Sucker Punch

Annie Xerox

Affiche Sucker Punch

Ben voyons, on s'absente un petit mois et Zach Snyder devient le fils légitime de Lewis Carroll et Simone de Beauvoir, proche cousin d'un Tarantino pop post-moderne et muse de la production vidéo-ludique.


Un sens de la mesure toujours aussi rassurant qui aura fait passer l'auteur de 300 de vilain fasciste promoteur de la tribu Bush à cinéaste avant-gardiste anar en seulement deux films. Schizophrénie idéologique qui résulte moins du laxisme des observateurs de la chose cinéma que de Snyder lui-même, dont les plus spectaculaires prises de position se résument à ce jour à - tendez les micros - : "Ouais c'est cool".

L'outrance laudative qui peut entourer un garçon aussi peu intéressant est souvent le résultat d'une attente de discours là où il n'y en viendra aucun. Rappelons que de L'Armée Des Morts à Watchmen en passant par 300, toute la filmographie de Snyder a consisté à dépolitiser des œuvres de véritables fouilles-merdes (Romero, Miller, Moore), pour n'en garder que l'iconographie "cool". George filmait des morts pousser des caddies, Zach filme - au ralenti - des chiottes glisser sur le sol. Ce que certains nomment une "digestion post-moderne", avec ce qu'on préférera considérer comme du mépris envers les œuvres ainsi dégluties et leur public : comment parler de digestion, de réappropriation et de reproposition pour un réalisateur qui adapte des comics case par case ? Qui cale La Chevauchée Des Walkyries sur un tableau du 'nam (une des figures les plus parodiques depuis trente ans). Qui ambiance son film sur le rêve et la folie par des reprises émo-goth de Sweet Dreams (trouvaille) et de Where Is My Mind (défricheur). Soupe que le père Snyder nous resservira d'ailleurs deux fois, fier de son effet, au sein d'une introduction où la rebelote fera office de note d'intention : gros plans sur le sourire sadique du beau-père, deux fois. "Lennox House", deux fois. "With your feet in the air and your head on the ground", DEUX FOIS, donc. Arrivé à ce stade, public, tu devrais comprendre que Snyder te prend pour plus bête que lui.
D'ailleurs que Zach Snyder filme 85% de ses plans au ralenti va finir par donner des indices sur la vivacité du bonhomme.

Sucker Punch
C'est splendide


Ayant glané ses galons d'auteur_visionnaire© en passant Watchmen au calque (digestion), Snyder lâche les élastiques et balance aux yeux de tous son film somme écrit à la fac (prend-il soin de nous préciser). Prétendument fantasme geek ultime, Sucker Punch narre l'histoire de Baby Doll (Carroll Baker Emily Browning), maltraitée par son beau-père après la mort de sa mère et finalement placée en institut. Sur le point de se faire lobotomiser par celui qui nous endort toutes les semaines en sirotant son brandy (Jon Hamm), la jeune fille s'évade dans un autre monde où la danse lui permet de s'évader dans d'autres mondes afin de réunir des items et se libérer du monde où elle s'était précédemment réfugiée. Ça a l'air un peu idiot comme ça sur le papier mais sur l'écran aussi, tout ceci pour de vagues raisons d'écriture, de structure et de mise en scène qu'il serait trop long de lister. Sachez juste que l'usine à gaz se justifie plus ou moins sur la fin, une fois que le public aura subi cent minutes d'action déconnectées d'un enjeu dramatique révélé sur le tard, le simili-twist mystérieux de conclusion paraissant pour Snyder plus nécessaire que motiver ses remakes de séquences préférées : Zu, Assault Girls, Casshern, Kill Bill, Jin-Roh, I, Robot, Captain Sky And The World Of Tomorrow, Hellboy 2 et tout un tas de succès de la décennie passée. On y retrouve même des plans de Watchmen et de Shrek. Digestion.

Sucker Punch
Puis il en a encore en réserve


Sorte de Inceptionne Ta Vie au procédé encore plus gratuit que chez Nolan, Sucker Punch s'avère être un bien bordélique mélange de Brazil (à qui il emprunte le samurai géant, puis la fin) et du Magicien D'Oz, l'imaginaire alternatif composé d'épreuves et de dérivés des connaissances de la jeune héroïne rappelant bien plus le classique de Flemming que le Alice Au Pays Des Merveilles de Carroll cité dans une majorité de recensions sans raison (Carroll est à l'imaginaire ce que Capra est à l'optimisme : un meuble à brûler une bonne fois pour toute).
Et finalement de merveille ou de magie il n'en est jamais question ici, le traitement pachydermique de Snyder venant piétiner tout espoir de trip régressif : si les redondants modes d'emploi des univers explorés ne coupent pas assez l'immersion, il y aura bien une sentence contractuelle d'un executive expliquant par le biais d'un sosie de David Carradine comment le PG 13 a été dealé par la prod ("C'est des zombies vapeurs, pas de sang, pas de mort et ils ne font pas grossir, faites-vous plaisir dans mon MONDE IMAGINAIRE OÙ TOUT EST POSSIBLE"). Ou ce seront des figures du genre copiées/collées en dépit du bon sens (repensez à ce plan où Baby Gole lève le poing pour stopper son Rasta Kamikaze Bang Bang qui attendait sagement derrière elle depuis une plombe). Ce qui n'égale évidemment pas l'étourdissante scène du vol du couteau lorsque Baby Gole, voyant sa meilleure amie Rocket se faire agresser par le cuistot, se remet à gigoter une fois la musique revenue pour casser du robots en rêve, sortir de sa transe et constater que… Rocket a été cisaillée par ce cuistre de cuistot. Une constante invitation à l'émerveillement illustrée avec la légendaire et inaltérable articulation "demi-ensemble centré / gros plan désaxé en courte-focale" que seul l'usage d'incrustations (moches) sur écran vert permet d'aérer et de rendre l'objet moins migraineux.

Sucker Punch
C'est lisible


Mais il a été dit que Zach Snyder a redéfini l'action au cinéma. A l'époque de Wikipédia il est vrai que retaper les définitions à sa convenance n'a jamais été aussi aisé, nôtre Macfly ne s'est-il pas fait bannir de l'encyclopédie DIY pour avoir tenté un "Pollock du cinéma" sur la page de son Michael Bay d'amour ? A la limite Snyder serait un de ces vulgaires copistes du dimanche, le genre à se faire entretenir pour remplir les maisonnées de basse noblesse de paysages surchargés en sfumato "comme les Maîtres". Il comptait nous offrir son The Fall ou Labyrinthe De Pan, on se retrouve devant un rip-off bigger and louder de Repo! The Genetic Opera dans lequel on ne saura jamais pourquoi une jeune femme a des fantasmes de mec quand elle danse.
C'est probablement pour cela que Sucker Punch est vendu ici et là comme un "blockbuster féministe" : dix ans après avoir hurlé à la "croûte numérique" pour le projet le plus fourni en décors réels et maquettes de la décennie (Le Seigneur Des Anneaux), Les Inrocks intronise Snyder "réalisateur geek chouchou d'Hollywood" précisément quand ce dernier devient la risée d'Hollywood, la presse professionnelle allant jusqu'à se demander si le génie n'a pas ruiné sa carrière. Un sens du timing et de la prise de risque qui est tout à leur honneur.

Car Sucker Punch est et restera un film béotien pour spectateur Boétien à qui l'asservissement le plus total est outrageusement ordonné : si la voix off nous explique (par deux fois évidemment) que le libre arbitre c'est le libre arbitrage de ta liberté d'arbitrer ta vie, l'objet dans son entier est enchaîné à ce carcan de ce que l'on nomme très hâtivement "culture geek". Et ne s'en libère absolument jamais.

Pendant qu'on y est, vu qu'une oeuvre fantastique d'inspiration post-moderne construite sur les travaux de Lewis Carroll a l'air d'intéresser du monde, je vous enjoins de guetter vos salles aux alentours du mois de juin 1999, va débarquer un film susceptible de vous combler.

Matrix
 


SUCKER PUNCH

Réalisateur : Zach Snyder
Scénario : Zach Snyder & Steve Shibuya
Production : Zach Snyder, Deborah Snyder, Thomas Tull…
Photo : Larry Fong
Montage : William Hoy
Bande originale : Tyler Bates & Marius De Vries
Origine : USA / Canada
Durée : 1h50
Sortie française : 30 mars 2011




   

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