Edito

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Spider-man 3 Suggérer par mail
Critique par Mérovingien le 22 septembre 2007

Une Trilogie appelée Araignée

Affiche Spider-Man 3
Alors que l’affiche du premier Spider-man représentait le héros arachnéen escaladant en plein jour un immeuble, symbole de la découverte de ses pouvoirs et de son ascension progressive, celle du second opus baignait dans la lumière vacillante d’un crépuscule que Parker contemplait au sommet d’une tour, comme s’il était enfin accompli mais que le pire restait à venir.
Logiquement, le poster promotionnel du troisième épisode devait laisser place aux ténèbres, ce qui se confirma bien entendu à quelques mois de la sortie en salle avec un visuel sublime présentant Spidey pensif sous une pluie battante dans la position d’une gargouille trônant un haut d’un clocher. Œuvre sur le Mal qui végète au fond de tout être humain, Spider-man 3 confronte le super-héros à son image, révélatrice d’une popularité capable de le pervertir, pour le mener vers le chemin d’une rédemption pleine de sacrifices. 

Etonnement : le premier plan qui suit le superbe générique d’ouverture tranche avec ceux des précédents films puisqu’au lieu du doux visage de Marie-Jane, c’est un Spider-man en pleine voltige que l’on découvre. Ou plutôt une vidéo de Spider-man que Parker regarde sur un écran géant de New-York. Sam Raimi annonce la couleur (noire de circonstance) : son héros ne porte plus autant  d’attention qu’avant à sa dulcinée puisqu’il l’a enfin pour lui, et préfére contempler son propre succès avec satisfaction. De là à y voir une remise en question du papa d’Evil Dead refusant de se reposer sur ses lauriers tout en succombant à la pression du studio pour emballer un produit marqueté, il n’y a qu’un pas franchi allégrement au détour d’une scène hilarante où le Peter maléfique entre en dansant dans une boutique pour se faire exactement le même look que celui du réalisateur. Sam Raimi ne s’en est jamais caché : il n’a jamais apprécié le personnage de Venom qui lui a été imposé par la production. Obligé de composer avec un méchant supplémentaire qu’il ne voulait pas (et cela se sent tant le Sandman est traité avec bien plus d’honneur, notamment lors du bouleversant plan-séquence relatant sa naissance), forcé de boucler les arcs narratifs laissés en suspens et conscient qu’il s’agit certainement de sa dernière participation à la saga avant qu’un probable tâcheron la lui pourrisse en prenant le relais, l’auteur a décidé de se lâcher totalement en casant le maximum de données propre à la BD en un minimum de temps, quitte à user de raccourcis narratifs parfois flagrants. Mais qu’importe : son immense projet de destruction ne vise qu’à critiquer le désir jamais assouvis des fans qui ne comprennent ni la fragilité ni la symbolique du héros qu’ils adulent (notamment en reprenant la scène du baiser à l’envers transformé en show stérile avec Gwen Stacy à la place de M-J) avant de leur pardonner avec un final dantesque utilisant un journal télévisé pour revendiquer un spectacle fête du slip à la verticale. Peut-il vraiment en vouloir au public d’aimer Spider-man ?  

A la manière du second épisode qui reprenait des séquences du premier film pour en détourner la signification, Spider-man 3 fonctionne comme un immense miroir qui duplique sans fin les protagonistes afin de mettre en évidence toute la folie d’un Parker se laissant gagner par le sentiment de puissance et d’autosatisfaction quitte à se détourner de vrai sens de sa mission. L’attirance pour Marie-Jane et Gwen Stacy, le même travail de photographe partagé par Parker et Eddie Brock, la haine de Peter pour le Sandman qui est finalement identique à celle que ressent Harry pour Spider-man, le costume rouge et bleu contre le costume noir… Autant de reflets qui permettent d’opposer le Bien au Mal, la Vengeance au Pardon. Chaque dilemme intérieur répond à un autre et on appréciera que Sam Raimi ait utilisé le symbiote comme un amplificateur des pulsions destructrices de Parker et non comme un déclencheur. Bâtissant son métrage comme un double négatif du précédent volet (en inversant par exemple la symbolique du métro aérien du second film devenant ici sous-terrain), le cinéaste nous fait pénétrer dans un monde où l’on s’affronte désormais à visage découvert (les deux combats Peter/Harry), où l’on est capable de tromper l’être aimé et de lui mentir, où le chômage guette plus que jamais et où les désillusions s’amoncellent. C’est tout simplement le monde des adultes dans lequel entre violemment Peter, fortement éloigné de ses préoccupations d’adolescent. Chaque acte est lourd de conséquence et il convient plus que jamais de savoir faire les bons choix. Toute la conclusion de la trilogie s’oriente d’ailleurs vers une forme de rédemption (purification sous la douche après l’impressionnante séquence du clocher) avec à la clef un ultime jeu de miroir avec le premier film : alors que le Bouffon Vert proposait autrefois une alliance diabolique avec Spider-man, c’est l’Homme Araignée qui cherchera cette fois à s’allier à son ancien meilleur ami pour triompher de Venom, incarnation du Mal à l’état pur.

Grand film désabusé d’un auteur acceptant de quitter un personnage et un univers qui ne lui appartiennent plus, Spider-man 3 est le sacrifice ultime de Sam Raimi pour contenter un public en quête de toujours plus de sensations fortes, n’hésitant pas à représenter son héros en martyr crucifié lors de l’affrontement final. Ne restera alors, après tout ce fracas d’effets numériques, que le goût amer de la perte de l’innocence. L’aube se lève sur une nouvelle ère. Et en lieu et place du traditionnel plan de voltige final, il ne reste plus qu’une danse toute simple, sans parole et sans demande en mariage entre Peter et M-J. Bienvenus dans l’âge adulte...

9/10
Spider-man 3
Réalisateur : Sam Raimi
Scénario : Alvin Sargent, Sam Raimi, Ivan Raimi
Production : Avi Arad, Grant Curtis, Laura Ziskin
Photo : Bill Pope
Montage : Bob Murawski
Bande Originale : Christopher Young, Danny Elfman
Origine : USA
Durée : 2h19
Sortie française : 1er Mai 2007














 1 Posté par gemp le 22 septembre 2007 à 15:43

Pfiouuuu 9/10?? 
 
De la FAQ: "Dès qu'un film plaît, il n'est pas nécessaire de ponctuer sa dithyrambe par un clinquant et inutile 9/10 qui dénature sa rareté." 
 
Rareté?  
 
Je passe ici depuis l'ouverture pour avoir un autre regard, rafraîchissant, sur le cinéma. Autant je peux ne pas être d'accord sur certains points de vue, j'apprécie vos articles documentés, bien écrits, et évidemment vos opinions différentes des miennes. 
 
Mais là, même si je peux comprendre l'attrait d'un film qui véhicule le message désabusé de son réalisateur, ce qui m'offre une facette nouvelle à son interprétation, j'ai énormément de mal à le considérer comme un presque chef-d'oeuvre.  
 
Les valeurs véhiculées passent par nombre de poncifs, la psychologie des personnage est tristement simpliste, et les symboles y sont rudimentaires. Pour preuve, le passage de Spiderman, plein cadre, devant le drapeau américain.  
 
Je parlerai pas de la cinématographie, domaine dans lequel mon savoir n'est que celui d'un spectateur qui apprécie ou non l'enchaînement des images et leur facture. 
 
Tel quel, en tant que film, ça vaut péniblement la moyenne.
 2 Posté par raphaelB le 23 septembre 2007 à 11:51 | website

Oui, je suis un peu d'accord avec gemp. 
 
Les intentions de sam raimi sont honorables et le bonhomme attire la sympathie, autant que tobey maguire. 
 
Mais quand même. La psychologie des persos est simplette voire caricaturale, je ne vois pas honnetement de quoi crier au génie. 
 
Il y a quelque chose qui me dérange aussi : je trouve les scènes d'action "too much". C'est a dire qu'a force de trop vouloir en faire, on perd toute notion de spectaculaire.(l'anti bourne ultimatum quoi) C'est con, car le savoir faire est là, et j'imagine bien que techniquement c'est super fort. Mais trop c'est trop! 
 
Derniere remarque : dans les 3 je trouve la photographie plutot moche et artificielle. C'est peut etre voulu, mais je trouve ca vraiment pas terrible, trop "image de synthese" style imagina 1997. 
 
En fait, le probleme c'est que je ne suis pas attiré a la base par les marvelades, c'est sans doute pourquoi le film,adpatation réussie d'un super heros marvel, m'a laissé plutot indifferent. Avoir un bon theme ne suffit pas, il faut savoir le transmettre avec un brin de subtilité, ce dont manque quand meme un peu le spiderman. Sorry!
 3 Posté par nicco le 24 septembre 2007 à 13:16

Oui, je vous comprends, mais même en essayant autant que possible de pondérer et homogénéiser nos notes, on ne peut empêcher un rédacteur de donner à un film la note qu'il pense mériter.
 4 Posté par raphaelB le 24 septembre 2007 à 13:13 | website

Ah ben carrément, bien sur.  
 
Au contraire, c'est bien ça l'interet : confronter les points de vue. Ca ne remet pas en question la qualité de ce site(qui est le meilleur du monde après mes deux blogs bien sur).
 5 Posté par nicco le 24 septembre 2007 à 13:16

8)
 6 Posté par gemp le 24 septembre 2007 à 14:08

Si je m'en réfère à la dernière critique de Hellphone, du même auteur, assez enthousiaste, et à la note qui s'y rapporte, il est possible qu'il y ait eut ici une erreur de frappe entre la touche 9 et 6, déjà proches de formes et proches, aussi, sur un pavé numérique.  
 
C'est ce que j'espère :)
 7 Posté par Méro le 24 septembre 2007 à 20:49

non non gemp, ce n'est pas une erreur de frappe de ma part, ni la faute au LSD que j'ai pris hier juste après mon viagra.  
 
Je pense qu'il ne faut peut être pas s'attarder à ce point sur une note (ce fut d'ailleurs un des sujets de discussion au moment de la création du site). Par exemple, j'ai beau ne pas partager le même entousiasme que nicco sur Nothing, je n'en suis pas moins totalement d'accord avec tous les points d'analyse qu'il soulevait.  
 
Sans doute les textes collent-ils davantage à une certaine forme d\'objectivité (indiquer des pistes de lecture et d'analyse) sans forcément laisser transparaitre le ressenti subjectif (qui se répercute sur la note). L'essentiel n'est pas tant de s'écrier "ce film vaut cette note ou une autre" que de comprendre le pourquoi tel ou tel film est intéressant ou non à travers le pavé numérique. Ouvrir le débat, on est là pour ça !  
 
(et prout : Spidey 3 rules !!! et 99 Francs aussi tiens !)
 8 Posté par l'ouvreuse le 24 septembre 2007 à 21:18

Oué, on n'est pas là pour s'engueuler, on est là pour faire l'amour en parlant de cinéma  
 
(où t'as pécho le lsd ?)
 9 Posté par gemp le 24 septembre 2007 à 21:50

Je ne me réfère qu'à l'article de la FAQ consacré aux notes qu'il faudrait alors changer: "... 9/10 au prochain film de Kubrick" et "... quelle note reflète le mieux l'avis développé dans l'article". 
 
Il est vrai que ledit article n'aborde que quelques aspects fragmentaires de la facture du film et ne met essentiellement en exergue que les points du scénario qui soulignent le rapport en le réalisateur et son film. A ce titre, la note se justifie sans doute. 
 
Quant à dire que les fans "ne comprennent ni la fragilité ni la symbolique du héros", c'est selon moi ne pas avoir lu sa version papier qui ne fait que l'expliciter voire le rabâcher case après case. 
 
Mais bon, je pinaille. Merci pour ces quelques lectures.

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