James Cameron dans Titanic (dans une moindre mesure, certes, pour Raimi) : pour ne pas oublier ce que l’on chérit.
Dans le premier, on observe une multiplication des gestes de prendre la main en guise de compassion, de compréhension mutuelle, d’amour naissant. Cela commence par la dernière poignée de mains entre Peter et son oncle Ben, un geste reproduit à de nombreuses reprises comme pour signifier l’importance de ne pas briser le lien entre ceux qui s’aiment. Mary-Jane et Peter dans la chambre d’hôpital de tante May ; Peter veillant sa tante sur son lit… Mais aussi entre ennemis, la main tendue d’Osborn le Bouffon Vert pour sceller l’association avec Spider-Man.
Dans le deuxième, on assiste à une disparition de ces liens symbolisés par des mains fuyantes : May qui retire la sienne lorsque Peter confesse sa faute originelle, le rêve-vision de Peter conversant avec son oncle et se terminant par Peter refusant de lui prendre la main, traduisant ainsi son rejet définitif de ses pouvoirs, de ses grandes responsabilités, les bras mécaniques de Doc Octopus se substituant à ses bras et mains naturels pour figurer sa perte d’humanité.
Des liens entre les personnages principaux distendus, car prendre la main de l’autre est aussi un geste de confiance et en disparaissant pratiquement du métrage signifie que cette dernière s’étiole. Retisser ce lien ne sera pas chose aisée car cela prendra presque un autre film entier (le trois) pour que ce geste simplissime réapparaisse enfin dans le climax. Peu avant nous aurons une version métaphorique de tendre la main vers son ami lorsque Peter vient quémander l’aide de Harry pour sauver Mary-Jane des griffes de Vénom et de l’Homme-Sable.  Et puis finalement, alors que Harry est à l’agonie, prêt à rendre son dernier souffle, nous aurons la superbe image de Peter et M.J l’entourant une dernière fois, l’une faisant reposer ses mains sur la tête de son ami, l’autre lui prenant une dernière fois la main, comme une ultime réconciliation.

Spider-Man 3

Si le trois débutait sur l’absence de Mary-Jane du cadre, elle occupe désormais tout l’espace dans la conclusion du film et de la saga initiée par Raimi, soulignant subtilement une fois de plus que le cœur de cette trilogie est cette charmante rousse. Peter la retrouve dans le bar où elle travaille désormais, se poste devant elle à l’entrée pendant qu’elle chante. Finalement, ils ont finis par se retrouver. Et le plus émouvant est que Raimi ne conclue pas par une déclaration enflammée ou des excuses ou une fougueuse embrassade, il se contente d’un petit geste, de ce petit geste qui résonnait imperceptiblement dans les trois films, Peter prend la main de Mary-Jane. Non pas pour lui passer la bague au doigt (ce sera sans doute pour plus tard) car là n’est pas le plus important. Pour l’instant il l’attire à lui et les deux amoureux commencent à danser enlacés au son d’une musique langoureuse jazzy. Pas un mot ne sera échangé mais par ce simple geste l’émotion est à son comble et le spectateur aura compris que Peter aura atteint son apogée en tant qu’homme. Spider-Man est une partie de lui mais il est avant tout Peter Parker, l'homme-araignée.


SPIDER-MAN
Réalisateur : Sam Raimi
Scénario : David Koepp, Stan Lee, Steve Ditko
Production : Avi Arad, Grant Curtis, Laura Ziskin…
Photo : Don Burgess
Montage : Arthur Coburn & Bob Murawski
Bande originale : Danny Elfman
Origine : USA
Durée : 2h01
Sortie française : 12 juin 2002

SPIDER-MAN 2
Réalisateur : Sam Raimi
Scénario : Alvin Sargent, Alfred Gough, Miles Millar, Michael Chabon, Stan Lee, Steve Ditko
Production : Avi Arad, Grant Curtis, Laura Ziskin, Kevin Feige…
Photo : Bill Pope
Montage : Bob Murawski
Bande originale : Christopher Young & Danny Elfman
Origine : USA
Durée : 2h07
Sortie française : 14 juillet 2004

SPIDER-MAN 3
Réalisateur : Sam Raimi
Scénario : Alvin Sargent, Sam Raimi, Ivan Raimi ; Stan Lee, Steve Ditko
Production : Avi Arad, Grant Curtis, Laura Ziskin, Kevin Feige…
Photo : Bill Pope
Montage : Bob Murawski
Bande originale : Christopher Young
Origine : USA
Durée : 2h19
Sortie française : 1er Mai 2007




     

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