Halloween 3 : Le Sang Du Sorcier

Bas les masques

Affiche Halloween 3 : Le Sang Du Sorcier : Le Sang Du Sorcier

Creusez une citrouille et vous trouverez peut-être une perle ! Et cette perle sera sans aucun doute Halloween 3 : Le Sang Du Sorcier.


Un homme erre dans la nuit, un masque à la main. Il est traqué par deux individus en costume noir. Parvenant à leur échapper, il se réfugie, blessé, dans une station-service avant d'être emmené à l'hôpital. Sur place, il est soigné par le docteur Challis. Mais son répit est de courte durée car il est bien vite assassiné. Challis et la fille du défunt, Ellie Grimbridge, enquêtent sur la mort du fuyard et, par l'intermédiaire du masque qu'il semblait tant vouloir protéger, découvrent une petite ville californienne où un terrifiant cauchemar est sur le point de devenir réalité le soir d'Halloween.

Si aujourd'hui le film de Tommy Lee Wallace est réévalué, il a été pour beaucoup une grande déception à sa sortie aux États-Unis à l'automne 1982. Un an presque jour pour jour après la distribution en salles du second épisode qui donnait suite au classique de 1978 signé John Carpenter, Halloween 3 : Le Sang Du Sorcier apparaissait comme une aberration dans la franchise. Où était Jamie Lee Curtis ? Où était Michael Myers, le tueur masqué qui terrorisait la petite ville tranquille de Haddonfield ?

En 1982, la mode est aux slashers, ces productions dans lesquelles un psychopathe œuvrant le plus souvent à visage couvert massacrait des adolescents qui n'en demandaient pas tant. En dépit de la fin assez définitive de Halloween 2, la logique commerciale aurait voulu que Myers revienne traquer la baby-sitter Laurie Strode une troisième fois à la manière de l'increvable Jason des Vendredi 13. Mais John Carpenter et la productrice Debra Hill ne l'entendent pas de cette oreille : souhaitant capitaliser sur le surnaturel lié à la fête d'Halloween, ils pensent qu'il serait intéressant, artistiquement et commercialement, de lancer une anthologie annuelle basée sur la célèbre fête du 31 octobre plutôt qu’enchaîner les suites incluant Michael Myers et son grand couteau. Cette décision restera très probablement un tort en termes de calcul, mais donnera naissance à un volet qui pourrait bien être le meilleur de la saga Halloween originelle.

Halloween 3 : Le Sang Du Sorcier

Initialement, Debra Hill voulait une histoire mêlant sorcellerie et nouvelles technologies qui renvoie aux sources celtiques de la fête automnale. Déjà dans le second épisode réalisé par Rick Rosenthal, Samain (célébration païenne irlandaise, à l'origine d'Halloween) était évoquée au détour d'une inscription de Michael Myers sur un tableau d’école. Épaulée par Carpenter, Hill décide de poursuivre dans cette voie. Le réalisateur du premier volet prend contact avec l'une de ses idoles, l'écrivain et scénariste anglais Nigel Kneale, et lui commande un scénario. Spécialiste de la Science-Fiction, on doit à Kneale la série des Quatermass écrite pour la BBC dans laquelle un scientifique affrontait toute sorte de dangers et dont Carpenter est grand fan. (1) Peu versé dans la violence visuelle et les effusions de sang, Kneale rend une histoire plus psychologique qu'explicite, ce qui convient au duo de producteurs mais pas à Dino De Laurentiis alors en cheville avec la Universal, principal investisseur et distributeur du film. De Laurentiis veut du sang. Il demande alors à ce que le scénario soit réécrit pour y inclure des moments choc. Ce sera le travail de Tommy Lee Wallace.
Wallace est un ami de longue date de Carpenter et Hill. Il devait réaliser Halloween 2 mais des désaccords avec la production l’évincèrent du projet. Fidèle dans ses relations amicales et professionnelles, Debra Hill le contacte en premier lieu sur Halloween 3 pour la tâche ingrate de réécriture, Carpenter l'y assiste officieusement. Les deux compères disent ne pas avoir trop altéré l'histoire originale de Kneale et s’être simplement contentés d'intégrer des séquences violentes. Néanmoins, la direction que prend le script ne plaît pas du tout au papa du professeur Quatermass qui le fait savoir en exigeant que son nom soit retiré du projet.

Un autre mécontentement vient du producteur exécutif "historique" de la saga, Irwin Yablans, qui ne voit pas d'un bon œil l'absence de Michael Myers dans ce troisième épisode. Selon lui, l'idée de ne pas persévérer dans la voie du slasher est stupide et en décevra beaucoup. Mais pour Debra et John, Myers est mort à l’hôpital d'Haddonfield dans le second volet et il sera grotesque de le faire revenir. (2) De Laurentiis a pourtant déjà donné son feu vert, satisfait du nouveau script, et imagine bien engranger les dollars grâce à une saga capitalisant sur la fête d'Halloween, à terme plus fructueuse. Halloween 3 est sur les rails et reste une affaire de "famille", cinématographiquement parlant.

Halloween 3 : Le Sang Du Sorcier

Loin du jeune premier au physique de beau gosse, Tom Atkins est immédiatement choisi par la production pour incarner l’anti-héros, le docteur Dan Challis. C'est un costaud buriné proche de la cinquantaine mais il fait partie des meubles de l'écurie Carpenter-Hill : on l'a en effet déjà vu dans Fog et New York 1997. Alors qu'un nombre considérable de jeunes comédiennes sont auditionnées pour le rôle d'Ellie Grimbridge, les producteurs voient débarquer dans leur bureau la toute jeune Stacey Nelkin (vingt-deux ans) qui vient de passer à deux doigts du rôle finalement tenu par Darryl Hannah dans Blade Runner. Nelkin les enchante dès sa première audition et sera immédiatement retenue pour incarner le principal rôle féminin. Le vilain de service, Donal Cochran, sera interprété par Dan O'Herlihy, Irlandais d'origine bien connu et apprécié du public américain pour avoir joué dans des séries comme Drôles De Dames, Des Agents Très Spéciaux, Galactica ou Thomas Sloane. Les amateurs de cinéma de genre se souviendront de l'acteur dans RoboCop, Starfighter, Le Combattant Des Etoiles et de son rôle d'Andrew Packard pour David Lynch et Twin Peaks. Les habitués des films de Carpenter reconnaîtront également Nancy Loomis (l'infirmière de Myers dans La Nuit Des Masques), Dick Warlock (un grand cascadeur, interprète de Myers dans Halloween 2) et même la voix de Jamie Lee Curtis dans le rôle d'une opératrice radio.

Dean Cundey reprend son travail de chef-opérateur qu'il a déjà tenu pour Carpenter sur les plateaux de La Nuit Des Masques, Halloween 2, Fog et New York 1997 et l'assistant de production Jeffrey Chernov celui qu’il occupait sur ces trois derniers films. Le tournage a principalement lieu dans une petite ville de Californie du Nord, Loleta, choisie par la production pour ses similitudes avec le village des Femmes De Stepford, classique du fantastique télévisé américain des années 70. D'autres extérieurs sont effectués à Santa Clarita, notamment l'ouverture, la fermeture et les séquences à l'hôpital. Les trois masques que l'on voit à l'écran sont l’œuvre de Don Pöst dont la société est spécialisée dans la création de masques et costumes depuis 1938.

Le tournage est détendu, le budget de deux millions et demi de dollars, relativement confortable à l'époque, permet à l'équipe de terminer le film en environ quarante jours. Seul de minces désagréments le ponctuent : Tom Atkins étant malade lors du tournage d'une lourde séquence de poursuite à pied dans les rues de la ville fictive de Santa Mira, il doit se faire souffrance pour parvenir à la boucler sans tomber d'évanouissement. Déjà âgé en 1982, O’Herlihy a lui du mal à retenir ses nombreuses lignes de dialogues, devant ainsi refaire de nombreuses prises avant de parvenir à quelque chose de cohérent. Mais d'après l'équipe technique, jamais il ne se plaint et demeure à chaque instant d'un grand professionnalisme. Enfin, lors de la séquence où le jeune Buddy est victime des maléfices de Cochran, une grande quantité de criquets doit être utilisée pour les besoins de la scène. Bien trop nombreux, les insectes s’échappent du plateau pour refaire leur apparition de temps à autre durant le tournage.

Halloween 3 : Le Sang Du Sorcier

La première de Halloween 3 : Le Sang Du Sorcier a lieu à Las Vegas à la fin du mois d'octobre 1982. Toute l'équipe est réunie et espère passer un bon moment. Mais le film est hué par le public qui ne retrouve pas les éléments qui ont fait le succès des deux précédents épisodes. Il se retrouve à l’affiche aux USA le 22 octobre, le jour de la sortie de Rambo. Succès immédiat, le film de Ted Kotcheff évince Halloween 3 qui s'en tire néanmoins avec le score honorable de six millions et demi de dollars pour son premier week-end d'exploitation. Il demeurera trois semaines à l'affiche. Aujourd'hui encore il est, avec le cinquième épisode La Revanche De Michael Myers (1990), l'épisode de la franchise ayant le moins marché même s'il rapportera en définitive un peu plus de quatorze millions de dollars au box-office. Selon le directeur de la photographie Dean Cundey, l'erreur majeure a été de ne pas nommer le film Le Sang Du Sorcier (Season Of The Witch en version originale), faisant abstraction de la référence à la saga. Il aurait pu, en se démarquant complètement de "l'univers Myers", gagner l'affection du public.

A quoi imputer un tel échec si ce n’est au dépaysement provoqué chez les spectateurs et critiques ? Il demeure assez difficile de reprocher au premier long-métrage de Tommy Lee Wallace une absence de vision artistique. Wallace lui-même a voulu puiser dans le patrimoine de l'angoisse fantastique américaine pour l'ambiance de son épisode, le réalisateur reprenant des idées des Femmes De Stepford mais aussi et surtout du classique de Don Siegel L'Invasion Des Profanateurs De Sépultures. On retrouve en effet beaucoup du travail scénaristique de Daniel Mainwearing pour le film de Siegel, et cette atmosphère lugubre, lourde, prenant pour cadre une petite ville en apparence accueillante et tranquille. On retrouve également les deux premiers Halloween dans la démarche des assassins et leur procédé mécanique pour mettre un terme à la vie de leurs victimes (un clin-d’œil à Michael Myers est glissé à l'occasion d'un spot publicitaire ventant la diffusion du film de Carpenter à la télévision). Une autre séquence, absente du scénario original et ajoutée par Wallace et Carpenter, présente le meurtre de la jeune doctoresse incarnée par Wendy Wessberg à la manière d'un Halloween, seuls échos au carnage d'Haddonfield. 

Halloween 3 : Le Sang Du Sorcier

La noirceur de cet opus se ressent dès l’ouverture à l'ambiance désespérée laissant peu de place à l’humour ou la décontraction : l’homme pourchassé par deux inconnus parvient à les éliminer et à se réfugier dans un hôpital. Ce lieu, déjà présent dans le précédent Halloween, n’apparaît plus comme un refuge mais comme une antichambre de la mort. Grimbridge s'y fera finalement massacrer dans une scène dure, intense et graphique qui le rapproche de Halloween 2, film de producteurs qui déjà visaient une œuvre plus horrifique qu’angoissante comme La Nuit Des Masques. Le film de Tommy Lee Wallace contient plusieurs de ces moments ensanglantés sans jamais sombrer dans l'extrême. Il convient cependant de reconnaître que ce troisième épisode dissident est, hormis les deux films signés Rob Zombie, le plus éprouvant à regarder de toute la franchise : une femme y est défigurée par un laser avant que des insectes ne lui sortent du visage, un enfant est lui aussi victime de bestioles en tout genre qui lui explosent la tête, plusieurs sbires de Cochran sont détruits dans des gerbes de sang verdâtre alors que leurs membres sont allègrement arrachés à outrance... Le Sang Du Sorcier n'est pas tendre dans la tuerie. On comprend d'ailleurs aisément qu'un auteur relativement sobre comme Nigel Kneale ait pu se détourner du produit final. Mais il ne faut pas s'arrêter à cette violence graphique sous peine de passer à côté du film.

Halloween 3 : Le Sang Du Sorcier

Si l'héroïne est sympathique mais apparaît finalement plus comme la belle plante de service, le docteur Dan Challis attire davantage l'attention. Incarné avec truculence par l'excellent Tom Atkins, Challis est un coureur de jupon porté sur la bouteille qui semble surtout se soucier de lui et de ses conquêtes, négligeant ses enfants confiés à son ex-femme et passant son temps à draguer tout ce qui bouge avec ses mains baladeuses. Challis n'est pas le genre de héros qu'on a l'habitude de voir dans ce type de film mais est indubitablement un personnage "carpenterien". Il y a du MacReady, du futur Jack Burton dans Dan Challis et peut-être même un peu de Snake Plissken. Si ce qui le motive à enquêter sur le meurtre de Grimbridge sont sans doute les formes généreuses de la fille de ce dernier, notre bonhomme s'avère finalement assez débrouillard pour prendre le chemin de l’héroïsme. Son antagoniste, Cochran, étonne par sa douce méchanceté, apparaît tel un papy gâteau soucieux du plaisir des enfants alors qu'il ne désire que leur destruction. Il s'apparente aux vilains suaves de certains James Bond et porte, de par la présence de Dan O'Herlihy, une élégance irlandaise en écho aux origines de la fête. Si le scénario reste flou sur les origines propres de Cochran, il ne semble pas né d'hier et pourrait être une sorte d'entité démoniaque issue du folklore celtique, un diable au regard bleu acier respectueux du passé et soucieux de perpétrer les traditions du Samain quand les collines charriaient le sang des animaux et des enfants.

L’interaction voulue par Debra Hill entre les rites ancestraux et la technologie contemporaine est un des enjeux du scénario de cet Halloween. Ainsi, l'élément déclencheur est une morceau de roche volé sur le site de Stonehenge associé à des ordinateurs et cyborgs conçus pour le manipuler. Bien avant le Kairo de Kiyoshi Kurosawa, Wallace s'attaquait au surnaturel informatique même si son film sert avant tout un suspense autour du thème même de l'Halloween. Le concept initial porte ainsi bien la patte de son auteur, Nigel Kneale, avec une orientation très anglo-saxonne qui a pu dérouter un public américain désarçonné par les implications éminemment maléfiques d'une telle célébration. Au contraire des précédents films de John Carpenter et Rick Rosenthal où la fête apparaissait seulement comme unité de temps, elle est ici la source de l'intrigue, conformément à la volonté d'une anthologie lui étant consacrée, tout en développant les éléments surnaturels de la saga. Ici, il ne s'agit plus d'un tueur indestructible mué par le mal mais du mal lui-même. On y retrouve de la sorcellerie, des rituels magiques, des lasers qui défigurent les victimes, des robots meurtriers à visage humain. Un brassage décomplexé mais élégant de Science-Fiction et de fantastique car Wallace et Cundey soignent leur travail : la bande est somptueuse, la séquence d'ouverture un modèle de virtuosité, les cadres adéquats, la représentation de la nuit magnifique. Cette perfection ne s’étend hélas pas à la narration. En cause, un rebondissement final  réservé à l'un des protagonistes quelque peu mal amené. Néanmoins la dernière scène, saisissante, rappelle par son impact les meilleurs épisodes de La Quatrième Dimension.



Cet audacieux troisième épisode avait pris la bonne direction en s'éloignant de l’œuvre initiale de John Carpenter, le principe de cette anthologie dédiée à la nuit des masques laisse encore rêveur aujourd'hui. Et d'une certaine manière, le réalisateur Michael Dougherty a relancé le concept en 2008 avec son Trick 'r Treat, film à sketches lui-aussi basé sur Halloween toujours inédit en France.

Nigel Kneale avait imaginé une histoire forte, sombre et étouffante. John Carpenter y a apporté des personnages dont il a le secret et Tommy Lee Wallace sa virtuosité. Mais cela n'a pas suffi pour s'attirer les faveurs d'un public qui déjà à l'époque se méfiait du changement et ne souhaitait pas bouleverser ses attentes. Les producteurs de la franchise attendront six ans avant de relancer la série avec à nouveau Michael Myers dans le rôle du croquemitaine. Mais plus que le public, c’est la désaffection immédiate de la critique qui étonne. Car si l'on peut tout à fait être déçu par les sentiers empruntés avec cet Halloween 3, il est difficile de passer à côté de la richesse de son scénario et de sa réussite artistique. (3)
Halloween 3 : Le Sang Du Sorcier est depuis quelques années en phase de réévaluation, la fin d’un long purgatoire qui ne tenait qu’à un "Halloween" dans le titre.


(1) John Carpenter utilisera le nom de Quatermass en guise de pseudonyme pour la rédaction de son script de Prince Des Ténèbres.

(2) John Carpenter avait déjà fait part du fait qu’il n'était déjà pas favorable à une suite de sa Nuit Des Masques avant la production d’Halloween 2.

(3) La même désaffection resurgira en 2009 lorsque Rob Zombie donnera sa vision de Michael Myers. Cette fois le succès au box-office sera au rendez-vous bien que son remake paiera le prix de s’être approprié la mythologie établie par Carpenter.


HALLOWEEN III: Season of the witch
Réalisation : Tommy Lee Wallace
Scénario : Nigel Kneale & Tommy Lee Wallace
Production : John Carpenter, Debra Hill, Moustapha Akkad & Irwin Yablans
Photo : Dean Cundey
Montage : Mark Goldblatt
Bande originale : John Carpenter & Allan Howarth
Origine : USA
Durée : 1h36
Sortie française : 9 mars 1983




   

Commentaires   

 
0 #1 Kissoon le mercredi 01 juillet 2015 à 19:27
Super texte, Miss Crazy !
Ca donne envie de revoir le film (que j'ai toujours aimé ...).
Citer
 
 
0 #2 Vermithrax le mercredi 15 juillet 2015 à 11:44
Je réalise que je n'ai jamais posé les yeux dessus. Je répare ça tout de suite.

Par contre je me trompe où Joe Dante a été un moment associé au projet et serait celui qui a amené Nigel Kneale dans l'histoire ? (une rencontre Joe Dante / John Carpenter, ça laisse rêveur)
Citer
 
 
0 #3 Simidor le jeudi 23 juillet 2015 à 14:40
Oui c'est exact. Il a bien été pressenti pour réaliser Halloween 3 et il a amené Nigel Kneale sur le projet lors d'une discussion avec Carpenter. Mais il a du décliner pour tourner sa partie de Twilight zone : the movie.
Citer
 

Ajouter un commentaire

Ouvrez-la ! Avec pertinence et correction. Tout troll sera automatiquement supprimé.

RoboCom.


Informations supplémentaires