The Box

Buzzer avec la mort

Affiche The Box
Au détour d’une brève séquence de The Box, le cinéaste Richard Kelly ne peut s’empêcher de convoquer le souvenir d’un des meilleurs moment de Southland Tales, quand la Rebecca Del Rio de Mullolland Drive venait entonner l’hymne national américain.
Alors que la mélodie de The Star Spangled Banner retentit sur un écran de télévision, nous assistons à des images d’archives des Twin Towers, véritable symbole d’une Amérique autrefois triomphante mais désormais au bord de l’explosion. En un seul plan de quelques secondes, Kelly raccroche son dernier long-métrages à ses précédents travaux et donne à mesurer toute l’ambition de ses intentions. Sous ses apparats d’œuvre de commandes formatée, The Box s’impose comme une réflexion sans concession sur l’Amérique.

Basé sur une très courte nouvelle, Le Jeu Du Bouton, qui avait elle même donné naissance à un épisode de La Cinquième Dimension, le scénario de The Box reprend à son compte le génial postulat de départ établi par Richard Matheson : un couple reçoit la visite d’un étrange inconnu qui leur propose une boîte énigmatique contenant un simple bouton. S’ils appuient dessus, ils recevront une somme conséquente d’argent. Mais en contrepartie, quelqu’un dans le monde mourra. Si le suspens est captivant sur quelques pages ou sur une poignée de minutes, difficile de tenir la distance d’un long-métrage. Aussi, Kelly prend vite le parti de s’écarter de la nouvelle en mettant de côté sa conclusion glaçante (connaît-on vraiment nos proches ?), ainsi que celle retenue dans La Cinquième Dimension (cercle sans fin, punition). S’il leur fait bien quelques clins d’œil, c’est uniquement pour brouiller les pistes et virer vers le pur récit de science-fiction. Vouloir expliquer l’origine de la boîte ou développer le personnage du mystérieux Mr Stewart a pourtant tout du choix casse-gueule par excellence : à quoi bon expliquer l’inexplicable, si ce n’est pour risquer d’annihiler toute l’aura inquiétante qui hantait l’histoire de Matheson ?

Cet écueil, l’auteur de Donnie Darko l’évite en imprimant une touche très X-Files, à grand coup de théorie du complot et de révélations fantastiques qui n’en sont jamais vraiment. Mieux : il plie ses références et ses influences (la série V, une séquence téléphonique en hommage au Lost Highway de David Lycnh, des humains/zombis sortis tout droit du Prince des Ténèbres de Carpenter) pour mieux les ajuster à ses propres thématiques, principalement son obsession pour une Amérique constamment au bord de l’Apocalypse.


The Box
Ça a vieillit, Starsky & Hutch.

En situant son récit dans les années 70 à Langley en Virginie, berceau de CIA, de la NASA et cité-dortoir de Washington, Kelly nous ramène véritablement dans le berceau des grandes paranoïas américaines qui en ont formé une partie de sa mythologie. Derrière le couple parfait symbole du rêve américain (incarné, comme toujours chez Kelly, par des icônes pop afin de mieux les démolir) se cache des blessures cachées, en l’occurrence un pied mutilé et des finances limitées. Derrière les grandes institutions du pays semble opérer un architecte mystérieux venu tester le cœur des Hommes. Faire du héros masculin du récit un employé de la NASA (en hommage au propre père de Kelly) permet ainsi de lier la quête de l’espace au fameux jeu du bouton. L’exploration de l’univers, l’évocation de la planète Mars ou encore les sondes Viking à la recherche de vie extra-terrestres insistent, comme le soulignera un discours télévisée lors d’un passage dans le motel Galaxy, sur la grandeur de l’Homme cherchant à s’élever, à percer les secrets de l’univers. Mais l’Homme, en contemplation devant sa grandeur, mérite-t-il de connaître les secrets de l’univers ?

Il ne faut pas longtemps à Kelly pour nous amener sur les sentiers de la boîte de Pandore et de la Eve pécheresse cédant au serpent tentateur dont on serait bien incapable de dire s’il est un envoyé de Dieu ou du Diable. Tout juste apprendra-t-on que l’inquiétant Mr Stewart a été touché par "ceux qui contrôlent la foudre" au moment des transmissions des sondes Viking (on relèvera également qu’il se déplace dans une voiture Electre). Le plus important est que ces êtres supérieurs sont là pour tester l’Humanité, dans un jeu sadique "au sens de l’humour très particulier".


Une fois le bouton appuyé (et il ne faut pas attendre bien longtemps pour que cela se produise), le récit de The Box se change en douloureux chemin de croix, sans grand espoir de rédemption. Si une femme bien sous tout rapport, attachante et remplie d’amour est capable, après un léger conditionnement, d’accepter un million de dollars contre la mort d’un inconnu, comment peut-elle racheter son comportement individualiste ? Peut-on accepter la mort de quelqu’un si cette mort permet de payer une opération chirurgicale ou de parer à un problème de revenus financiers ? L’argent ne devient plus qu’un simple prétexte au confort. La boîte du titre devient la boîte dans la laquelle on vit (la maison, le corps), la boîte que l’on regarde (la télévision) ou la boîte dans laquelle on va finir. Une fois qu’on a cédé à la tentation, quand bien même la curiosité ou la lâcheté nous y a poussé, il n’y a plus de retour en arrière possible. No exit, comme on pourra le lire à trois reprises à l’écran (sur le tableau de classe, à l’entrée de la représentation théâtrale et sur le pare-brise de la voiture de luxe. "No Exit" non pas pour "Sans issue" mais pour Huis Clos, titre français du drame de Jean-Paul Sartre au cœur d’au moins deux séquences de The Box. A travers sa célèbre citation "l’Enfer, c’est les autres", le philosophe français évoquait l’importance du rapport à autrui qui, s’il est vicié, nous renvoie un miroir détestable de ce que nous sommes, nous propulse forcément dans un Enfer. "Parce que les autres sont au fond ce qu'il y a de plus important en nous-mêmes pour notre propre connaissance de nous-mêmes". On ne s’étonnera donc pas que la question du miroir soit posée à un moment précis du film, tout comme on comprendra qu’en appuyant sur le bouton, ce n’est pas tant un inconnu qui mourra que nous-même.


The Box
Marsden négocie dur pour toucher le bouton rouge de sa femme.

"J'ai voulu montrer par l'absurde, l'importance chez nous de la liberté, c'est à dire l'importance de changer les actes par d'autres actes. Quel que soit le cercle d'enfer dans lequel nous vivons, je pense que nous sommes libres de le briser."

Nul doute que Richard Kelly a fait sienne cette citation de Jean-Paul Sartre au moment d’aborder le dernier acte cruel de son long-métrage. Un dernier acte qui boucle définitivement sa trilogie de l’Apocalypse. Si The Box prend place dans les années 70, il annonce d’autres tests à venir à travers une carte du globe évoluant comme un tableau d’aéroport. S’agirait-il des fameuses réalités alternatives de Donnie Darko (années 80) préfigurant d’arrivée du Nouveau Messie de Southland Tales (années 2000) ? Une grille de lecture qui nous inviterait à revoir les trois premiers films du réalisateur en boucle, en attendant de le voir voguer vers de nouveaux horizons cinématographiques.

8/10
THE BOX
Réalisateur : Richard Kelly
Scénario : Richard Kelly d'après une nouvelle de Richard Matheson

Production : Richard Kelly, Dan Lin, Kelly McKittrick
Photo : Steven Poster
Montage : Sam Bauer
Bande originale : Win Butler, Régine Chassagne & Owen Pallett
Origine : USA

Durée : 1H53
Sortie française : 4 novembre 2009


     

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