Meurtre Au 43ème Étage

Petite lucarne sur cour

Affiche Meurtre Au 48ème Étage

Entre Assaut et Fog, John Carpenter écrit et réalise plusieurs projets pour le petit écran. D'abord pensé pour le grand, Meurtre Au 43ème Étage sera finalement mis en image par le maître pour la télévision.


Dès le générique d'ouverture, ouvertement calqué sur celui de La Mort Aux Trousses, il saute aux yeux que ce premier opus télévisuel est truffé de clins d'oeil référentiels : les immeubles sont baptisés Arkham ou Blake, l'un des personnages s'appelle Leone...  Au détour d'une scène, on tombe même (et c'est assez surprenant venant de la part de Carpenter) sur le travelling compensé des Dents De La Mer,recopié à l'identique ! Enfin, l'hommage à Hitchcock ne s'arrête pas au générique, car si Halloween s'inspirait de Psychose, le modèle avoué est ici Fenêtre Sur Cour, Carpenter ayant simplement interchangé les rôles : le tueur n'est plus l'observé, mais l'observateur. Celui qui va épier et harceler l'héroïne tout au long du film. 

Même s'il ne signe pas la musique et qu'on le sent très engoncé dans un format 4/3 trop étroit pour lui, Carpenter parvient sans problème à imposer sa patte. D'abord parce qu'on retrouve quelques têtes connues :  Adrienne Barbeau (avec qui il se mariera juste après le tournage) et Charles Cyphers (Halloween, Assaut, New York 1997), mais aussi parce que comme dans la plupart de ses films, les personnages évoluent dans des décors à la fois banals, vides et effrayants. Ensuite, parce qu'à bien des égards, ce Meurtre Au 43ème Étage est un brouillon d'Halloween. Produits pratiquement en même temps et diffusés à un mois d'intervalle, les deux films ont beaucoup en commun : une héroïne-Cassandre persécutée psychologiquement qui finit par s'armer d'un couteau pour se défendre, un méchant mystérieux au visage révélé à la dernière minute, ou encore une sexualité décisive dans les comportements des protagonistes.

Meurtre Au 48ème Étage
 

Nombre de personnages de Meurtre Au 43ème Étage sont ainsi caractérisés par leur attitude face à la sexualité. Ainsi, Leigh, l'héroïne, a pour seule amie une lesbienne revendiquée (la première de la télé US, paraît-il), et rejette en permanence un collègue qu'on arrêterait aujourd'hui pour harcèlement sexuel. Leigh finit par rencontrer un homme qui l'intéresse dans un bar. Le stalker, qui a visiblement peur des femmes au point de ne pouvoir les approcher (il cherche à "faire mal sans toucher"), devient alors jaloux, chaque étape de la relation entre l'héroïne et cet homme le motivant à passer à l'étape supérieure. Ainsi la scène de sexe précipite l'intrigue, le persécuteur avouant dans la foulée à sa victime qu'il habite en face de chez elle. 

Meurtre Au 48ème Étage
 

C'est juste après Assaut que Carpenter commence à s'intéresser à la question du regard, puisqu'après en avoir fait le thème central de son scénario Les Yeux De Laura Mars, on retrouvera cette obsession en filigrane tout au long de sa filmographie (le point de vue de Michael Myers dans Halloween, les yeux lumineux dans Jack Burton ou Fog, les lunettes de soleil dans Invasion Los Angeles...). Conscient des symboles qu'il convoque, Carpenter prend déjà un soin particulier à inclure les fenêtres de l'appartement de l'héroïne dans ses cadres, comme pour imposer la présence du tueur, les cadres-dans-le-cadre devenant autant d'yeux surveillant l'héroïne. A l'inverse, quand elle croit avoir trouvé son persécuteur, la situation est inversée : c'est elle qui observe le suspect se faire interroger à travers le cadre d'un miroir sans teint. Il n'est pas non plus innocent d'avoir fait de l'héroïne une réalisatrice-télé (comme Carpenter !), ou de faire dire à un personnage, lorsque Leigh entre pour la première fois dans son bureau, que la pièce "n'a pas de fenêtres". 

Meurtre Au 48ème Étage
 

Références hitchcockiennes grosses comme des maisons et thématique du regard... Malgré son look télévisuel pas franchement sexy, Meurtre Au 43ème Étage ressemble finalement beaucoup à un film qu'aurait pu tourner De Palma à cette période, si l'on excepte la mise en scène dépouillée propre à son metteur en scène, faite de fins travellings et de vrais-faux plans subjectifs. Un film de transition pour Carpenter qui lui permettra d'affiner son style et de dépasser l'influence de ses maîtres, pour enchaîner avec un petit film d'horreur qui propulsera sa carrière.


SOMEONE'S WATCHING ME!
Réalisateur : John Carpenter
Scénario : John Carpenter
Production : Anna Cottle & Richard Kobritz
Photo : Robert B. Hauser
Montage : Jerry Taylor
Bande originale : Harry Sukman
Origine : USA
Durée : 1h37
Sortie française : niet !




   

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