Le Guerrier Silencieux + Dragons

Vikings of the world

Affiche Le Guerrier Silencieux

Les p'tits gars du ch'nord sont à l'honneur dans les salles à travers deux films bien éloignés de la Epinal-way que Fleisher avait donnée en 58, chacun à leur manière bénéficiant des deux œuvres régénératrices que furent Le 13ème Guerrier et La Légende De Beowulf.


Commençons avec le nouveau Nicolas Wending Refn, Le Guerrier Silencieux, AKA Valhalla Rising, AKA "Le 2001 du film de Vikings", AKA "un bon petit film de Vikings" par des Cahiers dont on ne soulignera jamais assez le salvateur sens de la mesure qui les caractérise (ne viennent-ils pas de produire un dossier à peine opportuniste sur les "merveilles en 3D" de Tim Burton pour un film destiné tardivement à une exploitation 3D ?).

Entre
2001 et "bon petit film", il y a un monde, et c'est ce monde qu'entend explorer NWR. Comme à son habitude, l'auteur de Pusher prend nos attentes de spectateurs, les machouille pour calmer son ulcère et les crache par la fenêtre. Lui qui s'est fait connaître par un traitement ultra-naturaliste de la délinquance urbaine s'en va ainsi en pampa poser ses trépieds dans la gadoue pour proposer son œuvre la plus strictement composée, découpée et éclairée, prolongeant l'évolution plastique de Bronson, pour un résultat phénoménal de beauté et de ressenti. On apprécie d'autant plus ces virages qu'ils permettent à nos camarades en manque de cases à remplir de trahir leur vision assez trouble du cinéma : lorsque Vincent Ostria dans L'Humanité trouve Refn "convaincant lorsqu'il traduit le bruit et la fureur urbains (dans Pusher), mais pitoyable lorsqu'il se prend pour un auteur", doit-on comprendre que "traduite le bruit et la fureur" ne peut et ne sera jamais du travail d'auteur, contrairement à la contemplation ?

Le Guerrier Silencieux
Ouf, on a évité la crise d'hystérie à base de 'film de cul béni' à un oeil près. Pas d'bol Eli


Refn s'en fout, lui il pioche dans l'un comme dans l'autre. Pour la fureur, il emprunte à Gaspard Noé le montage cut de sons et plans outranciers (massivement filtrés pour des séquences d'hallucinations incroyablement immersives – c'est pas la prise de LSD du
Péril Jeune quoi). Pour la contemplation, il vole à Claire Denis l'hypergonar dont elle n'a pas su quoi faire en Afrique à l'occasion de White Material : le Danois cadre les paysages en 2.35 comme un Malick, agençant les corps et visages tels des éléments naturels, excepté le muet héros dont la profusion de plans décentrant son visage illustrent son caractère d'exception en ce bas monde.

Car NWR n'a pas mis en place tout cet attirail artistique pour filmer des gus en casque trinquer à l'hydromel, mais pour magnifier une incarnation mutique du dieu scandinave Odin (il est borgne, surdoué au combat, impitoyable, a des visions et ressemble à Madds Mikelsen) mettant fin à son esclavagisme et suivant une bande de guerriers évangélisateurs chrétiens en partance pour Jérusalem, qui atterriront finalement sur des terres bien inhospitalières.


Le Guerrier Silencieux
Ami lecteur, devant ce plan retouché de toute part, devine qui a parlé de naturalisme


Le Guerrier Silencieux
prend à bras-le-corps le contexte évoqué dans La Légende De Beowulf du père Zemeckis pour en faire l'armature de son récit : que devient un peuple quand ses croyances ancestrales sont confrontées à une nouvelle religion ? Il devient violent, oui, et d'ailleurs c'est une réponse qui peut s'apposer à tous les films de Refn (de Bleeder à Bronson, tous ses protagonistes principaux expriment par la violence une perte quelconque).
Plus que cela, Refn filme la fin d'une Mythologie qui ne peut plus survivre à l'aube d'une époque où l'Homme percevra son environnement rationnellement (leçon 1 : il n'y a pas de bord au bout de la mer, déjà, pour commencer). Où l'inconnu ne pourra être comblé voire vaincu par des croyances, mais seulement en le confrontant. Ce que Refn prépare durant son métrage, c'est le sacrifice d'un surhomme pour sauver l'enfant qui l'accompagne, sauver l'innocence et laver la bêtise des hommes venus promouvoir la Sainte Parole à coups de haches et d'épées. Que ce surhomme ait guidé ses compagnons en dérive sur leur drakkar en faisant solennellement couler une écuelle d'eau sur son visage n'aurait donc a priori rien d'innocent.
Les nobles guerriers doivent rejoindre Odin au Valhalla et se soulever pour le Ragnarök, la guerre puis la fin du monde. Mais, semble dire Refn, Odin est bien seul.



Affiche Dragons Après la baffe attendue, la baffe inattendue. Rien en effet sur le papier ne prédestinait ce
Dragons à un quelconque intérêt : bande-annonce plate et commune, affiches et catch phrases niaises, Dreamworks Animation ! (bien qu'une sphère critique très pointue continue de vendre les références télévisuelles de Shrek comme une réussite intelligente du cinéma d'animation). Et ben voilà, ça vous apprendra à ne pas lire les affiches avec plus d'attention (oui, "vous", car vous aussi vous n'aviez qu'à faire gaffe). Car les deux réalisateurs derrière cette première très grande réussite de Dreamworks Animation, DeBlois & Sanders, avaient déjà livré il y a huit ans l'un des derniers Disney funs et touchants, Lilo & Stitch (et Mulan également, oui, mais bon…)

En adaptant pour la boîte à Katzenberg le livre de Cressida Cowell, DeBlois et Sanders appliquent la même structure (un ado en marge découvre une créature dont elle doit s'occuper), convoquent un lien culturel fort (la musique d'Elvis Presley pour l'hawaïenne et l'alien, le vol et le dessin pour le viking et le dragon) et n'hésitent pas à poser leurs pattes visuelles pour le design des dragons, signe que les compères ont eu les coudées franches.

Le plus étonnant avec
Dragons réside dans des choix de production intelligents, et ça, on n'y était pas vraiment habitué de la part de Dreamworks. Le casting vocal est en ce sens révélateur de l'intention de l'équipe : le héros possède la voix nasillarde de l'ado en pré-mue qui aurait pu être insupportable si elle n'était pas si bien interprétée, les Vikings ont un accent nordique gouleyant, une partie du cast de SuperGrave complète le reste des ados.

Dragons
Voilà, lui il est blanc, là ça va, il peut rider un dragon sans énerver la presse


A des années-lumière en terme d'écriture et de mise en scène de notre
Chasseurs De Dragons national sorti il y a tout juste deux ans, Dragons est l'incarnation d'une sereine maturité du secteur de l'animation US. Si l'on y retrouve quelques inévitables tics et gimmicks, ils s'imbriquent ici parfaitement au récit et, loin d'alourdir le tout, participe si ce n'est à la richesse de l'ensemble, à décrire avec justesse les protagonistes (par exemple, le "Tu m'as désigné en entier" est largement moins lourd que tous les alibis sémantiques de la sorte que les executive imposent sur chaque bobine). Car derrière son look cartoon, le propos défendu par le jeune héros, donc le film, basé sur la science et l'investigation, est bien plus intéressant que ce que l'on croise en temps normal dans ce genre de produits. Pour mieux le souligner, les auteurs ont d'ailleurs mis en place d'amusants parallèles entre les humains et leurs compères dragons. Preuve de l'intégrité de l'œuvre, le héros ne sera pas exempté de cette règle, et subira in fine ce à quoi les spectateurs attentifs pouvaient s'attendre.
Portée par une composition magistrale de John Powell, la mise en scène est étonnamment ambitieuse : les auteurs prennent quand même le parti de présenter tout le background lors d'une scène d'exposition de nuit, sous la pluie, pendant une attaque de dragons ! Et la 3D s'avère ici, contrairement à
Alice, réellement pensée pour se mettre au service de la réalisation. Les scènes de vol en sont évidemment magnifiées, rappelant Avatar (ce qui peut s'avérer utile en cas de manque chez les Pandora-addict), tandis que des plans ouvertement iconiques évoquent carrément Le Seigneur Des Anneaux (l'entrée dans le nid des dragons et la boule de feu s'éloignant dans le néant joue sur la même idée que le dernier plan de la chute de Gandalf avec le Balrog).

Spectaculaire et sentimental,
Dragons est une petite merveille qui arrive à point nommé pour les millions de spectateurs rêvant de vivre la fameuse scène de dressage du Toruk Macto.

8/10
VALHALLA RISING
Réalisateur : Nicolas Wending Refn
Scénario : Nicolas Wending Refn & Roy Jacobsen
Production : Johnny Andersen, Henrik Danstrup, Bo Ehrhardt…
Photo : Morten Soborg
Montage : Matthew Newman
Bande originale : Peter Kyed & Peter Peter
Origine : Danemark / GB

Durée : 1H40
Sortie française : 10 mars 2010

 

 

 

 

 

  

7/10
HOW TO TRAIN YOUR DRAGON

Réalisateurs : Dean DeBlois & Chris Sanders
Scénario : Dean DeBlois, Chris Sanders & Cressida Cowell
Production : Bonnie Arnold, Karen Foster, Tim Johnson…
Photo : Roger Deakins
Montage : Maryann Brandon & Darren T. Holmes
Bande originale : John Powell
Origine : USA
Durée : 1H38
Sortie française : 31 mars 2010




   

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