Luther - Saison 3

Cross roads

Affiche Luther saison 3

Deux longues années que l’inspecteur John Luther avait quitté les petits écrans anglais, une année pour ceux qui la suivent sur Canal +. Mais l’attente ne risque plus d’être longue car BBC1 a lâché quatre épisodes tout frais. Attention, SPOILERS.


Ecrivain auteur des romans qui ont inspiré la série Luther, Neil Cross a su porter son inspecteur sur le petit écran d’une façon remarquable. Les deux premières saisons ont tiré partie du charisme d’Idris Elba (l’inoubliable Stringer Bell de Sur Ecoute), mais pas seulement. Luther recèle une atmosphère unique, une volonté de renouvellement typiquement anglaise et des personnages fouillés, sans cesse sur la corde raide, dont les interactions sont brillantes. Au point que la relation entre le personnage titre et la sociopathe Alice Morgan (Ruth Wilson) devient un fil rouge incontournable de la série, même en l’absence de celle-ci. Neil Cross possède une particularité presque inédite parmi les showrunners actuels : l’anglais a scénarisé la totalité des épisodes de Lutherà ce jour et confie la réalisation à des habitués qui maîtrisent totalement la grammaire du show, Sam Miller en tête.

 Luther saison 3


L’écrivain scénariste ne se limite pas à porter à l’écran son œuvre. Il excelle également à s’approprier l’univers des autres. Ces deux années lui auront permis de signer les deux meilleurs épisodes de la saison 7 de
Doctor Who (Rings Of Akhaten et Hide) ainsi que le scénario du vibrant Mama d’Andres Muschietti. Travaillant autant en Angleterre qu’aux Etats-Unis, il participa à l’écriture de Pacific Rim de Guillermo del Toro et bûcha sur le thriller Midnight Delivery, une nouvelle production du mexicain, ainsi que sur l’adaptation à venir de The Day Of The Triffids de John Wyndham pour Ghosthouse Pictures. Un agenda chargé qui ne l’a pas empêché  de scénariser les quatre nouveaux épisodes de cette saison de Luther, deux épisodes en deux parties comme pour la saison dernière, quatre belles réussites télévisuelles de plus à son actif.



HISTORY OF VIOLENCE

Les deux épisodes qui ouvrent cette saison viennent nous rappeler que l’inspecteur John Luther est un personnage borderline dont les intentions prêtent aisément à confusion. Son comportement impulsif l’avait rattrapé lors de la saison 1, puis avait été un peu laissé de côté avec l’affaire de mœurs de la saison 2 qui le transformait en Zorro pour jeune fille perdue.

Neil Cross ouvre le fil rouge de cette saison 3, une enquête non officielle menée sur la disparition des nombreux proches de l’inspecteur, dans laquelle sera notamment impliqué son coéquipier Justin Ripley (Warren Brown). Une redite inutile de la première saison ? On pouvait le redouter, d’autant plus que sa loyauté n’est plus à prouver. Le but de cette histoire est de forcer le flic droit et le spectateur qui épouse son point de vue à se situer par rapport aux actes de Luther. Ainsi quatre portraits de représentants de la loi se dessinent dans cette affaire. Aux frontières de la légalité et obéissant à sa conscience, Luther est aux portes de la justice personnelle. L’enquêteur George Stark (David O’Hara) prendrait la limite de l’autre extrémité, faisant, au nom de la loi, fi des règles élémentaires de procédure et portant un affect particulier, une fascination malsaine pour le type qu’il chasse. Plus modérés, Erin Gray (Nikki Amuka-Bird) et Justin Ripley représentent deux pendants du flic intègre, forcés par les circonstances ou le devoir de pencher d’un côté ou de l’autre de la balance et de s’y tenir envers et contre tout.
Afin de tester sa probité, Luther est dépêché malgré lui sur une affaire qui le met sur la route d’un homme brisé qui a été amené à faire justice lui-même. Un nid de guêpe particulièrement habile, qui finit par opposer les deux coéquipiers. Il est néanmoins regrettable que cette enquête semble aussi hasardeuse à ce niveau de l’histoire et qu’elle ne repose pas sur des preuves plus solides. Elle revêt à certain moments un coté artificiel qui éloigne un peu le spectateur.
 Luther saison 3 George Stark


Luther mène de front cette enquête test et l’enquête Columbo (on suit le tueur dès le début) habituelle de la série. Cette dernière concerne des massacres commis à domicile par un homme particulièrement inquiétant. L’habileté du scénario est d’alterner intelligemment les deux enquêtes afin de montrer autant l’impact négatif de l’investigation interne sur la seconde, véritable frein à sa résolution, que de mettre en avant les pulsions inconscientes de Luther.

Ce premier double-épisode poursuit formellement dans la veine qu’avait radicalisée la saison 2. Lumière blanche terne, couleurs désaturées, cadres souvent statiques à la composition étudiée au sein desquels un élément perturbateur viendra inopinément briser l’apparente tranquillité. Dès l’intro du premier épisode, Neil Cross nous rappelle qu’une des grandes forces de sa série est de savoir exposer la violence dans tout ce qu’elle a de plus glaçante et imprévisible. A chacun des agissements de son maniaque, nous sortons brutalement du cadre du polar pour glisser dans le film d’horreur. Une horreur froide et ordinaire qui s’insinue vicieusement et provoque un malaise durable. Les petites notes positives telles la nouvelle romance de l’anti-héros (avec Mary Day, interprétée par Sienna Guillory), ponctuées d’un score toujours plus mélancolique, ressortent particulièrement face à cette froideur.

 Luther saison 3 Mary Day



SHOTGUN BLUES

Le second arc de cette saison sort l’artillerie lourde. Tom Marwood (Elliot Cowan), un homme ordinaire, a décidé de débarrasser les rues des criminels suite au meurtre de sa femme par un type ayant été relâché par la police. Neil Cross cesse de tourner autour du pot pour confronter le DCI Luther à un vrai vigilante, du genre qui n’a plus rien à perdre et qui pose les questions qui fâchent. Utilisant Internet pour publiciser sa lutte, Marwood part semer son chaos dans le système en place, avant de perdre le contrôle en même temps que son image de héros s’écorne.

On termine cette saison 3 avec une bombe comparable à la fin de sa saison 1, qui en reprend d’ailleurs bien des aspects : un homme intègre rencontre un point de non-retour et panique, l’implication morbide de la copine de John, l’arrestation de John Luther puis l’intervention utile d’une vieille connaissance toujours prête à rendre service (ne vendons pas la mèche, mais cette intervention est délicieuse). Cependant, Neil Cross charge encore au niveau puissance, au point d’amorcer un massacre contournant toute règle. Beaucoup de têtes tombent, pas forcément celles qu’on voudrait, mais Cross a installé un univers dans lequel personne n’est à l’abri. On peut donc difficilement s’en offusquer. Tout au plus pourrait-on reprocher cette tendance constante des types qui n’ont plus rien à perdre à attaquer personnellement un seul et même personnage.

 Luther Saison 3 Tom Marwood


L'anti-héros présente une intégrité stoïque face à un homme qui semble épouser des principes similaires aux siens, une facette intéressante qui vient compléter les touches grises du personnage et le rend plus insaisissable. Les suites de l’enquête menée au sujet de l’inspecteur trouveront une résolution dans ce second arc où l'on croisera tous les grands ingrédients récurrents de la série : la contagion de la violence, les questions qu’on ose brandir sans espérer de réponses, l’adrénaline et une bouffée d’empathie pour de grands personnages dont la croisée des chemins peut produire des étincelles.

Luther est encore avec Sherlock (de retour à la fin de cette année) la meilleure série policière actuelle. On attendra donc avec impatience une hypothétique saison 4 (non encore confirmée) ou une première incursion au cinéma du détective. D’ici là, son showrunner aura sans doute conquis les petits écrans américains avec Crossbones, série sur le pirate Barbe Noire dont la première saison sera diffusée sur NBC en 2014.


luther series 3
Réalisation : Sam Miller, Farren Blackburn
Scénario : Neil Cross
Production : Philippa Giles, Claire Benett, Idris Elba
Photo : John Conroy
Montage : Kathy Weiland, Sam Williams
Bande originale : Paul Englishby, thème du générique par Massive Attack
Origine : GB
Durée : 4x52 minutes 
Diffusion française : indéterminée




   

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