Avatar

Deep blue seed

Affiche Avatar

Fable universelle jouant tout aussi bien sur les mythes que sur l'Histoire des hommes et du cinéma, le film de James Cameron est un coup de massue émotionnel. Face à une œuvre aussi titanesque, il n’est pas facile d’ordonner ses idées et l’exercice a ses limites.


Néanmoins nous pouvons tenter l’expérience. Attention, ce texte fait la part belle aux spoilers (ndlr : pas grave, le scénario est convenu)


CHAPITRE 1 : MYTHE
"Entrez dans le monde"


Après être sortie de la séance cinéma je me suis demandé si nous n'avions pas là le film ultime Campbellien. Question fondamentale vu l'importance du maître dans le monde anglo-saxon. Joseph Campbell, écrivain, anthropologue et figure incontournable de l'étude des Mythes et des Religions, est célèbre pour sa théorie du monomythe composée de deux aspects : "Le voyage du héros" et "Le cycle cosmogonique".

Ce qui frappe avec Avatar c'est que le récit ne se contente pas du "voyage du héros" mais s’ouvre également telle une cosmogonie pour ensuite développer une véritable cosmologie. En effet Avatar propose de suivre et de découvrir deux figures distinctes, celle de Jake Sully dont le chemin initiatique suivra le voyage du héros et celle de Pandora, monde-univers dont la cosmologie nous est enseignée par les Na'vis via une approche anthropologique précise et relativement exhaustive. Un tout mythologique qui englobe à la fois un héros et un monde.


Tout mythe débute par le néant, ainsi le film s'ouvre sur l'espace, froid et stérile. Puis vient la scène d'ouverture d'une mort/naissance extrêmement troublante : Le héros s'éveille et sort de son "cercueil" tandis que son jumeau (son double) entre lui dans le sien pour un sommeil éternel car il est mort. Les deux séquences sont mises en parallèle et nous ne sommes plus sûr de qui est qui. Le néant de l'espace accueille ainsi à la fois une mort et une naissance : l'homme meurt et laisse sa place à un être en devenir qui va arpenter le chemin vers son éveil et la révélation de sa nature nouvelle.

"Le voyage du héros" est un modèle qui fournit au récit des points narratifs universels qui s'adressent tout autant à notre inconscience qu'à notre conscience. Ainsi le voyage de Jake Sully passera à travers des étapes classiques telles que "la caverne de la baleine" (privation de son avatar suivi d'une renaissance avec un nouveau "pouvoir"), "la rencontre avec la déesse" (tout autant Neytiri que Pandora) ou encore "la réunion au père" (le colonel Quaritch, père pour ses soldats se surnommant lui-même Papa-Dragon). Quant à la forme du voyage initiatique de Jake, elle prendra celle d'une fable, avec son Bien, son Mal et sa Morale, le tout accompagné d'une surnarration adressée directement au spectateur (la vidéo souvenir qui devient vidéo testament, une idée géniale) - spectateur qui vivra ainsi en même temps que Jake ce voyage vers l'éveil de l'être nouveau.


Avatar
 

Pandora, un monde nouveau pour un être nouveau, semble elle aussi être née à la fois du néant et des cendres de l'ancien monde : son héritage tient tout autant de la nature de l'(ancienne) Terre que de ses rêves, créant un nouveau mythe universel avec ses créatures familières mais fabuleuses, sa forêt cerveau mais mère avant tout, ses montagnes volantes mais enracinées à la terre, ses tribus issues de territoires distincts et variés mais unies dans l'appel au mythe et à l'harmonie, et un monde où tout est lié symboliquement mais également physiquement comme s'il s'agissait de la seule façon pour ne jamais l'oublier...
Et pour parcourir et vivre dans ce panthéisme, l'être en devenir a besoin d'un avatar, une incarnation spécifique à ce monde car son ancien corps appartient à une ère révolue. Mais un avatar est aussi de façon originel l'incarnation d'un dieu dans le monde : l'homme en tant que dieu de l'ancien monde doit redécouvrir le sens de la vie et du divin sur ce nouveau monde. L'avatar est ainsi une passerelle entre l'ancien et le nouveau, en attendant que l'être en devenir soit prêt à tout abandonner pour Pandora...

Le monde est mort, vive le monde !



CHAPITRE 2 : SUR LE CINÉMA
"Voici ton avatar"

C'est évidemment lors de la découverte par Jake de son avatar que l'enjeu cinématographique de l'œuvre entre véritablement en scène. James Cameron a débuté son film en mêlant prises de vue réelles et virtuelles, le tout presque toujours dans des espaces confinés et fermés, mais comme Jake, le spectateur est impatient de sortir de son siège pour partir à la découverte de ce monde nouveau et sans limite. Un monde nouveau qui n'existe pas au sens du réel mais uniquement au sens du rêve et qui prend corps grâce à ce grand rêveur de James Cameron, véritable explorateur de territoires nouveaux. Ici le cinéma virtuel (performance capture) et la 3D ne servent qu'à une seule chose : repousser encore plus loin les limites entre réalité et rêve, afin que la matérialisation du rêve ne soit plus assujettie aux contraintes du réel, à l'image du corps des Na'vis, défi à toutes les contraintes de morphologie et de mouvement, défi aux techniques de maquillage, de costume et de manipulation classique.


Et lorsque Jake fait ses premiers pas avec son avatar, il est tel un gamin, impatient de marcher, de courir, de toucher et de simplement tout expérimenter. Un sentiment qu'a dû éprouver également James Cameron lors de ses premiers essais de cinéma virtuel, curieux et impatient de pousser les limites de cette expérience du virtuel total que représente Pandora.

Ainsi à l'image des humains endossant leurs avatars, les acteurs ont dû eux aussi endosser des combinaisons pour jouer dans ce monde virtuel. Pandora devenant de ce fait la métaphore ultime du virtuel avec ses arbres virtuels, son eau virtuelle, son vent virtuel, sa lumière virtuelle, ses ombres virtuelles, ses montagnes virtuelles et ses précipices virtuels. Un monde qui n'existe qu'au cinéma et qui prend vie tout aussi bien grâce au cinéma virtuel qu'au relief pour que le spectateur expérimente au plus proche possible de Jake la découverte de Pandora. Tout ici relève du rêve et de l'imaginaire, à l'exception des acteurs : ce sont eux qui donnent vie à ces êtres nouveaux, c'est leur performance qui est capturée virtuellement pour être restituée dans Pandora. Ainsi une telle évolution pour revenir finalement à l'essence du jeu d'acteur. Tout est donc virtuel sauf la vie qu'ils insufflent à ces géants bleus, ce qui pose une nouvelle question sur la barrière entre réel et rêve, entre ancien et nouveau : qui pilotent les avatars ? Les acteurs ou les personnages ? Le film rejoue ainsi métaphoriquement toute l'aventure de James Cameron et de ses compagnons. Sacré symbole que ce concept d'avatar et pas étonnant qu'il ait donné son titre au film.

Aussi bien sur le fond que sur la forme, Avatar parle de la quête absolue de l'imaginaire au cinéma, et cela par le biais de cette nouvelle étape qu'est le cinéma virtuel. Initiée par des cinéastes comme Steven Spielberg, Peter Jackson ou encore Robert Zemeckis, Avatar est l'aboutissement (et l'arrivée à maturité) de cette nouvelle étape du cinéma : celle de la conquête du monde virtuel et de la performance capture, et cela pour le meilleur et pour le pire, comme toute (r)évolution.

Conscient ou pas que le cinéma restera toujours le cinéma malgré les évolutions (son, couleur, 3D, image de synthèse ou performance capture), James Cameron signe avant tout un film organique, émotionnel et narrant un mythe universel, comme pour prouver que cette (r)évolution s'inscrit naturellement dans l'art narratif du cinéma.

Avatar
débute par un homme réel qui ouvre les yeux et s'achève par un homme totalement virtuel qui ouvre les yeux et qui a renoncé définitivement à son ancien monde.
L'Homme nouveau est là et il est de rêve.


Avatar

 

CHAPITRE 3 : POUVOIR DU RÊVE
"Vous n'êtes plus au Kansas" 

C’est sur cette réplique faisant référence au Magicien d’Oz que le Colonel Quaritch débute son discours de bienvenue aux nouveaux arrivants sur Pandora. Classique absolu pour le public américain, Le Magicien d’Oz de Victor Flemming (1939) est une des œuvres sur le rêve les plus iconiques du cinéma américain. Par conséquent une telle réplique placée à un tel point du récit devient une véritable note d’intention et indique sans détour que le film de James Cameron revendique l’appartenance à cette famille que sont les films sur le rêve.

Il n’y a donc alors rien d’étonnant d’entendre les Na’vis appeler les humains utilisant des avatars des dreamwalkers (littéralement "marcheurs de rêve"). Pour les humains (et le spectateur), Pandora est une terre de rêve où la barrière avec la réalité est confuse, à l’image du premier plan du film : une vision vu du ciel de Pandora avec une voix off de Jake évoquant son rêve de voler et s’achevant par son réveil. Quelle est la place dans le récit de ce plan : appartient-il à l’imaginaire de Jake qui rêve de Pandora ou bien est-ce une vision "réelle" de Pandora, raccordée narrativement au réveil de Jake ? Le propos du film est posé.


Avatar
parle de rêve et cherche à réveiller cette envie d’imaginaire qu’il y a en chacun de nous en ressuscitant des émotions primordiales : explorer un monde fantastique, voler au dessus des arbres et des montagnes, vivre une histoire d’amour hors du commun, dompter un dragon ou encore se battre contre un ennemi redoutable et cruel. Ce sont ces émotions liées à l’imaginaire et au rêve, et qui n’existent pas dans la réalité, qu’Avatar cherche à faire vivre au spectateur. Les Na’vis et Pandora ne sont ni plus ni moins que des archétypes, des images qui transcendent une définition fermée et limitée car ils sont avant tout rêve et fantasme. Ils sont à la fois tout les êtres imaginaires et aucun en particulier, et ils n’ont pas besoin de conquérir l’imaginaire collectif car ils en font déjà partis : être un Na’vi et expérimenter la vie sur Pandora, c’est avant tout se laisser aller au rêve et aux émotions primordiales.
Avatar
se veut une expérience du rêve, et c’est l’émotion du rêve qui est au cœur de chaque plan et de chaque scène du film. Celui qui a toujours rêvé au plus profond de lui de voler sera transporté lors du premier vol de Jake et celui qui a toujours rêvé d’un amour hors norme sera bouleversé lorsque Neytiri prendra le petit corps humain de Jake dans ses bras. Avatar conte un retour aux sources, celui aux images primordiales du rêve et sa force, son essence et sa substance, c’est cette force iconique du rêve qui est le but même du récit. Ainsi lorsque dans l’ultime scène, Jake renonce définitivement à son corps d’humain pour son corps de Na’vi, si nous nous raccrochons à la scène d’ouverture, alors nous voyons un homme qui renonce à la réalité pour le rêve.
J’ai rêvé de Pandora et je l’ai vu.


Avatar

 

CHAPITRE 4 : LANGAGE ET CINÉMA
"Apprends-moi à  voir"

Dans cette simple phrase que Jake lance à Neytiri lorsqu’il lui demande de l’aide se trouve explicité toute la linguistique d’Avatar. Sur Pandora la parole est un outil trop limité pour comprendre le monde, elle devra donc laisser sa place aux sens, et en particulier à celui de la vue car c’est principalement à travers ce sens que le spectateur fait l’expérience du cinéma, l’art des images en mouvement. Pour saisir l’essence de Pandora et s’éveiller à sa sagesse, Jake devra donc observer et contempler Pandora et ses innombrables visages.

Ainsi pour raconter son histoire, James Cameron n’a pas choisi la parole, le rationnel et le logos, mais le sens de la vue et l’immersion du regard (3D). Ici toute parole ou discours est inutile car c’est uniquement en expérimentant Pandora avec ses yeux que Jake et le spectateur peuvent espérer la comprendre. La parole et le rationnel sont du côté des humains, enfermés dans un monde abstrait et froid. Les humains ne comprennent pas les êtres ne parlant pas le même langage qu’eux, et ce qui est au-delà de la parole leur est incompréhensible, sans intérêt et sans enjeu.

Les humains de la RDA sont venus sur Pandora pour exploiter un minerai très précieux et très important pour la Terre, et pourtant nous ne verrons quasiment jamais ce fameux minerai hormis sous forme d’un minuscule caillou trônant fièrement sur le bureau de Selfridge. Ce bien si précieux demeurera ainsi abstrait et hors de notre vue durant tout le film. La seule véritable manifestation tangible de son existence est ce petit caillou : un minuscule caillou face au gigantisme des forêts, des montages et des êtres vivants de Pandora. Non effectivement, il ne s’agit pas du même langage, cela se voit.


De leur côté les Na’vis disposent évidemment de la parole mais elle ne représente qu’une infime parcelle de leur mode de communication et d’expérimentation. Le langage des Na’vis est un langage absolu car ils sont en contact et en échange permanent avec leur univers, Pandora. Un échange et un contact qui passent principalement par la vue. Ainsi lorsqu’un Na’vi se connecte à travers son lien organique avec un autre être vivant, cette expérience est expliquée à Jake pour le fait qu’il verra à travers les yeux de la créature. Le tout souligné à chaque fois par un plan sur l’œil de la créature pour signifier que la connexion est établie. Et lorsque Jake voit à travers les yeux de la créature, il la comprend et il est enrichi par cette expérience. Cette importance primordiale de la vue se retrouve également déclinée dans le langage parlé des Na’vis, que ce soit dans le salut ("Je te vois") ou dans la moquerie ("un rocher voit mieux que lui"). La vue est au centre de tout et c’est uniquement à travers l’expérience visuelle de Pandora qu’est accessible la sagesse et les émotions qu’elle porte en son sein.

Ainsi Avatar ne se rationalise pas, mais se vit à travers la vue. Tout le film est bâti sur ce concept et le spectateur est invité à plonger son regard dans Pandora pour accéder à son essence. C’est pourquoi Avatar débute et se termine par des yeux qui s’ouvrent et c’est aussi pourquoi Neytiri embrasse les paupières closes du corps humain de Jake lorsqu'il y renonce.

J’ai vu Pandora et j’ai compris ses milles visages.


Avatar

 

CHAPITRE 5 : ARCHÉTYPES ET SYNCRÉTISME
"Je dois faire des prélèvements"

En tant qu’archétype, Pandora et les Na’vis sont des images primordiales et générales dont peuvent découler des faisceaux de figures différentes mais partageant une même universalité mythologique (définie par ce récit qu’est le film Avatar).

Ainsi l’historien y verra en premier lieu une métaphore historique, et en particulier celle de l’Amérique et des Etats-Unis, l’anthropologue verra pour sa part une ode à un mode de vie en symbiose avec la nature, l’amateur de pulp culture une confrontation entre science-fiction et fantasy (le combat final contre le colonel Quaritch), le gamer une métaphore no life
(Jake adoptant à un moment un comportement d’accro au virtuel), le Shinto un conte animiste et le sociologue y verra l’incarnation de deux grands thèmes et enjeux de notre époque : nature et virtuel, avec Pandora qui tient tout autant du Jardin d’Eden que d’Internet (avec son réseau de connexion et son système de téléchargement de souvenirs).


Toutes ces interprétations sont évidemment valides car elles découlent de la nature archétypale d’Avatar. Par exemple la figure de Pocahontas est là, James Cameron explique même l’avoir utilisé sciemment pour construire son récit mythologique, mais réduire Avatar à Pocahontas est comme réduire une forêt à un arbre. Un arbre peut cacher une forêt mais vu la dimension de la forêt de Pandora, il parait difficile de ne pas se rendre compte de son étendu et de sa variété. En effet la nature d’Avatar relève avant tout du syncrétisme, c'est-à-dire du mélange d’influences, ce qui découle de sa démarche de mythe universel. Cet aspect du rapport entre vision partielle et vision totale est incarné par le personnage du docteur Grace Augustine. Servant de guide premier à Jake elle se retrouve finalement dépassée par le niveau de compréhension et de connaissance de Pandora de ce dernier. En effet contrairement à Jake, Grace ne s’immerge pas totalement dans Pandora et se restreint à une vision microscopique et distante de Pandora. A l’image de son arrivée à l’Arbre des Ames où son premier réflexe est de procéder à des prélèvements (approche partielle et fragmentaire) au lieu de regarder l’arbre en son entier. Elle rationnalise et se focalise sur une approche partielle et fragmentaire au lieu de s’abandonner à ses sens pour rejoindre Pandora, alors que s’immerger en elle est la clé de sa sagesse et de la compréhension de son essence. Nous pouvons d’ailleurs nous interroger sur l’échec de son transfert "spirituel" vers son avatar : est-ce simplement dû à sa blessure ou bien Grace n’était également pas "prête" à faire corps avec Pandora ?

Pour embrasser la totalité de Pandora, Jake et le spectateur doivent dépasser une à une les différentes visions limitées qu’ils en ont. Ils devront laisser ces ombres derrière eux pour finalement aller au-delà de la dernière ombre. Une métaphore qui fait tout aussi bien référence au mythe platonicien de la Caverne qu’au nom Na’vi de l’ultime "dragon" que Jake devra maîtriser pour unir les forces de Pandora : Toruk, la dernière ombre.

Avatar
recouvre ainsi mille visages pour un héros et un voyage.

Avatar

 

CHAPITRE 6 : ODYSSÉE CINÉMATOGRAPHIQUE
"J'ai conçu ce projet pour emmener les gens sur une autre planète"


Avatar
est en premier lieu une expérience sensorielle d'immersion dans un monde repoussant les limites visuelles connues du cinéma. S'agissant d'une expérience cinématographique, James Cameron a développé son projet en utilisant tous les moyens dont dispose le cinéma pour cela. Outre l'exploration comme jamais vu du tournage virtuel et de la performance capture pour créer ce monde, James Cameron a opté pour le format Imax, pour sa résolution d'image exceptionnelle et le gigantisme de son cadre afin que le spectateur ne puisse sortir des "bords" de ce monde. Il a ensuite, avec précision, creusé sa profondeur de champ et modelé son relief avec cette technique qui est la 3D relief. Enfin, il a dû réduire de trente minutes le premier montage du film en raison de la limite de durée du format Imax (2h42).
Des contraintes fortes pour un résultat qui cherche à transporter "sensoriellement" le spectateur sur une autre planète. Ainsi Avatar ne peut être vu dans sa totalité, tel que le film a été créé et pensé, que par le biais d'une projection Imax 3D. Toute autre version est par nature une version "dégradée" d’Avatar, et donc une expérience "dégradée" de Pandora. Une démarche finalement qui va contre la tendance actuelle du formatage des médiums et contre la règle implicite qu'un film doit pouvoir être vu même sur un téléphone portable. Au contraire de tout cela, Avatar est conçu pour la salle de cinéma et cela dans toute la puissance que lui fournissent ses attributs.

Une démarche qui n'est pas sans rappeler celle de Stanley Kubrick avec 2001: A Space Odyssey que le maître avait conçu également comme une expérience sensorielle repoussant les limites visuelles connues. Pour Stanley Kubrick il s'agissait de créer une expérience visuelle et sonore unique. Pour ce projet les enjeux et les contraintes techniques cinématographiques furent aussi repoussés dans leur limite et Kubrick opta lui aussi pour un format particulier et hors norme, le Super Panavision 70 : pellicule 70 mm (comme l'Imax : cadre gigantesque pour écran géant) avec gestion des pistes de son d'une précision incroyable. 2001: A Space Odyssey fut ainsi conçu pour une salle de cinéma géante et toute autre version est par nature une version "dégradée" du film.


Avatar
 

Deux projets qui sont donc très proches dans leur démarche cinématographique, ce qui n'est sans doute pas un hasard. En effet c'est à la vision de 2001, alors qu'il avait quatorze ans, que James Cameron eut la révélation de sa vocation. Il vit le film une dizaine de fois et il y a clairement dans Avatar cette impression latente que James Cameron fait son 2001, avec son univers et ses obsessions personnelles.
On peut aussi noter que dans ces deux films le corps est l’un des vecteurs narratifs principaux. Dans 2001 l’une des structures narratives est le cheminement à travers la mise en scène de quatre corps distincts : singe, humain, machine, et embryon astral. Dans Avatar, la mise en scène du cheminement du héros est traitée elle aussi à travers un changement de corps qui aboutit au renoncement final de son corps d’humain pour un corps Na’vi. Cet enjeu et ce choix du corps sont mis en évidence lors de la scène où le colonel Quaritch promet à Jake de lui rendre l’usage de ses jambes s’il suit sa voie. Ainsi nous voyons dans cette scène un humain "diminué", coincé dans une chaise roulante et devant utiliser une plate-forme élévatrice pour être au même niveau qu’un autre humain "augmenté" par un corps mécanique gigantesque, symbole de la puissance et de la connaissance humaine. Pour le colonel, il ne fait aucun doute qu’il est dans la voie logique et naturelle du monde, pourtant ce ne sera pas celle que choisira Jake après avoir expérimenté Pandora. Et cette lutte idéologique du corps trouvera son expression la plus violente lors de leur combat final.

Avatar
utilise donc le corps comme vecteur narratif et s’inscrit ainsi bien sur le fond que sur la forme dans l’art narratif du cinéma qui est dans son essence l’art du corps en mouvement. Art que James Cameron a mis en œuvre à travers un monde de rêve.




   

Ajouter un commentaire

Ouvrez-la ! Avec pertinence et correction. Tout troll sera automatiquement supprimé.

RoboCom.


Informations supplémentaires