Edito

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Walkyrie Suggérer par mail
Critique par ZUG le 18 février 2009

Val qui pleure

Affiche Walkyrie
Pas de mail de lectrices amoureuses de Tom Cruise pour nous réclamer un point de vue sur son dernier film en date ? Qu'à cela ne tienne, vous aurez droit à sa critique quand même ! On est comme ça à L'ouvreuse, des vrais rebelles...

Bryan Singer, après avoir flingué deux franchises en un seul film (le choix de rater Superman Returns provoqua l'arrivée de Brett Ratner sur X-Men 3 !), délaisse les super-héros pour le film "basé sur des faits réels" et revenir sur des évènements peu connus de la seconde guerre mondiale, la tentative d'assassinat de Hitler par des officiers allemands renégats. Du moins celle qui fut bien près d'aboutir car depuis son accession au pouvoir en 1933, le dictateur fut l'objet d'une quinzaine de complots attentant à sa vie. Preuve que pour durer dans ce métier, il faut avoir le cul bordé de nouilles ! Or donc, le film retrace la mise en place et l'application de l'opération Walkyrie qui ne consistait pas à donner l'assaut sur Berlin avec des hélicoptères sur fond d'opéra de Wagner mais qui prévoyait de retourner le plan de sauvegarde du régime en mobilisant l'armée de réserve pour neutraliser les S.S et prendre le contrôle de tous les points stratégiques. Ce que l'on appelle un coup d'état. Cette opération eu lieu le 20 juillet 1944 et il n'échappera à personne qu'elle échoua puisque Hitler se suicida dans son bunker quelques 9 mois après. Et plutôt que de se contenter d'une reconstitution historique, Singer choisit de nous faire vivre cette épopée par l'intermédiaire du colonel Stauffenberg (Tom Cruise), héros de guerre mutilé et bien décidé à tuer un homme adepte de la solution finale pour le peuple juif et qui pervertit les rêves de grandeur d'une Allemagne revancharde après l'humiliant traité de Versailles. Malheureusement, les motivations réelles et diverses de cet aristocrate et des autres membres de la conjuration seront peu évoquées et pas du tout développées par Singer qui use d'une réalisation factuelle très illustrative. Opportunisme, rédemption, par conviction ou par ambition de marquer l'histoire, autant de raisons qui resteront reléguées dans l'ombre alors que leur développement aurait pu donner un éclairage politique au métrage et donner de l'épaisseur aux personnages. Au lieu de ça, on se contentera d'une heure d'échanges verbaux, d'une humanisation accrue et artificielle du "héros" (la femme et les enfants n'ont pas d'autres fonctions dans l'intrigue) et de l'exposition du plan. Singer depuis ses débuts est fasciné par la figure du mal absolue (Keiser Söze) qu'il rapproche du nazisme (Un Elève Doué, l'intro de X-Men). Mais il ne s'y confronte jamais entièrement, gardant toujours ses distances. Il en va de même avec Walkyrie où il se restreint à une intrigue à suspense. C'est dommage car cela lui aurait permis d'aborder cette histoire à la manière de Fritz Lang et sa Chasse à l'Homme. Mais c'est sans doute trop demander à ce faiseur plutôt doué qui ne sera jamais vraiment un auteur.

Walkyrie
Bon, alors si tout le monde a son accréditation, on peut y aller !

Production hollywoodienne oblige, les personnages parlent tous un anglais parfait. Une situation que le réalisateur tente de contourner à la manière de McTiernan dans A la Poursuite d'Octobre Rouge ou Le Treizième Guerrier en débutant son film par un monologue de Stauffenberg en allemand auquel se superpose rapidement avant de s'y substituer l'américain de Cruise. Une tentative maladroite car intervenant beaucoup trop tôt et rendant le subterfuge grossier. Mais au moins on évite les insupportables accents russes des Insurgés de Zwick (ah, les "r" roulés et très prononcés...).
Bizarrement, Singer rend très peu compte de l'infirmité de Stauffenberg. Mis à part son bandeau sur l'oeil gauche, très cinégénique, Cruise sera cadré de façon à masquer le membre manquant. Sans doute pour appuyer la scène saisissante où un général somme Stauffenberg de faire le salut hitlérien et laissant apparaître le moignon que constitue sa main droite lorsqu'il s'exécute.
Si la première partie s'avère assez ennuyeuse, heureusement il n'en est pas de même de la suite qui s'articule autour de la pose de la bombe, pour un suspense plutôt limité d'ailleurs puisque l'issue est connue. Mais c'est justement dans cette deuxième partie qu'il retrouve sa maîtrise narrative en parvenant à générer une certaine tension. Et c'est là la réussite du film, parvenir à nous faire espérer de la réussite de l'opération, en assujettissant le récit aux actions de cet officier allemand. Singer navigue ainsi à la limité de l'uchronie, du "Et si Hitler avait été finalement tué à ce moment là". Mieux, il renforce l'attention du spectateur en nous montrant certains des conspirateurs hésiter mais surtout en développant les conséquences de l'attentat et cette volonté de prendre le pouvoir coûte que coûte et ce malgré l'incertitude de la mort du führer.

Film à moitié réussi ou à demi raté selon votre humeur, Walkyrie est un bel hommage à des résistants singuliers mais ne s'appuie que trop peu sur son contexte historique et surtout politique. La mention "basée sur des faits réels" valant comme justification ultime. Il est surtout regrettable que le film ait plus fait parler de lui pour la polémique créée par l'appartenance de Cruise à l'église de scientologie.

5/10
Valkyrie
Réalisateur : Bryan Singer
Scénario : Christopher McQuarrie & Nathan Alexander
Production : Gilbert Adler, Nathan Alexander, Chris Brock, Tom Cruise…
Photo : Newton Thomas Sigel
Montage : John Ottman
Bande originale : John Ottman
Origine : Etats-Unis/Allemagne
Durée : 2h01
Sortie française : 28 janvier 2009
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 1 Posté par Ddx le 18 février 2009 à 12:28 | website

Gros regret en effet sur le décryptage des motivations de Staufenberg, qui n'était pas un enfant de coeur chantre de la paix entre les peuples. 
 
J'apprécie beaucoup cette photo du grand "coming out" général des comploteurs clamant au grand jour leur différence au risque de passer sous le couteau des obscurantistes. 
 
Est-ce moi, ou est-ce que le thème de l'homosexualité, récurent chez Singer (avec X-men II en coït du genre), est bien une fois de plus surligné au stabylo dans ce film ?
 2 Posté par Looping le 18 février 2009 à 20:30

A mon avis, l’une des principales faiblesses du film tient sur le fait que l’intrigue ne repose que sur un seul vecteur (l’attentat), dont le dénouement est connu de tous, ce qui rend le film a certain moment un poil trop naïf (genre : mais si vous allez voir on va y arriver…ah bon, c’est possible tient). 
 
Et pour le coup, la thématique homo ma moin sautée aux yeux que dans le seigneur des anneaux, :-)
 3 Posté par zug le 18 février 2009 à 23:14

Hum, une thématique homo dans les films de Singer ? Non, je ne crois pas non. 
Ou alors c'est super bien crypté et j'ai rien capté.
 4 Posté par Riddick le 19 février 2009 à 13:14

Moi ce que je reprocherai au film, c'est son coté patriotique (zero ambiguité) dans le sens où l'intrigue se passerai au state ça serai pareil. Par contre j'ai quand meme trouvé ça efficace, jme suis jamais fais chié et quand bien meme on connait la fin comme le dis ZUG Singer réussi à nous faire espérer
 5 Posté par Janto le 20 février 2009 à 21:42

Je suis bien d'accord avec la critique, le film est décevant mais pas à proprement parler raté. 
Le suspense marche un peu, mais c'est toujours vachement limité, on se demande juste "bon ok, quand est-ce qu'il va foirer leur plan génial ?". 
 
J'ai trouvé le film globalement mou et ennuyeux jusqu'au déclenchement du plan, effectivement relativement prenant. 
 
Un autre truc qui m'a gêné : le film est vachement simpliste et mignon dans sa manière de voir ses protagonistes, le perso de Cruise est immédiatement un "homme valeureux dégoûté par les actions nazies qui n'a pas peur de dire ce qu'il pense" (voir la réplique bien naze au début "what I said was much worse"), ça lui donne un côté "regardez comment je suis trop valeureux" et m'a empêché de m'identifier à lui (jusqu'à la bombe). 
 
La reconstitution est impressionnante, la photo très jolie, la réalisation quelconque (déception à ce niveau), la musique correcte, et ducoup ouais le film est juste moyen. Dommage.
 6 Posté par Vaecordia le 22 février 2009 à 01:07

Bon divertissement, voilà tout. 
 
Mais quand même, je dois bien avouer que justement, j'aime une chose qui est très appuyé dans le film, c'est le vut de Stauffenberg : l'Allemagne. C'est pas du patriotisme à la US... c'est plus du patriotisme des Lumières Allemands qui voulaient créer une nation allemande unie, un Etat. Je vais pas ressortir mes cours de Hegel sur le sujet parce que je ne m'en souviens plus du tout... mais ce serait à développer...
 7 Posté par Zug le 22 février 2009 à 20:59

"c'est plus du patriotisme des Lumières Allemands qui voulaient créer une nation allemande unie" 
 
"mais ce serait à développer..." 
 
oui et on fera passer le message à Bryan ! ;)
 8 Posté par Vaecordia le 23 février 2009 à 16:10

Ok, je m'écrase :roll
 9 Posté par Zug le 23 février 2009 à 20:56

"Ok, je m'écrase" 
 
Ben faut pas. Ta remarque est fondée, et comme tu le dis si bien cet aspect là aurait dû être plus développé.
 10 Posté par Vaecordia le 25 février 2009 à 19:11

Pour développer cet aspect il me faudrait me plonger dans mes cours de philo, et sur le coup ça donne pas envie =D 
 
Mais ce serait un petit peu poussé par les cheveux en tout cas. Car je vois mal le réal' du film travailler exprès cette dimension dans son film, il l'a peut-être esquissé par accident ou volontairement mais ce n'est qu'une esquisse. 
 
Enfin bon, toute ce "patriotisme" pour l'état allemand est totalement remis en cause par le IIIe Reich et par la centralisation du pouvoir (Berlin)... les allemands se rendent compte qu'ils font fausse route (je sais plus quel philosophe se suicide en voyant ce qu'est devenu leur bel état), et là réapparaissent ces personnages comme Stauffenberg pour justement prôner l'amour pour l'état allemand sans aller dans des considérations expansionnistes ou nationalistes comme Hitler et la compagnie.

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