Doctor Who 2008

Le jour où la Terre disparut

Affiche Doctor Who 2008

Doctor Who se bonifie avec le temps et cette quatrième saison est bien la meilleure du show. Voici donc quelques raisons qui font que malgré les obstacles posés par la diffusion de la série dans nos contrées, le voyageur sans peur que vous êtes voudra bien embarquer une nouvelle fois dans le TARDIS.


Le Christmas special qui lance la cuvée 2008 nous conduit sur un Titanic du futur destiné à connaître le même sort que son prédécesseur. Un épisode d’une heure au style remarquable dans lequel même Kylie Minogue joue juste. L'intention est claire. La saison 4 de Doctor Who sera plus exigeante au niveau de l’imaginaire et du drama, il y’aura plus d’iconisation du Docteur et de mise en avant de sa malédiction, plus de lyrisme sur les thèmes de Murray Gold et une convergence idéale des facteurs pour finir en beauté. Cette saison est en effet la dernière véritable saison de Russell T. Davies et Julie Gardner aux commandes du monstre et du génial David Tennant dans le rôle titre, l’année 2009 ne proposant en guise de consolation que quelques épisodes spéciaux qui conduiront à la onzième régénération du Doc. Dans nos voyages de l'année sur le TARDIS, nous retrouverons Martha l’espace de trois épisodes. Le passé nous conduira à Pompéi lors de l’éruption du Vésuve (4-02) et lancera Agatha Christie dans une enquête palpitante contre une guêpe géante (4-07) tandis que le futur nous en dira plus sur les Oods (4-03) et donnera une fille au Docteur (4-06). Le présent nous préviendra qu’une voiture écologique peut engendrer des fumées dégueulasses (4-04 & 05) et que Super Nanny aide à perdre du poids (4-01). Et puis enfin, nous arriverons aux choses sérieuses, car les six derniers épisodes de la saison vont en clouer plus d’un sur leur fauteuil. Jamais série fantastique n’a réuni dans un mouchoir de poche autant d’épisodes anthologiques qui soient de nature aussi différente. Tennant et Davies ne sont pas étrangers à ce pic du show (ce dernier a écrit quatre de ces six épisodes) mais la saison 4 ne serait pas ce qu’elle est sans Catherine Tate, l’inimitable Donna Noble, propulsée nouvelle compagne du Docteur pour cette année 2008.

Doctor Who 2008
 

Lors de leur voyage, le Doc et sa compagne rencontreront des E.T en errance dont le domicile a disparu et qui menacent la Terre dans l’espace ou dans le temps. On y constatera aussi la disparition des abeilles (!) et Rose (!!)  reviendra de son univers parallèle pour prévenir le Docteur et Donna de la disparition de la Terre et des étoiles qui sera le clou de cette saison et peut-être la fin de tout.


LE FABULEUX DESTIN DE DONNA NOBLE
La mariée que le Docteur avait rencontrée lors du Christmas Special de 2007 n’a pas évolué d’un pouce dans sa vie. Aussi regrette-t-elle d’avoir laissé partir le Docteur suite à leur aventure et ne cesse de recenser les événements étranges pour avoir la chance de le croiser de nouveau. Ce sera chose faite lors du premier épisode de la saison, mais pas avant une suite de chassés-croisés hilarants lors de leur investigation parallèle au sein d’une société qui vend des produits amincissants. Dès lors, le "partners" du titre Partners In Crime de l’épisode prend toute sa dimension pour le reste de la saison. Donna a suivi le Docteur en connaissance de cause. Il est d'ailleurs hilarant de voir comment elle s'impose dans le TARDIS devant un Docteur hébété et on ne peut que sourire devant cette méprise sur le terme mate qui lance la valse des allusions qui viendront dans les prochains épisodes. La force de Donna est qu'elle est active dès le départ, presque l'égal du Doc dans ses aventures. Elle sait questionner ses choix et a un sacré tempérament, contrairement aux deux précédentes compagnes. C'est un affrontement qui tire la saison vers le haut : il fallait Donna Noble pour remonter un Docteur plutôt affaibli et pour lui faire accepter certains choix. Cette complémentarité de l'humaine et du TimeLord très bien mise en avant visuellement suivra le fil rouge de la saison et elle se matérialisera lors du dernier épisode de façon surprenante.

Doctor Who 2008
 

Donna est aussi une femme blessée par la vie, une représentante de ceux qui subissent dans la société et ne peuvent s'accomplir qu'ailleurs. Le moment qu'elle passe avec son grand-père, un vieux rêveur observant le ciel, est un très beau moment, bien plus émouvant que les présentations réunies des familles de Rose et  de Martha. L’arrivée de la nouvelle compagne sera aussi l’occasion d’aborder un pendant un peu moins glorieux de l’humanité. Après l’émerveillement de Rose et le repli du Docteur sur lui-même, nous explorons plus en détail les vicissitudes de l’histoire humaine. Plus vraiment de merveilleux pour cette saison, mais un profond pessimisme et pas mal d'angoisse, beaucoup plus de récits psychologique que d'univers. L’obscurantisme, l’esclavage de masse, les secrets enfouis d’une famille anglaise ou les effets dévastateurs de la paranoïa des hommes seront au programme. Donna se rend compte au fil de ses voyages que le monde auprès du Docteur n’est pas si différent du sien. C’est dans l’épisode Turn Left (4-11) centré sur le personnage que ce point de vue atteint son paroxysme. On y voit ce qui serait advenu au monde si le Doc et Donna ne s’étaient pas rencontrés. Suite à la mort du Docteur au début de la saison 3, toutes les visites extra-terrestres suivantes auraient plongé la Terre dans un chaos sans retour, l’explosion du Titanic aurait détruit l’Angleterre et des familles entières auraient été déportées. On suit les événements par l’intermédiaire de Donna et de sa famille, plongeant dans une Angleterre misérable qui à son échelle, n’est pas loin de rappeler Les Fils De l’Homme. C’est dans ce contexte que Rose vient prévenir Donna que le pire est encore à venir, et ce pire, seule la nouvelle compagne du Docteur est en mesure de l’empêcher. Cette saison est donc avant tout l'histoire d’une simple intérimaire devenue pour un jour la femme la plus importante du monde.


LIRE PEUT TUER
Après les statues (3-10) et en attendant sa prise en main du show, Steven Moffat continue de jouer avec nos terreurs enfantines en s’attaquant aux ombres. Le premier épisode du diptyque (4-08 et 4-09) qu’il nous a offert pour cette saison 4 est un modèle d’angoisse. Il pose un univers étrange au sein d’une planète bibliothèque contenant la totalité des livres de l’univers. Les Vashta Nerada, invisibles et matérialisés par des ombres meurtrières, y tuent sauvagement les hommes. Moffat coince le Doc, Donna et une équipe d’explorateur dans ce huis clos fatal. Il utilise de plus le ressort ingénieux mais effrayant du data ghost. Ce petit appareil permet à la vie de rester dans le corps des morts, même lorsqu’ils ne sont plus que des squelettes. Les Vashta Nerada viennent en fait des livres de la bibliothèque, ce qui donne une occasion de dénoncer la destruction des forêts où vivaient les microorganismes devenus livres. Par leur libération, la bibliothèque redevient la jungle dans laquelle ils vivaient et ceux qui y mettent les pieds sont assurés de finir dévorés jusqu'à l'os par ces piranhas des airs.

En parallèle, le scénariste continue toujours à jouer à un niveau complexe sur l’espace temps. Cette fois-ci avec des allées retours entre plusieurs réalités, la bibliothèque et le monde d’une petite fille, semant le mystère dans ce qui est réellement arrivé aux milliers de personnes qui étaient présentes dans la bibliothèque lors de l’attaque des ombres. Le Dr. Moon visite la petite fille en question et il lui dit que le vrai monde est celui de ses rêves et non le sien. Ainsi elle seule peut tous les sauver. On se rapproche d’un univers à la Matrix mais cette fois l’univers virtuel est construit pour la bonne cause. L’ordinateur n’est nul autre que cette petite fille qui "sauve" les gens des Vashta Nerada pour les transporter dans la réalité alternative au sein de son disque dur. Le Dr. Moon, l’antivirus matérialisé dans la réalité de la petite fille est même présent par une grande lune au sein de la bibliothèque. A la fin du premier épisode, Donna est capturée par l’ordinateur alors que le Doc la téléportait dans le TARDIS. Elle vit la vie rêvée que lui a choisie l’ordinateur, avec un mari (peu loquace) et des enfants. Non content de nous fournir un épisode dans sa plus pure tradition, Moffat n’oublie pas de l’inclure dans l’univers de la série. La partie paradoxe temporelle tant chérie par le fan du Docteur qu'il est est assurée par le mystérieux personnage féminin interprété par Alex Kingston (Le Dr. Elizabeth Corday d’Urgences). Les souvenirs de River Song indiquent qu’elle a connu le Docteur bien avant cette aventure et sous une forme plus vieille, bien plus puissante et elle traîne avec elle un livre contenant des spoilers de ses aventures futures et un sonic screwdriver. De plus elle sait ce qui va arriver à Donna au final et connaît quelque chose que le Docteur n’aurait pu dire qu’à une personne : son nom. Ce détail montre l'importance qu'aura River dans sa vie.

Doctor Who 2008
 

Ce double épisode présente une histoire visuellement très belle, très originale et aussi poétique que les précédents épisodes de Moffat. La dernière partie avec River est très émouvante, un véritable pic émotionnel soutenu par une musique toujours aussi puissante. L’émouvant discours de River finit de nous faire accepter son existence au sein de la mythologie. Quand à cette conclusion dans laquelle on peut voir le Doc ouvrir le TARDIS d’un claquement de doigt et le refermer sur lui et Donna avec en off la voix de River, elle file carrément des frissons. Tant de questions laissées en suspens par ce double épisode maîtrisé de bout en bout et qui compte parmi les meilleurs de la série. Steven Moffat confirme qu’il est plus que jamais l’homme de la situation pour reprendre en main la série pour sa saison 5.


PARANOID HUMANOIDS
L’épisode qui a la tâche ardue de suivre ce dyptique est l’opus économique de la saison car il faut bien compenser les gros moyens qui suivront. On y suit le Docteur en solo avec une poignée de passagers d’un vol touristique sur une planète inoccupée, et ce dans un huis clos de quarante minutes. Le défi à relever était de taille. Midnight transporte encore une fois un concept tout à fait anodin par une réalisation subtile et une angoisse distillée habilement. Nous apprenons à connaître chacun des passagers avant d’arriver aux choses sérieuses. Après les statues et les ombres, c’est la voix qui est dupliquée par une étrange entité qui prend possession d’une passagère, puis apprend à utiliser la paranoïa des passagers. Une paranoïa qui s’installe très vite et la personne qui ne s’y laisse pas aller, Le Docteur, devient vite le suspect. Une de ses plus grandes peurs se matérialise alors : perdre le contrôle et être aux mains des humains sans pouvoir se défendre, alors que la chose a pris le contrôle de sa voix. Lumière, réalisation, musique, tout concourt à rendre l'expérience immersive et angoissante. Pour parvenir à mettre autant de tension sur un concept aussi basique, la Who-team s'est grandement inspirée du cinéma d'horreur (et du rapport qualité / prix d'un épisode). Tennant y est génial, on ressent tous les sentiments par lesquels il passe alors qu'il ne peut plus les exprimer et son trauma final est palpable. Parmi les passagers, une mention spéciale est à donner à Lesley Sharp, très inquiétante en passagère possédée. Il y a un petit goût de The Thing dans Midnight, qu’on aurait saupoudré de Stephen King et tourné à la manière de la série. On peut aussi penser à cet épisode de Twilight Zone qui suivait une coupure d’électricité dans la banlieue résidentielle provoquée par la chute d’une météorite. De très honorables inspirations qui sont littéralement transcendées par un Russell T. Davies qui arrive même à surpasser le double épisode de Moffat.


LES ENFANTS DU TEMPS
On ne pouvait trouver de meilleure idée pour les inconditionnels du relaunch de la série que de placer Rose comme annonciatrice de la menace de la fin de l’univers. Coincée dans sa dimension parallèle depuis la fin de la saison 2, elle appelle le Docteur à l’aide pendant toute la durée de ses voyages avec Donna, mais chacun de ses messages restent perdus (mais pas pour le spectateur). Davies réussit par petites touches à entretenir le mystère autour d'elle et le coté sacré du personnage reste intact. Dans l’épisode Turn Left, elle devient une sorte d’ange gardien, une femme insaisissable qui guide Donna à travers ce monde parallèle où elle est devenue ignorante de sa condition de compagne du Docteur. La rencontre entre les deux personnages demeure parmi les meilleures moments du show.

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A peine revenus dans ce monde que nous nous retrouvons en pleine guerre. La Terre a été enlevé par les Daleks et transportée aux confins de l’univers, où elle a rejoint dans un alignement suspect les planètes qui avaient été enlevés précédemment. Rose apparaît sur une Terre enfant, armée jusqu’aux dents. On voit dans tout les compagnons du Docteur s’allier dans un puissant signal pour guider le Docteur et Donna vers la Terre. Ce double épisode ouvre l’univers du Docteur aux personnages de Torchwood et de Sarah Jane Adventures (encore inédit chez nous), nous fait revenir la UNIT et les familles des anciennes compagnes. Et puisque monsieur Davies est fan des Dalek, il ne pouvait pas choisir autre chose que Davros le créateur de la race pour cette grande réunion. Le Docteur redevient chef de guerre, une fonction qui nous était rappelée au long de cette saison, notamment par les propos tenus par sa fille. Mais parmi tous ces événements, la question principale n’est-elle pas : Rose et le Doc vont-ils se retrouver ? Le TARDIS se pose finalement sur la Terre. Et puis ce moment de retrouvailles a enfin lieu sur un thème puissant. Mais se conclut par un Doc touché par les Dalek et une régénération hautement risquée aux vues des événements.

Doctor Who 2008
 

Le destin de Donna entre alors en piste. Elle est exposée à toutes sortes de prévisions sur son avenir. On lui prédit une perte, les timelines convergent sur elle et des battements de cœur étranges sont liées au personnage durant les deux épisodes. Enfermée dans le TARDIS, elle se retrouve prisonnière et précipitée dans un noyau en fusion. L’énergie de la régénération du Doc passe alors par Donna et la main coupée du Docteur (voir Christmas Special 2005) pour donner naissance à un clone du Timelord. Un Docteur à demi humain, né de la symbiose du Docteur et de Donna (il parle comme elle !). Dans cette transformation, Donna est aussi devenue à moitié TimeLord. La jeune femme sauvera l’univers, comme prévu, mais ce sera pour elle la fin du voyage. L’histoire de Donna est bien la plus émouvante du run de Davies et la conclusion de ses voyages sonne comme une condamnation pour le personnage. Sa dernière scène fera pleurer dans les chaumières. Tout le reste (la reality bomb des Daleks, l'issue des combats, la comparaison assez mal venue du Doc avec les Daleks (les compagnons morts en son nom) est de la redite, voire du MacGuffin, mais peu importe. On passera aussi sur l'aspect téléphoné de la victoire pour savourer le magnifique remorquage de la Terre par le Doc et son équipe au complet, clairement un des meilleurs moments TV de 2008. Le nouveau Docteur né au coeur de la guerre rejoindra Rose dans son monde parallèle, soldant les comptes du final de la saison 2. Ainsi Davies explore t-il toutes les pistes ouvertes lors de la saison et clôt-il tous ses arcs avec brio, offrant un feu d'artifice de rencontres au sommet entre les divers compagnons du Docteur qui bénéficient chacun d'un traitement à la hauteur de l'aura qu'il leur a donné. Il réussit également avec les honneurs la terrible gymnastique qui consiste à méler les mythologies de l'ancienne mouture du show, de la nouvelle et de ses spin-off sans perdre de vue la cohérence du tout. Enfin il porte une demi-saison brillante de bout en bout, inventive, épique et émouvante qu'on ne se lassera pas de revoir et qui plus est offre de multiples possibilités à son heureux successeur Steven Moffat. Cette saison 4 a des allures de final de série mais il ne faut pas s'y tromper : le Docteur n'est pas prêt de rendre les clés du TARDIS.


DOCTOR WHO - SEASON 4
Scénario: Russell T.Davies, Steven Moffat, James Moran, Keith Temple, Helen Raynor, Stephen Greenhorn, Gareth Roberts
Réalisation : James Strong, Colin Teague, Graeme Harper, Doulas McKinnon, Alice Troughton, Euros Lyn,
Producteurs: Russell T. Davies, Julie Gardner, Phil Collinson
Compositeur : Murray Gold
Interprètes: David Tennant, Catherine Tate, Billie Piper, Freema Agyeman, John Barrowman, Elizabeth Sladen, Noel Clarke, Alex Kingston...
Origine: Royaume-Uni 




   

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