Spider-Man 3

Une trilogie appelée araignée

Affiche Spider-Man 3

Alors que l’affiche du premier Spider-Man représentait le héros arachnéen escaladant en plein jour un immeuble, symbole de la découverte de ses pouvoirs et de son ascension progressive, celle du second opus baignait dans la lumière vacillante d’un crépuscule que Parker contemplait au sommet d’une tour, comme s’il était enfin accompli mais que le pire restait à venir.


Logiquement, le poster promotionnel du troisième épisode devait laisser place aux ténèbres, ce qui se confirma bien entendu à quelques mois de la sortie en salle avec un visuel sublime présentant Spidey pensif sous une pluie battante dans la position d’une gargouille trônant un haut d’un clocher. Œuvre sur le Mal qui végète au fond de tout être humain, Spider-Man 3 confronte le super-héros à son image, révélatrice d’une popularité capable de le pervertir, pour le mener vers le chemin d’une rédemption pleine de sacrifices. 

Etonnement : le premier plan qui suit le superbe générique d’ouverture tranche avec ceux des précédents films puisqu’au lieu du doux visage de Marie-Jane, c’est un Spider-man en pleine voltige que l’on découvre. Ou plutôt une vidéo de Spider-man que Parker regarde sur un écran géant de New-York. Sam Raimi annonce la couleur (noire de circonstance) : son héros ne porte plus autant  d’attention qu’avant à sa dulcinée puisqu’il l’a enfin pour lui, et préfére contempler son propre succès avec satisfaction. De là à y voir une remise en question du papa d’Evil Dead refusant de se reposer sur ses lauriers tout en succombant à la pression du studio pour emballer un produit marqueté, il n’y a qu’un pas franchi allégrement au détour d’une scène hilarante où le Peter maléfique entre en dansant dans une boutique pour se faire exactement le même look que celui du réalisateur. Sam Raimi ne s’en est jamais caché : il n’a jamais apprécié le personnage de Venom qui lui a été imposé par la production. Obligé de composer avec un méchant supplémentaire qu’il ne voulait pas (et cela se sent tant le Sandman est traité avec bien plus d’honneur, notamment lors du bouleversant plan-séquence relatant sa naissance), forcé de boucler les arcs narratifs laissés en suspens et conscient qu’il s’agit certainement de sa dernière participation à la saga avant qu’un probable tâcheron la lui pourrisse en prenant le relais, l’auteur a décidé de se lâcher totalement en casant le maximum de données propre à la BD en un minimum de temps, quitte à user de raccourcis narratifs parfois flagrants. Mais qu’importe : son immense projet de destruction ne vise qu’à critiquer le désir jamais assouvis des fans qui ne comprennent ni la fragilité ni la symbolique du héros qu’ils adulent (notamment en reprenant la scène du baiser à l’envers transformé en show stérile avec Gwen Stacy à la place de M-J) avant de leur pardonner avec un final dantesque utilisant un journal télévisé pour revendiquer un spectacle fête du slip à la verticale. Peut-il vraiment en vouloir au public d’aimer Spider-man ?  

A la manière du second épisode qui reprenait des séquences du premier film pour en détourner la signification, Spider-Man 3 fonctionne comme un immense miroir qui duplique sans fin les protagonistes afin de mettre en évidence toute la folie d’un Parker se laissant gagner par le sentiment de puissance et d’autosatisfaction quitte à se détourner de vrai sens de sa mission. L’attirance pour Marie-Jane et Gwen Stacy, le même travail de photographe partagé par Parker et Eddie Brock, la haine de Peter pour le Sandman qui est finalement identique à celle que ressent Harry pour Spider-man, le costume rouge et bleu contre le costume noir… Autant de reflets qui permettent d’opposer le Bien au Mal, la Vengeance au Pardon. Chaque dilemme intérieur répond à un autre et on appréciera que Sam Raimi ait utilisé le symbiote comme un amplificateur des pulsions destructrices de Parker et non comme un déclencheur. Bâtissant son métrage comme un double négatif du précédent volet (en inversant par exemple la symbolique du métro aérien du second film devenant ici sous-terrain), le cinéaste nous fait pénétrer dans un monde où l’on s’affronte désormais à visage découvert (les deux combats Peter/Harry), où l’on est capable de tromper l’être aimé et de lui mentir, où le chômage guette plus que jamais et où les désillusions s’amoncellent. C’est tout simplement le monde des adultes dans lequel entre violemment Peter, fortement éloigné de ses préoccupations d’adolescent. Chaque acte est lourd de conséquence et il convient plus que jamais de savoir faire les bons choix. Toute la conclusion de la trilogie s’oriente d’ailleurs vers une forme de rédemption (purification sous la douche après l’impressionnante séquence du clocher) avec à la clef un ultime jeu de miroir avec le premier film : alors que le Bouffon Vert proposait autrefois une alliance diabolique avec Spider-man, c’est l’Homme Araignée qui cherchera cette fois à s’allier à son ancien meilleur ami pour triompher de Venom, incarnation du Mal à l’état pur.

Grand film désabusé d’un auteur acceptant de quitter un personnage et un univers qui ne lui appartiennent plus, Spider-Man 3 est le sacrifice ultime de Sam Raimi pour contenter un public en quête de toujours plus de sensations fortes, n’hésitant pas à représenter son héros en martyr crucifié lors de l’affrontement final. Ne restera alors, après tout ce fracas d’effets numériques, que le goût amer de la perte de l’innocence. L’aube se lève sur une nouvelle ère. Et en lieu et place du traditionnel plan de voltige final, il ne reste plus qu’une danse toute simple, sans parole et sans demande en mariage entre Peter et M-J. Bienvenue dans l’âge adulte...

9/10
SPIDER-MAN 3
Réalisateur : Sam Raimi
Scénario : Alvin Sargent, Sam Raimi, Ivan Raimi
Production : Avi Arad, Grant Curtis, Laura Ziskin
Photo : Bill Pope
Montage : Bob Murawski
Bande Originale : Christopher Young, Danny Elfman
Origine : USA
Durée : 2h19
Sortie française : 1er Mai 2007




   

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