Doctor Who 2014

Post-mortem

Affiche Doctor Who saison 8

Par un bouleversement spatio-chronologique des médias, la sortie DVD de la saison 8 de Doctor Who a précédé sa diffusion française sur France 4, prévue le 27 mars prochain. L'occasion pour décrypter cette saison qui place le Docteur sur une voie nouvelle et prometteuse.


Héritier du relaunch de 2005 opéré par Russell T. Davies et garant de l’agenda du cinquantenaire de la série, le showrunner Steven Moffat a relevé tous les défis qu’il s’était fixés : exploser le cercle culpabilité / fuite lié à la Guerre du Temps qui hantait les trois précédentes incarnations du Docteur et boucler toutes ses intrigues en suspens liés à l’ordre du silence en un seul épisode. Moffat redonna un passé à Doctor Who en une poignée d'épisodes et un nouvel horizon avec la porte ouverte à un retour de Gallifrey. Ayant épuisé ses treize vies, ce dernier devait mourir sur Trenzalore dans Un Village Nommé Noël, mais il hérita d’un nouveau cycle de régénérations grâce à l’intervention des Seigneurs du Temps qui répondirent à la requête de Clara : donner du temps au Docteur pour que les conditions du retour de Gallifrey soient réunies.
En brisant la règle des douze régénérations (1), Steven Moffat n’a pas commis un crime de lèse-whovianisme, pas plus que ne l’avait fait Christopher Bidmead (script editor de la série classique en 1981) lorsqu’il décida au crépuscule du quatrième Docteur d’accorder au Maître une transmutation dans le corps d’un humain afin qu’il puisse poursuivre son cycle infernal. (2) Il n’y a pas de tel crime dans une série qui s’est construite sur des rebondissements bien plus absurdes. Le showrunner est néanmoins parvenu à un territoire vierge où il peut désormais faire vivre son Docteur au-delà des contraintes qui l’ont grevé ces dernières années. Mais il n’y aura guère de repos du guerrier : Twelve doit désormais garantir le futur de la série, celui qui ouvrira un nouveau cycle de régénération sur lequel se reposeront les douze (?) prochains Docteurs.

Doctor Who saison 8

Steven Moffat a prouvé sur ses premières saisons que la mobilité était pour lui un credo et il n’a, heureusement pour nous, pas l'idée de passer le flambeau à quiconque. Une bonne nouvelle n’arrivant jamais seule, le poste de producteur exécutif laissé vacant par Caroline Skinner revient à un habitué de la galaxie Who, Brian Minchin qui, non content d’avoir coordonné les scénarios de plusieurs épisodes de la série entre 2007 et 2010, a également travaillé sur Torchwood et The Sarah Jane AdventuresUn élément solide venu de l’époque Russell T. Davies qui a su visiblement canaliser le trop plein de créativité du showrunner comme les désirs de contrôle de la BBC pour aboutir à la saison la plus équilibrée depuis la quatrième.
Cette saison prend le temps de développer les diverses pistes lancées, de prendre en compte la progression des personnages mais aussi de jouer sur les contrastes entre chaque épisode. Pour ce nouveau cru, nous serons confrontés à des robots pilleurs d’organes dans l'Angleterre victorienne, puis le statut de héros du Docteur sera mis en perspective face à Robin des bois dans un hilarant détour par Sherwood, nous partirons au-delà des limites de l’univers pour découvrir que nous ne sommes pas seuls quand nous sommes seuls, cambriolerons la banque inviolable de Karabraxos, voyagerons dans le spatio Orient-Express sous la menace d’une momie meurtrière invisible, découvrirons pourquoi les arbres nous veulent du bien dans une remarquable fable écologique, et surtout nous apprendrons à connaître la nouvelle incarnation du Docteur. 
Ce Docteur passé bien au-delà de sa première vie qui, en dépit des apparences, est toujours aussi brillant... et écossais. Ce qui ne gâche rien.

Doctor Who saison 8

C’est à Peter Capaldi qu’échoue la lourde tâche de succéder à Matt Smith. Déjà apparu dans le show dans le rôle d’un chef de famille romain (La Chute De Pompéi), Capaldi est un acteur aguerri, grand admirateur de la série et certainement le meilleur atout dans la manche de Steven Moffat pour faire accepter un Docteur plus lointain et ambigu. Moins sociable que ses prédécesseurs, Twelve évolue moins en vase clôt lors d'une saison 8 qui explore les interactions et enrichissements mutuels de trois personnages d’égal intérêt : le Docteur, Clara et un nouveau venu, Danny Pink. Pendant ce temps, la mystérieuse Missy œuvre dans l’ombre, prête à introduire de nouvelles libertés dans la mythologie Who tel que l’exploration d’un territoire inconnu du Seigneur du Temps : l’au-delà.


L’ÉTRANGER
"Je crois que je ne sais plus du tout qui est le Docteur" - Clara Oswald

Le tandem Moffat / Minchin a eu la très bonne idée de s’adjoindre les services d’un des réalisateurs anglais les plus prometteurs de sa génération afin d'ouvrir cette nouvelle ère : Ben Wheatley (Kill List, Touristes) ouvre le bal avec les deux premiers épisodes, invitant deux de ses acteurs fétiches, Peter Ferdinando (Tony, A Field In England) et Michael Smiley (Luther, Kill List). Diffusé en salle en Royaume-Uni (3), En Apnée (8x01) prend le pouls d’un Docteur qui tombe le masque. Vieux de plus de deux millénaires, il se régénère sous la forme d’un homme d’âge mûr devant sa compagne Clara Oswald, qui a du mal à digérer ce changement, introduisant le thème de la fausseté des apparences, récurrent dans cette saison. L’empathique Silurienne Vaastra lui révèle que l’apparence jeune et guindée du Docteur précédent ne lui servait qu’à flirter avec le monde, à être accepté des hommes ; sa confiance en Clara lui aura fait lever le voile. Vaastra reproche alors à cette dernière de juger cette apparence alors que le Docteur se montre dans toute sa vulnérabilité, le douzième du nom lui confessant l'erreur, parmi tant d’autres, de lui avoir fait miroiter bien des choses. Puis Eleven (Matt Smith) l'appelle de Trenzalore peu avant sa régénération pour lui demander d’aider ce successeur, qui est sans doute bien plus perdu qu’elle ne l’est. Lorsque Clara raccroche, Twelve / Peter Capaldi prononce ces mots : "Tu me regardes et tu ne peux pas me reconnaître. As-tu une idée de ce que ça fait ? Je ne suis pas au téléphone, mais en face de toi. S’il-te-plaît, reconnais-moi".

Doctor Who saison 8

La compagne fait le lien et se pose comme un écho au jugement du téléspectateur, aguerri ou non, qui tend à rejeter chaque nouvelle incarnation du Docteur. Steven Moffat connaît très bien ce spectateur, autant que son exigence, et c’est probablement lui qu’il vise lorsque Twelve demande à Clara d’accepter Peter Capaldi et ce qu'il peut lui apporter, quand bien même il n’aurait ni le masque des traits attrayants de ses prédécesseurs, ni ce caractère avenant et clownesque d’Eleven. Steven Moffat fait lui-même un pari sur le cœur du téléspectateur, une sorte de quitte ou double, qui se poursuivra sur la durée de la saison.

En Apnée n’a guère facilité les choses à ce spectateur. Certaines régénérations n’ont pas été de tout repos (celle du Sixième en tête) mais aucune n'a atteinte la forme même de la série, ce qui est visiblement le cas ici. Ben Wheatley y distille quelques éléments de son univers afin de traduire le chaos intérieur de la renaissance du Docteur. Lent et poétique, claustrophobe, à la réalisation plus sensorielle et en ruptures de tons, teinté d’humour noir, l’épisode inaugural transpire le désordre, le dérèglement, se permet de déborder de son intrigue pour s’étendre sur l’invective méta-physique du Docteur envers un pauvre SDF, présente des situations comiques décalées face à la gravité des événements... Un rendez-vous laisse place à une scène pittoresque dans un restaurant, qui vire du confort victorien à l'atmosphère horrifique malsaine : Clara et le Docteur sont entourés d'individus qui ne respirent pas, un serveur s’avance pour examiner leurs organes, ils tombent dans un vaisseau souterrain, Clara doit affronter seule des robots chercheurs d'organes se transformant en hommes pièce après pièce depuis des siècles. Perdus à des millions d’années de chez eux, ils veulent survivre les époques pour regagner leur terre promise. Ici, Moffat et Wheatley renvoient face-à-face le droïde meneur et le Seigneur du Temps : tant de nouveaux visages depuis leur naissance qu’ils ne parviennent plus à se souvenir de qui ils sont.

Doctor Who saison 8

A la fin d'En Apnée, une ellipse suivie d’un regard caméra de Capaldi amène le spectateur à s'interroger sur la véritable nature de ce nouveau Docteur. Une question qui ne trouvera pas de réponse avant l’ultime scène de cette saison 8. Le Docteur doute, et c’est une première. La première réaction de Clara inaugure une multitude de jugements par ceux que Twelve croisera, lui renvoyant durement ce qu’ils pensent de lui : qu'il est un parfait Dalek, un général cruel au détachement total, un monstre. Seule sa compagne saura y détecter le potentiel de devenir meilleur. Mais n’est-elle pas la personne qui le connaît le plus intimement ?


CASUALTIES OF WAR
"Regarde Clara, regarde le vieux général couvert de sang en action" - Danny Pink

Danny Pink apparaît dans l’épisode suivant,
Dans Le Ventre Du Dalek (8x02). Soldat de la couronne revenu de la guerre pour devenir professeur de maths à Coal Hill School, traumatisé par les décisions qu’il dut prendre sur le front, Pink ne parvient pas à se défaire d'une image de tueur qui lui colle à la peau et à laquelle ses élèves se plaisent à le renvoyer, y compris Clara lors de leur rencontre. Le Docteur, qui se demande si il est un homme bon, se voit pendant ce temps confronté à un Dalek malade qui le juge comme étant le parfait Dalek. Les traumas de Pink et du Docteur font d’eux des dommages de guerre collatéraux, deux personnes que la nécessité a confinés à des rôles qui ne correspondent visiblement pas à ce qu’ils sont, mais qu’ils ne cessent de renvoyer malgré eux. Ces archétypes du soldat et du général vont être amenés à entrer en collision de par le lien qu’ils partagent avec Clara, dévoilant des préjugés a priori irrémédiables.

Doctor Who saison 8

Dans Le Gardien (8x06)Twelve présume que Clara sort avec un autre homme qui ressemble physiquement au Docteur qu’il était (Matt Smith), chose qui le fait doucement sourire (n’étais-ce pas son costume de séduction ?). Son incompréhension sera telle lorsqu’il découvrira qu’elle s’est acoquinée avec le soldat qu’il n’hésitera pas à exiger une explication : le Seigneur du Temps peine à croire que sa Clara ait pu préférer un homme de moindre rang, moins intelligent, qu’il ne peut assimiler à autre chose qu’à un professeur d’éducation physique. Danny Pink (interprété par Samuel Anderson, qui lui confère une grande humanité) se révèle pourtant être un professeur fiable et un excellent sondeur de l’âme humaine, tout particulièrement celle de Clara dont il est rarement dupe de ses errances et mensonges. Danny Pink voit en ce Docteur qui met perpétuellement en danger la vie de sa copine un de ces officiers l'ayant envoyé au combat, de ceux qui provoquent le feu en faisant payer les conséquences aux soldats. Les Time Lords ne sont-ils pas la grande aristocratie de l’univers, de laquelle découle forcément un rang militaire plus élevé ?

 

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Ce rôle de général fait écho au War Doctor qui dut prendre la pire des décisions lors de la guerre du temps, mais aussi à l’architecte de l'épisode Braquage Temporel (8x05), renvoyant à l'habitude du Docteur de prendre le contrôle des opérations même en présence de chef, méthode qu’il développera dans l'atypique A Plat (8x09). Twelve doit constamment garder la tête froide pour prendre les décisions sans se laisser émouvoir par les morts laissés sur le chemin. Le très bon La Première Femme Sur La Lune (8x07) montrera à Clara le fardeau que représente ce rôle, déjà développée dans l’épisode du 50ème anniversaire. Cette urgence de la décision du leader est portée à son paroxysme lors de La Momie De L'Orient-Express (8x08) au cours duquel un maximum de données sur un meurtrier doit être collecté en un temps limité afin de sauver les survivants sans avoir la possibilité une seule seconde de pleurer les morts qui s’accumulent, n'étant alors plus que les rats de laboratoire de la machine.

Ces deux personnages en cours de reconstruction de Twelve et Pink ne trouveront un compromis qu’en la présence de Clara. Une détente d’apparence qui explosera dans le dernier épisode de la saison, lorsque dans une guerre ouverte, l’un et l’autre auront revêtu leur habit de soldat et de général.


UN ÉLÈVE DOUÉ
"Tu m’as demandé si tu étais un homme bon. Je ne sais pas. Mais je pense que tu essaies de l’être, et c’est probablement le principal" - Clara Oswald

En Apnée
fait considérablement évoluer le registre de jeu de Jenna Coleman. Clara Oswald n’est plus the impossible girl intouchable, le mystère du Docteur, mais une femme avec ses défauts, une maniaque du contrôle mais aussi une personne intelligente qui sait tirer parti de ses expériences pour progresser à une vitesse vertigineuse. Elle est aussi et surtout une alliée inestimable pour Twelve.

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Lors du segment Dans Le Ventre Du Dalek, le Docteur invite Clara à l’accompagner lorsqu’il doit pénétrer dans l’organisme d’un Dalek pour soigner un dysfonctionnement de "moralité". Le Dalek en question est victime d’un dommage interne qui l’a rendu sensible à la naissance d’une étoile, événement qui a changé sa perception sur la suprématie du chaos et de la destruction. Alors que le Docteur voit cette illumination comme une anomalie dans une nature profondément maléfique, Clara lui fait entrevoir que son existence prouve que cette nature peut être corrigée. L’esprit ouvert par son professeur, le Docteur demande alors à Clara d'ouvrir également celui du Dalek à d’autres idées alors que lui-même provoquera le choc qui l’a rendu moral.
Dans Le Ventre Du Dalek se révèle ainsi être une brillante double exploration de
l'allégorie de la caverne de Platon mettant en exergue le rôle du professeur dans la reconnexion au monde d'un élément dysfonctionnel, rôle que Clara tient durant toute la première partie de cette saison envers ce nouveau Docteur.

Doctor Who saison 8

Cette saison 8 est également une occasion pour Steven Moffat de faire d’une pierre deux coups en revenant aux bases pédagogiques de la série tout en permettant à son Docteur nouveau-né de se reconstruire à travers un guide.Les premiers compagnons du Docteur, Ian et Barbara, étaient les professeurs de chimie et d’histoire de sa petite fille Susan au lycée de Coal Hill, accidentellement atterris dans le TARDIS. Les visites historiques et les épisodes de Science-Fiction trahissaient alors une volonté didactique d’apprendre l’Histoire et les sciences en s’amusant, rapidement délaissée face aux succès du programme et de son bestiaire.
Un nouveau cycle de régénérations, Clara en institutrice à Coal Hill et l’annonce au générique d’un professeur (Danny Pink) et d’une élève (Courtney) pouvaient laisser envisager un reboot de la série. Il n’en est rien, mais le showrunner a tout de même installé un tableau et des craies dans le TARDIS et flanqué notre Seigneur du Temps de la plus exigeante des institutrices. Après l’avoir faite entrer dans sa ligne temporelle
à l'issue de la saison 7, il a ouvert à Clara les portes de son enfance à Gallifrey dans le brillant et métaphysique Jamais Seul (8x04). Une manière à peine dissimulée de désacraliser ce vieil homme autoritaire pour faire ressortir l’enfant terrifié qui se cache derrière ce nouveau cycle de réincarnations, qui était probablement déjà là lorsqu’il dû décider de la destruction des siens et des Daleks. Un comportement enfantin ressort bien souvent du jeu de Peter Capaldi : imprévisible, boudeur, fantasque, perdu face aux sentiments humains, il donne admirablement la réplique à la jeune Courtney Woods, élève perturbatrice de Clara et Danny, en lui lançant qu’elle n’est pas spéciale. On imagine difficilement ce clown de Matt Smith risquer de bousiller la vie d'une gamine en sortant pareille tirade. Clara saura transmettre à Twelve les outils pour corriger ses erreurs et se réinventer, et récoltera dans le final de La Momie De L'Orient-Express un début de récompense lorsque le Seigneur devient son propre animal de laboratoire pour éviter la mort d’un des passagers.

Doctor Who saison 8

Mais l’enseignement est réciproque : si Clara est le guide du nouveau Docteur, elle reste sous son influence et subit de son plein gré une initiation. En vertu de sa politique de non intervention sur l’Histoire, Twelve forcera sa compagne à prendre une décision capitale en la confrontant à un autre leader. Devra-t-elle tuer un innocent pour sauver la Terre ? Une épreuve du feu qui changera l’histoire de l’Humanité qu’elle supportera difficilement, au point de déserter quelques temps son mentor.
Mais l’adrénaline est une drogue, d’autant plus efficace sur une
control freak qui prend très vite goût à la puissance qu’elle acquiert sur les événements. Dans La Momie De L'Orient-Express, Clara comprend qu’elle ne pourra pas laisser tomber les voyages. A Plat lui fait prendre la place du Docteur pour résoudre une série de disparitions suite à l'enfermement du Time Lord dans un TARDIS miniaturisé. Par oreillette interposée, Clara devient ouvertement son élève, récoltant les conseils pour prendre la tête d’un groupe et gérer la pression. Elle se débrouille brillamment et parvient seule retourner le pouvoir de l’ennemi contre lui. Dans Promenons-Nous Dans Les Bois (8x10) (hasardeuse traduction de In The Forest Of The Night...), Clara préfère connaître le pourquoi de la situation et assister à son dénouement plutôt que surveiller les enfants, délaissant symboliquement sa condition de prof. Ce fieffé Steven Moffat ira jusqu’à jouer un mauvais tour au spectateur en lui faisant croire que Clara n’est autre que le Docteur dans le pré-générique et générique du dernier épisode de l'année. Serait-ce finalement une si grande surprise ?

Doctor Who saison 8


VERS L'INFINI ET L'AU-DELA (SPOILERS !)
"
Happy birthday to you, Mister Président" - Missy

Un fil rouge saisonnier sur le paradis, un bodycount exceptionnel, un Docteur qui s’est joué de la mort… Nombre d'indices portaient à croire que la destination finale de cette saison serait l’au-delà, mais rien ne laissait présager la raison de ce voyage périlleux : suite à la mort de Danny, Clara perd le contrôle. Elle menace le Docteur de jeter toutes ses clés du TARDIS dans un volcan s'il ne modifie pas le passé. Twelve, connaissant les conséquences d'un tel choix, refuse. Clara s’exécute. Mais la scène n’a existé que dans l’esprit de Clara, car le Docteur a provoqué un rêve qui laissait se déroulait les événements tels qu’elle les avait prévus. De retour dans la réalité, il lui propose d’aller récupérer Danny là où il peut-être à présent, si jamais c’est encore possible. Connectant Clara au TARDIS, il remonte sa ligne temporelle et atterrit dans la Nécrosphère, étrange lieu où tous les morts de la saison ont atterri. Un messager, Seb, y accueille Danny Pink.

Doctor Who saison 8

L’au-delà est une étrange destination pour une série qui a pour credo de rationaliser tous ses aspects fantastiques. Mais nous savons depuis le début de la saison que l’hôte de ces lieux est la mystérieuse Missy (Michelle Gomez) qui semble connaître le Docteur, et nous découvrons très vite que les lieux sont tenus par une entreprise bien terrienne, 3W Institute. Entendant l’appel des morts, le fondateur de l’Institut aurait découvert qu’ils restaient conscients et supportaient le sort qui leur était réservé, d’où l’idée de leur offrir un service de soins post-mortem. Alors que Clara reprend contact avec Danny, le Docteur découvre que l’Institut ne dissimule rien d’autre que les âmes de millions de morts chargés dans un disque dur gallifreyien alors que Missy n’attend que d’upgrader les corps dans des armures de Cybermen. Il découvre également que le siège social de la société est la cathédrale Saint-Paul au cœur de Londres. Un blasphème qui ne peut dissimuler que l’ennemi historique du Docteur, le Maître, devenu entre temps Missy, qui compte sur les Cybermen pour polliniser chaque agglomération mondiale et lever une légion de morts.

Le changement de sexe du Maître s’est posé comme la plus grande révélation de ce season finale. Steven Moffat avait déjà laissé poindre l’idée d’un Docteur féminin dans le parodique The Curse Of Fatal Death mais la régénération inter-sexuelle n’avait jamais effleuré les canons du show. L’entrée en matière de ce précurseur de Maître laisse donc une porte ouverte à une Docteure, idée aboutie avec humour dès l’épisode suivant par le showrunner. Force est de constater que Michelle Gomez orchestre brillamment le passage, campant un Maître qui n’a rien à envier à Roger Delgado, Anthony Ainley ou John Simm, incarnant une frappadingue entre gringue au Docteur et meurtres de sang-froid. La rencontre dans l’au-delà des deux Seigneurs du Temps qui ont vaincu la mort porte en elle une belle ironie, mais sert avant tout de reflet au Docteur, à l’instar d’autres vieilles connaissances qui parcourent le double épisode Nécrosphère / Mort Au Paradis (8x11 et 8x12).

Doctor Who saison 8

L’intervention de UNIT est un juste retour de la thématique militaire de la saison puisque l'Unité fut le premier contact du Docteur avec une autorité militaire terrienne (le renvoi au Brigadier est émouvant) avant qu'il n'en devienne le chef. Suite à cette invasion de cybermen, le voilà propulsé Président de la Terre, commandant en chef de toutes les armées terriennes. Dans une scène clé, le Président Docteur se retrouve face au super soldat Danny Pink sur le point d’être upgradé en Cyberman. Afin de le convaincre de ne pas alléger ses souffrances, Twelve raconte comment le Maître s'est perdu. Il cherche ainsi à convaincre Pink que la souffrance qu'il ressent est précieuse car elle lui permet de prendre conscience de celle qu’on inflige aux autres. Le soldat s’étonne que le Docteur puisse ressentir des émotions, et lorsqu’il le lui confirme, Danny Pink rétorque qu’il devrait avoir honte de ce qu'il fait. Le Docteur acquiesce, avouant la difficulté de sa position.
Missy / Le Maître est le général que Pink voyait dans le Docteur, le Cyberman est le soldat que le Docteur voyait en Pink. Missy à la tête d’une armée de soldats morts tandis que le Docteur défend les vivants appuie cette considération sur la souffrance des soldats, l'état de chaque armée représentant le point de vue du Seigneur du Temps officier sur les hommes qu’il envoie à la guerre. Steven Moffat connaît à ce point la mythologie de la série qu’il sait quels éléments particuliers utiliser pour illustrer son propos, amplifiant le signifiant de chacune des confrontations de ce final. Et d’enfoncer le clou en justifiant l’initiative de Missy par la volonté d’offrir une armée à son grand ami.

Doctor Who saison 8

Ce double épisode final voit également la résolution du rapprochement entre Clara et le Docteur, et surtout la conclusion de la romance que la professeur partage avec Danny Pink. Une histoire imparfaite et complexe mais si justement soutenue par Jenna Coleman et Samuel Anderson qu'elle incite à pointer le très bon travail de direction d’acteurs de cette saison. Un effort qui rejoint une écriture subtile, complexe, qui n’hésite pas à user de doubles sens (le jeu sur cloud et nuage est savoureux) ni à mêler l’humour à la gravité. De plus en plus denses mais limpides, les scénarios de Moffat se muent au détour d’un plan ou d’un dialogue en vaste réseau de connexions instantanées avec l'histoire de la série.
La saison 8 est celle qu'on était en droit d'attendre de lui en tant que showrunner, celle qui concrétise les promesses qu’avaient pu augurer Blink, The Girl In The Fireplace ou le diptyque Forrest Of The Dead / Silence In The Library de l'ère Davies. De l’inventivité, des jeux sur les formes, des énigmes, un Docteur plus que jamais imprévisible au sein d'une architecture plus "daviesienne" avec son arc annuel équilibré et des épisodes parmi les meilleurs depuis le relaunch (Jamais Seul, Braquage Temporel, La Première Femme Sur La Lune, La Momie De L'Orient-Express, Promenons-Nous Dans Les Bois).  
Et la saison de se clore sur les liens limpides du Docteur avec sa compagne, deux menteurs solitaires qui ne pourront fatalement plus se passer l’un de l’autre. Car b
ien que peu exprimée, on a finalement vu l'étendue de l'affection de Twelve pour Clara. Cette dynamique sera confirmée par l’épisode de Noël de 2014, mais pour combien de temps encore ? Le futur du Doctor Who n'a jamais été aussi incertain et excitant.



(1) Le Docteur de David Tennant s'étant régénéré une fois en lui-même et le War Doctor de John Hurt ne comptant pas dans la chronologie.

(2) Quelques liens renvoient au blog de l'auteur de ces lignes, Les chroniques du Docteur, consacré aux épisodes classiques (reviews complètes) et modernes (reviews en cours) de la série.

(3) C'est ce qui forcera France 4 à ne pas diffuser En Apnée en ouverture de la saison. Son statut d'oeuvre cinématographique soumet l'épisode à une période plus importante avant une diffusion télévisuelle. France 4 le proposera en VOD dès le 25 mars, et ce pendant un mois. L'épisode est également disponible dans le coffret DVD / Blu-ray.


DOCTOR WHO SERIES 8
Réalisation : Ben Wheatley, Paul Murphy, Douglas McKinnon, Paul Wilmshurst, Sheree Folkson, Rachel Talalay
Scénario : Steven Moffat, Phil Ford, Mark Gatiss, Stephen Thompson, Gareth Roberts, Peter Harness, Jamie Mathieson, Frank Cottrell Boyce
Production : Steven Moffat, Brian Minchin
Bande originale : Murray Gold
Origine : Royaume-Uni
Durée : 1x75 mn, 11x45 mn, 1x60 mn
Sortie française : 4 mars 2015 en DVD et Blu-ray - 27 mars 2015 sur France 4




   

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