Festival de Quend 2007

La tournée des amphorés

Affiche Festival de Quend 2007

Salut les gros. Le troisième festival de Quend du film Grolandais de y a deux semaines, ça a été des films rares en compétition officielle, des rétrospectives, des films cultes et un festival off short en front de mer, le tout magnifié par la prestance du gratin Grolandais et dans des conditions ma foi fort agréables.


Les dix milles spectateurs effectifs de la trentaine de films projetés et le bilan des commerçants et des principaux organismes ayant épaulé la manifestation n’ont d’ailleurs pas fait mentir la bande annonce quant à la place prépondérante donnée au Septième Art* ; N’en déplaise à de pales fomenteurs de polémiques et autres gendarmes ronchons qui s’imaginent sans doute qu’à Cannes personne ne vomit.


Cette année j’ai loupé la soirée d’ouverture, avec l’arrivée en train en gare de Rue et l’accueil en fanfare et majorettes de la suite présidentielle. Loupé aussi le convoi de l’Amicale des Deuchistes, son tintamarre de klaxons trafiqués, ses couleurs bigarrées et ses pauses dégustation de bières ambrées et de gnoles croates, direction Quend. Pas de soirée biture à l’aquaclub non plus, l’accès étant dans tous les cas interdit aux Grolandais à jamais, pour cause de semi-noyade d’amphorette, de tête de cochon retrouvée dans le jacuzzi et que sais-je. 

Non cette année c’était en XM avec Roger, deux heures de trajet tranquille, une petite pause dans une aire plutôt sympa cernée par les canards et les petits vieux qui te suivent partout dans les chiottes avec une serpillière, et on arrive en baie de Somme. Quend-Plage-les-Pins, petite station balnéaire avec ses plages à perte de vue, ses pins (ndlr : oué, Quend-Plage-les-Pins donc), ses maisons qui sentent les vacances et les moules, va se faire un peu aimer pendant trois jours dans une orgie de films fabuleux, d’animations grotesques et de chaleur humaine.

Le temps est magnifique, la Manche est clémente, et un énorme véhicule amphibie de l'armée sillonne la plage avec le président et son chambellan à sa proue. Un joyeux luron rasta croit bon de la jouer façon Tienanmen à quelques centimètres du machin qui doit faire 36 tonnes. Coupez, on la refait. Et oui, aussi bien que les sujets Grolandais sont écrits et répétés pour atteindre la perfection d'un France 3 régional, la couverture du festival par les équipes de l'émission n'échappe pas à de multiples prises. Comme au cinéma quoi.
Tout à coup, je me retrouve à bouffer des moules à la crème en buvant du rosé.
Promenade digestive sur la place du village qui vit l’euphorie, le président mais aussi Jackie Blangier et ses fans aimants amassant les gens tandis que Virginie, la touche féminine du pool de réas Grolandais, se plie à une interview de Michel Royer qui prépare un 90 minutes pour les quinze ans de Groland avec en arrière plan des jeux de quilles, tonneaux, balles en bois, et autres réjouissances.

Puis c'est le concert de Francis (Kuntz) Gazoil et Véro Sans Plomb ou un truc comme ça, dans un chapiteau, avec des chants lyriques enivrants tels que Tart' dans ta gueul' ou A quoi servent les communistes ?, suivi du set des producteurs de porc, avec des reprises des Clash par notre président lui-même, poussant des cris d'animal avec les majeurs bien en évidence. Je sais que le film sur Joe Strummer va suivre ce défouloir des équipes Grolandaises à la gloire du Punk avec un gros P mais pourtant je commets l'impensable :
Ereinté par une courte nuit, le trajet et l'air de la mer, je décide de me rendre dans le cinémobile gonflable voisin, pour y piquer un somme (ndlr : comme une grosse loutre quoi. Punk...).

Là débarque une silhouette fort sympathique avec deux boucles d'oreilles et un micro qui se trouve être Alain Guiraudie, le réalisateur de Voici Venu le Temps projeté dans le cadre du programme Tri-trilogie du festival. Je pense pouvoir dormir profondément devant cette œuvre qu'il dit avoir écrite en trentenaire réjoui et réalisée en quarantenaire dépressif et inquiet, mais je me laisse rapidement emporté par cet univers médiévalo-anachronique de guerriers, de bandits et de notables qui se volent, se kidnappent, s'assassinent et s'aiment le tout dans un décorum pagnolesque punk absurde et cohérent tout en restant discret. Fogo Lompla, guerrier de recherche pragmatique mais tourmenté de désir et de frustration entre l'homme qu'il aime et l'homme qu'il aimerait séduire, nous fait part de ses états d’âmes pécuniaires, sociaux ou amoureux au milieu de personnages plutôt justes et nappés de cynisme dans un film sous exposé et sans musique, cru comme une bite d’amarrage mais jamais dénué de poésie.
Quel dommage que la salle ne fut pas pleine mais c’est aussi le prix de la diversité, n’est ce pas.

Les gens sont sans doute tous au Cinépax dans le proche centre village vers lequel je m’envole alors à tir de jambes pour la projection de 20h45. Mais là tout à coup évidemment j’ai faim et je m’envoie un américano mexicain en matant le début de Quand La Mer Monte de Yolande Moreau, présidente du jury, sur écran géant. Je m’en lèche les doigts et promet de le voir une prochaine fois, attiré à cet instant par les fauteuils molletonnés du Pax et le film de Samuel Benchetrit J’ai Toujours Rêvé d’Etre un Gangster, dans les salles le 16 janvier 2008.
J’arrive bien sûr en retard et dois m’asseoir tout en haut de l’escalier mais qu’à cela ne tienne. Sur l’écran, deux pauvres gars jouent aux cartes avec la gamine suicidaire qu’ils ont kidnappée, puis Bashung et Arno se rencontrent par hasard devant les pissotières d’un resto route avant que Jean Rochefort ne se la joue ancien gangster avec d’autres grosses pointures et un œil attendri pour ce brave Edouard Baer aux prises avec Anna Mougladis. Bref un bon film avec du très beau monde et un système de sketchs entrechoqués qui pourra rappeler Pulp Fiction, le tout dans une ambiance léchée qui fait pas dormir, bordel vivement la sortie que je vois le début.
Affiche Happy Face

Mais la soirée n’est pas finie et je me rends de nouveau vers le chapiteau et ses bancs en bois pour la performance d’actrice de l’année avec Anna Faris dans le film de Gregg Araki Smiley Face. Je ne sais bien sûr rien de tout ça quand je m’assois où je peux sur un côté de l’écran. Tout ce que je vois c’est une nana sur-bonne qui est défoncée pendant une heure et demi avec un synopsis qui tient sur un marrocco, d’ailleurs je viens de vous le dévoiler désolé pour le spoiler. Alors heureusement c’est pêchu, vachement bien réalisé et l’actrice est super craquante parce que pour ce qui est de la note d’intention, tout est dans le titre et l’affiche. En effet, comme le précise si bien nicco quand nous devisons de temps à autre au coin du feu avec une bonne pipe et un russe blanc quinze ans d’âge : "LOL !".

Dernier détour sur la place pour la fin du docu sur la Motown proposé par Moustic, dont la radio I Have A Dream inonde de ses ondes la bise marine pudibonde, et que vous pouvez d’ailleurs écouter sur le site de Canal (slurp slurp). Puis nombreux allers-retours entre Quend et le barrage de gendarmerie pour trouver le camping dans un brouillard intense que Carpentinou n’aurait pas boudé.

Le lendemain on se lève tôt pour la séance du matin car le cinéma n’attend pas, mais tout à coup c’est le drame. On tombe sur l’immense bouse de Christophe Alévêque. Proprement hallucinant. Le Fleuve Sans Fin que ça s’appelle. Tof et son poto sont les seuls survivants miniaturisés d’un vaisseau mandrin scientifique crashé dans un vagin. Ecoutez, je sais même pas quoi dire tellement c’est mauvais, faut préparer une thèse en mauvais goût pour sortir un truc pareil c'est pas possible autrement. Filmé en HI8, les décors c’est du drap, absolument tout est moche, enfin quoi y a même de la 3D de 93 et des voix pitchées ! Je sais même pas comment on a pu tenir dix minutes, mais c’est ça aussi la diversité.

Heureusement les films super 8 d’Alain Biet accompagnés de la ciné-fanfare de la casserole m’ont bien fait marrer en première partie. Plutôt bien foutu aussi le court-métrage Métal Brutal de la paire de fluides glaciaux Stan & Vince avec pour le coup une ambiance très BD quoi, sans déc'.

Mais la dernière belle et grosse claque est encore à venir. Je fais l’impasse sur la cérémonie de clôture et Jackie Beroyer qui fait l’con et me précipite vers THEMROC, un OVNI de 1973 avec Michel Piccoli. Ecrit et réalisé par Claude Faraldo avec tous les gars du café de la gare, des grognements et du baragouin comme seuls dialogues, un monde ouvrier aliéné dans un paris de ferraille et de béton, bref un manifeste anti-formatage qui défouraille comme un animal la vraie nature de ta race dans ta face. Voilà.

Rendez-vous compte que moi pauvre béotien, serais peut être passé à côté de tout ça si y’avait pas eu Quend. Et je ne vous ai même pas parlé du flot continu de courts-métrages ultra zarbis du Gromadaire dans les sous-sols du Pax, de la bière, des projections spéciales jeune public, et du festival off short où n'importe qui pouvait venir projeter ses films sur sa caravane ou un bout de tente.

Alors je ne suis pas payé pour faire de la pub et je n’ai vu qu’une petite portion des films,  mais je ne saurai m’empêcher en conclusion de vous enjoindre à vous oindre l'oignon de bonne volonté l’année prochaine pour vous déplacer jusque là-bas parce que franchement et ben Quend c’est bien.         

Smiley face.

PS : Si vous voulez la version officielle, nimbée d’images chatoyantes et d’humour sympathique je ne saurai trop vous enjoindre à regarder l’émission du samedi 29 septembre et notamment l’édifiante leçon de Toto Caca.


*(contrairement à cet article, qui parlera surtout de moule)




   

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