Questions aux 31

Culture rime avec dictature ?

Ça rime avec enflures aussi.
Il fallait s'y attendre : après les 52 chanteurs défendant la loi Hadopi, entrent dans ce pathétique bal des vampires 31 cinéastes amenant à leur tour une complainte dont l'excès n'a d'égal que son caractère autiste.

Jean-Paul Salomé, Alain Corneau, Jeanne Labrune, Jean Marboeuf, Christian Carion, Costa-Gavras (le fils ? Pas possible que ce soit le père…), Jean-Jacques Annaud, Bertrand Van Effenterre, Bertrand Tavernier…
31. Ils sont 31 à avoir signé Culture ne rime pas avec gratuité, texte publié hier dans le journal Le Monde afin de soutenir la loi "Création et Internet".

Ce titre-slogan, né on ne sait dans quel esprit paranoïaque et profane, rappelle combien tous ces lettrés défendent un texte de loi basé sur un rapport de Denis Olivennes, qui, pour défendre son point de vue archaïque, était allé jusqu'à titrer son livre d'un des plus beaux sophismes enthymèmes de ces dernières années : La Gratuité, C'est le Vol ! Voulait-il dire par là que tout ce qui est gratuit est hors-la-loi, même les cadeaux et free hugs, ou est-il confus au point d'amalgamer "gratuit" et "contrefaçon" ? Nul ne le sait, mais nul ne soulève l'incommensurable bêtise de ce titre, ce qui est toujours rassurant...

Aux arguments et explications mécaniquement alignés dans cet article, nous n'allons pas chercher à y répondre tant ils sont peu originaux, et donc en conséquence déjà discutés et rembarrés un peu partout depuis longtemps (notamment ici-même).

Nous préférons nous étonner de la vigueur avec laquelle ces cinéastes secourent une loi visant à défendre le contenant du cinéma français (diminution du "piratage" pour une improbable augmentation des entrées, et donc des revenus) tout en ne prêtant absolument pas attention au rapport des 13, qui lui vise à en améliorer le contenu en proposant des lois constructives pour permettre à la production hexagonale d'être de meilleure qualité.
Si l'intérêt général est la défense de notre bonne vieille cinématographie, pourquoi ne pas faire pression de façon identique, mais sur le ministère et non sur le peuple, afin de réfléchir à la question ? D'autant plus que, comme nous le montrons plus bas, l'urgence n'est pas à la défense de chiffres d'exploitations en hausse, mais au renouvellement d'un système de production ouvertement défaillant. Mais bon, si on en est à traiter le spectateur comme un escroc potentiel et nier les faits objectifs, à quoi bon se battre pour lui offrir de meilleurs films ?

De plus, quand ces cinéastes, ces esprits, ces grandes gens, vont-ils enfin comprendre que leurs œuvres ne se retrouvent pas sur Internet par agissement du St Esprit ?
Quand admettra-t-on de tourner le problème dans le sens inverse ?
Quand ces artistes arrêteront-ils de considérer le peuple et le public comme une menace naturelle pour enfin voir que les véritables premiers responsables ne sont pas les internautes, qui ne font que prendre ce qu'on leur propose, mais ceux qui mettent ces films en ligne avant même leur sortie, c'est-à-dire les employés de société de production, de distribution, les membres des divers jurys et académies ? Si ce n'est, plus simplement, le résultat de grandes négligences qui permettent à des copies finalisées de se retrouver en ligne au moment de l'exploitation salle…

Quand cette philosophie de la peur sera enfin décriée et critiquée par les médias ?
Quand l'amalgame "public = voleur en puissance" commencera enfin à scandaliser le plus grand nombre ?

Pourquoi ces nobles cinéastes qui "ont toujours menés des combats pour défendre la culture et son accès au plus grand nombre" (sic) ne signent-ils pas une charte pour s'engager à demander des comptes à leurs sociétés d'édition, de production et d'exploitations, incapables de mener à bien la mission qui leur est confiée, à savoir protéger les œuvres de leurs clients et en assurer la bonne diffusion ?

Pourquoi ne s'allient-ils pas pour demander à Christine Albanel une étude rapide du rapport des 13, qui, rappelons-le, s'étend dans un chapitre entier sur les idées à développer pour une diffusion plus large, plus cohérente et moins expéditives des oeuvres ?

Et surtout, comment peut-on signer un tel papier deux semaines seulement après la publication des chiffres de la fréquentation en hausse, notamment pour le cinéma hexagonal ?
Où est la raison ici ? La logique ? La pudeur ?

Enfin, question existentielle, voire métaphysique, à laquelle ces penseurs avant-gardistes ne manqueront pas de trouver une réponse : pourquoi les entrées en salles augmentent régulièrement depuis 1999, année du lancement commercial de l'ADSL en France ?

Fréquentation des salles en France

[source]


A toutes ces questions essentielles et avant tout morales, nous, spectateurs, attendons les réponses et arguments concrets justifiant si ce n'est la loi, du moins son esprit.

nicco, Macfly, Mérovingien, Vendetta, Nicolas Zugasti, Krys64, Isokilla, spectateurs.




   

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