La La Land

Jazz fusion

Affiche La La Land

Comment faire une comédie musicale des années 50 en 2016 ? Encore du jazz ? Damien Chazelle serait un petit malin surfant sur la vague de la nostalgie et du kitch ? Avec un plan clé en main lui ouvrant une nouvelle fois la route vers les Oscar ?


Auteur du percutant Whiplash, Chazelle n’a pas à se justifier d’avoir opté pour une comédie musicale, écrite avant le succès de son premier long (et pour laquelle il ne trouva pas de financement). Entièrement voué à sa passion du jazz, Whiplash illustrait en une scène finale son discours sur la musique comme seule vraie manière de communiquer. Habité par son sujet, Chazelle n’avait aucun mal à traduire l’émulation naissante entre Miles Teller et J. K. Simmons lors d'une improvisation stupéfiante soldant toutes les tensions dramatiques en suspens sans même un mot. Avec La La Land, Chazelle remet le couvert lorsque le jazzman Sebastian (Ryan Gosling) raconte à l’aspirante actrice Mia (Emma Stone) les origines du jazz, où se dégageait une grande idée romantique malgré la misère : le jazz est né pour que des individus de langues et de cultures différentes puissent communiquer. Ce nouvel opus étend ainsi son propos à Hollywood et à la carrière d’une jeune actrice, un sujet simple qui cadre parfaitement avec la simplicité de la comédie musicale.

La La Land

Souvent jugé fantaisiste, la comédie musicale est un genre qu’on peine périodiquement à assumer au point de l’emballer avec des standards pop pour le rendre de nouveau attrayant (Moulin Rouge, Huit Femmes, les Sexy Dance...). Expression souvent simpliste de la psyché des personnages, le musical reste, lorsqu'il est bien pensé, le plus court chemin vers le ressenti, à travers le chant et la musique, de la vérité d’un personnage et de ses sentiments. Le revers de la médaille étant une absence de subtilité qui peut vite frôler le kitch. Il est d’autant plus difficile en 2016 de ne pas prendre une comédie musicale au sérieux que notre perception désenchantée du monde n’a plus rien à voir avec celle des années 50. Damien Chazelle et ses personnages, qui ne vivent que pour leur passion, se trouvent donc face à un défi qui pourrait être éludé d’un revers de main en optant pour une version cinéma des scénettes de Glee ou bien une nouvelle compilation de reprises. 

La La Land

Comme bien souvent, le genre invoque la comédie romantique, ici Damien Chazelle transpose Quand Harry Rencontre Sally à LA/Hollywood en guise de mise en bouche. Une référence assez moderne entre un teaser vintage du CinemaScope et les classiques US cités par les personnages. Formellement, La La Land rejoue les scènes cultes en les détournant un brin, jusqu’à reprendre le baiser hollywoodien et son fondu final. A la différence près que le mot "Fin" n'apparaît plus à l’écran, le film ne joue pas avec son public,son auteur ne sachant que trop bien à quel point cela sonnerait faux aujourd'hui. L’extraordinaire dynamisme, la musique et le chant omniprésent, la fluidité de la réalisation qui suit les envolées laissent place à de grands silences et des plans fixes. Ces silences, Chazelle les avait déjà utilisés dans Whiplash comme symptômes d’un monde endormi par opposition au crâne sous ébullition d’un passionné. Ces moments indies obligés, loin de dépareiller, restituent la difficulté à perpétuer cette énergie face aux événements de la vie, et on peut croire sans peine que les deux tourtereaux qui dansaient sous les étoiles puissent retomber, d'un coup, brutalement, sur Terre.

La La Land

La La Land est l'histoire de passions exclusives, d'une rencontre qui bouleverse deux vies, d'une émulation qui va pousser des artistes à se dépasser. C’est le versant lumineux de Whiplash, sans souffrance ni sadisme car l'aspect feel good du musical doit l'emporter. Or le chemin mène à la même fin : puisque personne n’est plus dupe du happy end, il n’est dorénavant qu’une ponctuation d’une histoire plus globale. Car le pendant moderne de ce baiser hollywoodien pourrait bien être une rencontre parfaite, une symbiose, aussi fugace fut-elle. Soit la rencontre que Chazelle avait mise en scène à la fin de son précédent film lorsque l’élève comprenait l'intention du maître, et qu’il renouvelle ici contre toute attente lorsque Sebastian rejoue l'air de la rencontre. Portée par l’improvisation qu'elle inspire à Sebastian, Mia s’évade de sa réalité, l’actrice/scénariste recompose son film sur la musique du pianiste comme le batteur virtuose défiait le chef d’orchestre dans un moment qui n’appartient plus qu’à eux deux. Un simple regard vaut alors comme le plus beau des baisers hollywoodiens.
Composé de numéros musicaux imparfaits et d’une histoire maintes fois contée,
La La Land demeure tout entier articulé autour de scènes annonçant ce climax, sous forme de mini-rencontres, de moments où les personnages s’accomplissent par isolement, leur entourage s’effaçant pour ne plus détourner l’attention. Lorsque le champ se rouvre, lorsque le réalisateur daigne nous le révéler au bout de quelques scènes (la rencontre musicale de Mia et Sebastian), le concert a littéralement charmé le hors-champ...
 
Si vous êtes tombé amoureux d'Emma Stone ou de Ryan Gosling (ou des deux), si vous fredonnez les notes de Justin Hurwitz plusieurs heures après la séance ou si une énergie revigorante vous envahit, c'est que Chazelle réussit là à vous entraîner comme témoins d'une de ses rencontres symbiotiques et exaltantes pour la seconde fois, ce qui pour l'époque reste un miracle. Sinon pas de panique, ce sera pour un prochain film !




la la land
Réalisation : Damien Chazelle  
Scénario :  Damien Chazelle
Production : Fred Berger, Jordan Horowitz, Gary Gilbert, Marc Platt, John Legend...  
Photographie : Linus Sandgren
Montage : Tom Cross
Direction artistique : Austin Gorg
Musique : Justin Hurwitz, Marius De Vries, Steven Gizicki et Benj Pasek, Justin Paul (paroliers)
Durée: 2h08
Origine : USA
Sortie française : 25 janvier 2017




   

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