Le Retour De L'Abominable Dr Phibes

Seconde opinion

Affiche Le Retour de l'Abominable Dr Phibes

Les mauvaises herbes ont la vie dure : trois ans après s’être installé à côté de sa bien-aimée pour reposer "pour l’éternité" auprès d’elle, le Dr Phibes (toujours Vincent Price) se réveille, considérant sans doute que l’éternité, c’est vachement long, surtout vers la fin.


Le Retour De L'Abominable Dr Phibes s’ouvre sur un court résumé du premier opus, narré par une voix solennelle que n’aurait pas désavoué Ed Wood en personne. Phibes s’étant vengé dans le premier film de ceux qu’il considérait comme ses tourmenteurs, son objectif est ici autrement plus ambitieux : s’étant aménagé un autre repaire en Egypte, il compte percer le secret du fleuve de l’immortalité (carrément !) coulant sous un ancien tombeau de quelque pharaon oublié. Ainsi, lui et sa bien-aimée Victoria pourront couler des jours heureux pour l’éternité (éternité qui fait ici son come-back en force : après tout, c’est quand même mieux quand la bonne femme avec qui on doit la passer n’est pas morte, même si c’est à nouveau Caroline Munro). Mais Phibes aura cette fois-ci affaire à deux ennemis : la police bien entendu, représentée par le dynamique duo que sont l’inspecteur Trout et son commissaire, eux aussi de retour, mais également le mystérieux Biederbeck, pour qui la découverte du fleuve de l’immortalité est d’une importance vitale. Seulement voilà, le Dr Phibes part avec un avantage sur ses adversaires : il est abominable.

Le Retour de l'Abominable Dr Phibes
 


PLUS LES CHOSES CHANGENT...
Phibes Rises Again
se veut dans la continuité du premier film, mais en même temps n’hésite pas à aller plus loin dans le Grand Guignol. Rempilent donc Vincent Price et Peter Jeffrey (l’inspecteur Trout). Mais à côté de ces deux piliers, c’est un joyeux foutoir au niveau du casting : si le personnage de Vulnavia (la charmante tout autant que muette assistante de Phibes) réapparaît, c’est une autre actrice qui l’incarne (peut-être parce que Vulnavia finissait grillée à l’acide au bout du premier film ?). Le concept de Phibes-Girl se fait lentement jour, d’autant plus que, coïncidence amusante, la première Vulnavia était jouée par une ancienne Bond-Girl (qui a joué dans Au Service De Sa Majesté), la seconde Vulnavia étant jouée par une finaliste de Miss Monde (bin oui, Phibes, il prend pas vraiment de la merde comme assistante, hein). Après vérification, il s’avère que la sublime Caroline Munro, jouant le cadavre de la femme de Phibes, a elle aussi été une Bond-Girl. En même temps, le côté pratique des Phibes-Girls, c’est qu’elles ont toutes le même nom. Enfin bref.
Par contre, certains acteurs du premier film réapparaissent dans le second, mais en tenant des rôles différents de ceux qu’ils tenaient dans le premier film. Par exemple, Terry-Thomas (oui, Big Moustache de La Grande Vadrouille en personne), qui était un médecin fan de films olé-olé dans le premier opus revient ici en tant que responsable d’une compagnie maritime. Sans oublier une petite apparition du légendaire Peter Cushing lui-même, inattendue, mais bon, au point où on en est, plus rien n’étonne.

Le Retour de l'Abominable Dr Phibes
 

Au niveau de l’intrigue également, on a tenu à garder une toile de fond dans la continuité du premier film : Phibes s’inspirait des dix plaies d’Egypte pour ses meurtres ? Ce coup-ci, c’est carrément en Egypte qu’il commettra ses sinistres exploits. Et tant qu’à faire du recyclage, autant garder les mêmes décors que pour le premier film : le repaire secret de Phibes dans le tombeau est ainsi identique à celui de Londres (sauf qu’il y a un peu plus de sable par terre, on est en Egypte, quoi, merde). Phibes a aussi gardé son goût pour la musique (qui devient dangereusement disco à certains moments), son orchestre de pantins mécaniques (qui joue carrément "Hourra pour notre chauffeur, notre gentil chauffeur" quand on le fait fonctionner) et son talent pour l’élaboration de mises en scène aussi macabres que marrantes lors de ses meurtres. En effet, à ce point de vue, cette suite va encore plus loin dans le délire que le premier film. Autre continuité, les effets spéciaux s’inscrivent toujours autant dans la noble tradition dite du "marabout-bout de ficelle", déjà mise à l’honneur dans le premier opus. Là où une chauve-souris semblant sortie des Thunderbirds attaquait un médecin dans le premier film, c’est ici un aigle empaillé mollement agité par le responsable accessoire qui agresse sauvagement un archéologue s’approchant trop près du repaire de Phibes. L’apparition de Vulnavia (c’est un spectre ou quoi ?) est aussi un grand moment d’effet spécial foiré.


DR PHIBES VS. JOHN STEED
Si un certain esprit digne des meilleurs épisodes de Chapeau Melon Et Bottes De Cuir était discernable dans la seconde moitié du premier film, Dr Phibes Rises Again s’engage ouvertement dans cette voie pavée d’humour noir, de légèreté et de surréalisme cocasse. Les meurtres sont ainsi de plus en plus cruels et pourtant de plus en plus drôles. Que ce soit via un coup de téléphone qui fait vraiment mal, en écrasant un homme dans son propre sac de couchage ou encore via un siège particulièrement inconfortable, Phibes n’a pas perdu la main question meurtres. Cet humour décalé est ainsi présent tout au long du film et comble un des défauts du film précédent : le manque de rythme. On retrouve cet esprit dans la mise en scène aussi bien que dans les dialogues. Ainsi, Phibes profite de son apparence épouvantable pour espionner ses ennemis en se cachant parmi les crânes du tombeau, son visage faisant couleur locale dans le tas d’ossements. Pour ce qui est des dialogues, on soulignera les échanges en roue libre entre l’inspecteur Trout et le commissaire. Ce dernier en particulier a quelques répliques d’anthologie : "Je ne sais pas trop… sa tête mérite quand même un enterrement décent, je trouve…" devant le cadavre d’un gars écrasé dans son sac de couchage duquel seule la tête émerge. Mais le point de non-retour est atteint lorsque l’on voit Phibes se servir d’un ventilateur géant pour créer une tempête de sable. A cet instant, le film rentre dans une autre dimension.

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REFERENCES DE CHOIX
Curieusement, on pense assez fort à Stephen Sommers (La Momie, Le Retour de la Momie, Le Roi Scorpion) en regardant Phibes Rises Again. Ce dernier film serait-il l’œuvre matrice sur laquelle Sommers s’est appuyé pour construire son "œuvre des sables" (on va appeler ça comme ça, hein) ? Et pourtant : la tenue de Trout ressemble fort à celle de Brendan Fraser (même froc, même chemise), la tempête de sable, l’allusion au livre des morts, les secrets dans une pyramide, l’immortalité recherchée par amour fou… Beaucoup de coïncidences, tout ça.
Mais si Dr Phibes Rises Again est peut-être une référence pour des films récents, ce film fait lui-même référence à des œuvres plus anciennes. Ainsi, l’homme qui se verra écrasé dans son sac de couchage par un système de vis actionné par Phibes lisait le Tour d’Ecrou avant de s’endormir (chef-d’œuvre littéraire fantastique d’Henry James, adapté dans les années 60 sous le nom Les Innocents). D’autre part, le groupe de pantins musiciens de Phibes porte un nom révélateur : le Quatuor d’Alexandrie, référence à l’œuvre de Lawrence Durrell composée de quatre romans se passant dans cette ville (Justine, Balthazar, Mountolive et Cléa). On le voit, Dr Phibes Rises Again fourmille de petits détails marrants (le cercueil de Victoria ? une Rolls Royce s’il vous plaît) et on ne s’ennuie pas à la vision du film (en tout cas, beaucoup moins que devant le premier).
Sans prétention, Dr Phibes Rises Again est un film sympa. Et ce n’est pas la fin, qui nous montre un Phibes triomphant et chantant Somewhere, Over the Rainbow tout en se dirigeant vers l’immortalité, qui dénote dans le portrait général.


DR PHIBES RISES AGAIN
Réalisateur : Robert Fuest
Scénario : Robert Fuest & Robert Blees
Production : Samuel Z. Arkoff, Louis M. Heyward & James H. Nicholson
Photo : Alex Thomson
Montage : Tristam Cones
Bande originale : John Gale
Origine : GB / USA
Durée : 1h29
Sortie française : 29 mai 1974




   

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