Le Choc Des Titans

Caprice des dieux

Affiche Le Choc Des Titans

Les caractéristiques définissant le célèbre fromage industriel à l’emballage en forme de calisson bleu orné de petits anges correspondent parfaitement au dernier film de Louis Leterrier : une croûte blanche à pâte molle et au goût insipide.


Après avoir dégusté il y a quelques semaines LA surprise de l’année avec l’excellent Dragons de Dean Deblois et Chris Sanders, voilà que l’on se mange sévèrement en pleine face notre pain noir avec l’arnaque de l’année, Le Choc Des Titans de Louis Leterrier. Non seulement la manipulation consistant à gonfler le métrage en 3D n’apporte aucune plus value (à part pour le tiroir caisse de la Warner qui a bien besoin en ce moment de renflouer ses caisses) tant technique que narrative – mais pas besoin d’être un oracle à un seul œil pour facilement le deviner – mais la plupart des salles le projetant ne laissaient même pas le choix des deux versions, le film étant bien évidemment en priorité proposé en relief. Mais en plus de l’arnaque économique, voilà que le film lèse le spectateur en matière de spectacle, laissant tout bonnement dubitatif devant un direct-to-DVD pété de thunes mais clairement au ras des pâquerettes en termes de rythme, d’action et de caractérisation.
Okay, j’exagère un poil en le qualifiant de DTD mais le manque d’ambition affiché plombe le film dans les grandes largeurs. D’accord, Leterrier est un solide artisan qui n’a d’autre prétention, tout à fait louable, que de divertir sans chercher à devenir un petit génie de la mise en scène mais son évident enthousiasme est loin d’être suffisant pour lui permettre de mener à bon port une telle machinerie. On ne va pas tirer sur l’ambulance (les deux premiers Transporteurs, Hulk) et s’acharner sur un réalisateur ici utilisé comme simple rouage dans une entreprise colossale mais il faut tout de même reconnaître que l’on s’ennuie ferme dans ce choc.

Le Choc Des Titans
Putain, j'étais pas censé me réveiller dans le corps de mon avatar bleu ?!


Remake, ou nouvelle version, peu importe, du film éponyme de Desmond Davis datant de 1981, Le Choc Des Titans 2010 veut redonner de la vigueur à ce brave Persée, passant d’amoureux énamouré (oui, il était très, très amoureux. A tel point qu’il en était quand même un peu neuneu) d’Andromède à un homme ivre de vengeance envers le dieu Hadès qui a tué ses parents adoptifs. Il accomplira sa quête en tant qu’homme, rejetant la part divine qui fait de lui un demi-dieu (et fils de Zeus) au grand dam de ses compagnons de route qui aimeraient bien pouvoir compter sur sa force dans leur défiance des habitants de l’Olympe. Ces Argosiens reniant les Dieux pour reprendre en main leur destin, voilà une idée intéressante et qui aurait pu permettre de développer une tragédie antique à la sauce hollywoodiene mais qui se trouve malheureusement vidée de toute substance puisque servant seulement à définir sommairement les personnages ineptes gravitant autour de Persée et Draco (Mads Mikkelsen), ceux-ci répétant à plusieurs reprises, histoire qu’on entende bien leur rébellion (à défaut de la voir en action) : "Les Dieux sont mauvais", "vengeons-nous"… Mais après tout, on est surtout venu là pour voir Persée se friter contre Méduse, des scorpions géants, le Kraken, etc., bref tout le bestiaire présent dans l’original mais en bigger and louder, effets-spéciaux de dernière génération obligent.
Certes elles avaient l’air un peu gauche les créatures de Ray Harryhausen mais au moins dégageaient-elles une certaine poésie, inventivité et passion. Or, les mêmes reboostées par informatique sont d’une laideur incroyable et ne surpassent leurs prédécesseurs qu’en taille. A ce titre, le Kraken a l’air vraiment très impressionnant, dommage que l’on ai jamais droit à un beau petit plan large présentant le monstre dans toute sa fureur prêt à s’abattre sur la cité au lieu des morceaux de tentacules et sa gueule de porte-bonheur. Autre ajout notable, le seyant soutien-gorge dont est affublée la Méduse, oui même les plus terribles des créatures ont leur pudeur… Mais surtout, les séquences où nos héros les affrontent n’ont absolument rien d’excitantes tant elles sont confuses. Le jeu de cache-cache dans l’antre de la Méduse commençait plutôt bien avec les apparitions furtives de la queue de serpent de l’hôtesse des lieux mais cela virera rapidement au grand n’importe quoi avec l’explosion du Djinn ! D’accord, PG-13 oblige, il ne fallait pas s’attendre à un God Of War-like mais il y a des limites à voir que les pinces d’un scorpion n’engendrent pas plus de dommages que quelques contusions. De même on peut regretter que nous suivions (subissions serait plus juste) les batifolages à fond de cale de Persée et de Io lors de la traversée du Styx plutôt que faire monter la tension.

Sans aucun liant narratif, on a parfois l’impression d’assister à un collage de scènes obligées, impression qui se fait durement ressentir notamment au début de leur périple lorsqu’au cours de leur ballade en forêt, Persée trouve par terre une jolie épée d’essence divine qui s’avère être une sorte d’épée laser (!) avant de rencontrer fortuitement et rapidement  un troupeau de chevaux blancs avec des ailes puis un Pégase noir (!! – sans doute ont-ils modifiés sa couleur afin de remplir leur quota de minorités présentes à l’écran…).

Le film se permet même le luxe de railler la version de Davis en faisant apparaître la chouette mécanique Bubo, relique au kitch improbable. Seulement, Le Choc Des Titans 2010 aligne les motifs kitch à la pelle : le sabre laser de Persée donc, un Djinn rugissant tel un Chewbacca de bois, les armures scintillantes très disco des Dieux (qui d’ailleurs renvoient plus à l’inénanarrable Hercules de Luigi Cozi avec Lou Ferrigno qu’aux Chevaliers Du Zodiaque !). A défaut d’avoir un spectacle de qualité, au moins sommes-nous dans ces moments là pliés de rire. Ou de consternation, c’est selon votre capacité d’indulgence.

3/10
CLASH OF THE TITANS
Réalisateur : Louis Leterrier
Scénario : Travis Beacham, Phil Hay, Matt Manfredi
Producteurs : Basil Iwanyk, Jon Jashni, Karl McMillan …

Photo : Peter Menzies Jr.
Montage : Vincent Tabaillon & Martin Walsh
Bande originale  : Ramin Djawadi
Origine : Etats-Unis
Durée : 1h46
Sortie française : 7 avril 2010




   

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