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Tetro Suggérer par mail
Critique par nicco le 5 février 2010

Mais pas assez

Affiche Tetro
Bennie, blanc bec en blanc uniforme de matelot débarque en Argentine chez Tetro (Vincent Gallo), un frère qu'il n'a plus vu depuis trop d'années. Au contact de cet artiste maudit, Bennie va découvrir deux excentriques familles : la sienne et celle des arts.

Celle des arts, tout d'abord, en volant et décodant le manuscrit précieux de son aîné rendu à moitié fou par une surdose en génie et en perfectionnisme. Deux tares qui lui ont valu d'être renié par ses premiers soutiens, notamment son ancienne professeur la critique Alone (Carmen Maura, aussi tête à claque que chez Almodovar).
La sienne ensuite, famille d'artistes mentalement percluse par l'aura vampirisante d'un père chef d'orchestre superstar, traumatisée par un accident de voiture, hantée par des trahisons en tout genre, incapable de se satisfaire de sa gloire sans s'auto-détruire
.

Pour son dernier effort, Coppola tisse une trame à base de mélo telenovelas tout en revisitant des thématiques qui lui tiennent à cœur, tels que la famille et les gestions douloureuses des égos surdimensionnés (on pense au
Parrain 3 et au fils attiré par l'opéra au grand dam de son padre), et ce à travers le prisme d'un frère aîné adulé, rappelant à bien des égards Rusty James dont Tetro reprend pour la peine quelques procédés visuels. Mélo, trauma et histoires de coucheries familiales : rassurons-nous, cette fois médias et spectateurs avertis ont décidé que ce n'était pas suffisant pour dégainer du "scénario convenu" par paquet de douze. Dans un élan de stoïcisme tout à fait remarquable face au buzz médiatique, la sphère cinéma a même déclaré d'un commun accord que Tetro marquait le retour de Francis Ford Coppola. Pour suivre le slogan du moment avec plus de commodité, il fallait soit décider que L'Homme Sans Âge relevait d'un intérêt limité, soit tout bonnement ne pas l'évoquer : "On a retrouvé Coppola. Coppola est de retour" nous explique d'ailleurs François Forestier du Nouvel Obs sans citer une seule fois le métrage de 2007.

Tetro

Clairement moins ambitieux dans le fond que son prédécesseur,
Tetro se veut avant tout une introspection vaguement autobiographique, donc plus à même de titiller la corde sensible du spectateur. Sur ce plan intervient également le décorum latin et bohème des théatreux, bien plus proche des centres d'intérêts du public MK2 qu'un professeur roumain étudiant le protolangage.

Malgré ses enjeux dramatiques assez communs sur la quête d'identité et la nécessité de "tuer le père",
Tetro se révèle frustrant tant Coppola parvient aisément à dépasser ce postulat par une mise en image d'une classieuse austérité sans atteindre les attentes promises lors des deux premiers tiers. On sent ici clairement les bénéfices de l'expérience du tournage à la HD de L'Homme Sans Âge, le cinéaste livre avec la F900 de Sony un noir et blanc fastueux pour des moyens très raisonnables, lissant l'univers rugueux de Bueno Aires et l'agençant tel un décor de théâtre (voir la découverte du quartier par Bennie, le passage par la porte). Car dans Tetro, on paraît ce qu'on n'est pas : Bennie n'est point marin mais barman à bord d'un bateau de croisière. La star des critiques, caricature grotesque, se fait appelée Alone mais a toute une cour à sa botte. Tetro apparaît avec la jambe plâtrée, mais c'est psychologiquement qu'il est handicapé par ses aïeux. D'ailleurs, lui dont le nom veut dire "sombre" dans la langue de Pirandello fait l'éclairagiste pour vivre, se chargeant de mettre en lumière le travail des autres tandis que le sien, écrit en langage codé, pourrit au fond d'une malle. Une ironie qui le ronge littéralement (le film s'ouvre sur Tetro observant un insecte prisonnier d'une ampoule incandescente), et servira de combustible au sentiment de trahison qui l'étreindra lorsque son cadet exhumera son chef-d'œuvre que personne n'a jamais lu (Coppola montre son ombre hurler "Comment as-tu pu me faire ça ?").
Filiation oblige, c'est la jambe plâtrée, tel que nous avions découvert Tetro, que Bennie pourra décoder le manuscrit, Coppola lui ayant fait subir le même trauma déclencheur (accident de voiture). Connaissance codée et don physique de soi pour la percer : on en revient à
L'Homme Sans Âge dites donc, ce film sans intérêt qui n'existe pas, comme planqué dans une malle.
6/10
TETRO
Réalisateur : Francis Ford Coppola
Scénario : Francis Ford Coppola
Production : Francis Ford Coppola, Anahid Nazarian, Fred Roos…
Photo : Mihai Malamaire Jr.
Montage : Walter Murch
Bande originale : Osvaldo Golijov
Origine : USA / Argentine / Espagne
Durée : 2H07
Sortie française : 23 décembre 2009
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 1 Posté par pau le 08 février 2010 à 22:25

J'ai adoré Tetro malgré quelques faiblesses, et j'avoue volontiers avoir sombré dans les bras de Morphée à la moitié de l'Homme sans âge. 
Alors que les critiques le passent sous silence, c'est débile, certes. D'autant plus que c'est le même chef op (génial) qui est à l'oeuvre. Cela dit j' ai été beaucoup plus convaincue par Tetro, oeuvre inaboutie et manquant de rythme, mais pas de puissance, que par l'HSA. 
Ce film m'avait semblé bavard, lourdingue, et surtout fourre-tout et illisible. Il faudrait peut-être que je le revoie, mais ma conviction demeure : Coppola est plus à l'aise dans les drames intimistes familiaux que sur les tenants et aboutissants du protolangage. Mes centres d'intérêt sont peut-être trop germanopratins, qui sait...
 2 Posté par PhilGood le 20 février 2010 à 18:40 | website

Je n'ai pas vu l'Homme Sans Age, mais ta critique semble destiné uniquement à prouver que c'est un bien meilleur film que Tetro, ce que je trouve relativement stérile. 
Personnellement, j'ai adoré Tetro sous tous ses plans. Le scénario familial est assez bien cousu pour que la trame défile et qu'on ne s'attende pas à l'avance à tous les rebonds, l'esthétique est grandiose, avec ce traitement du noir et blanc certes idéalisé mais au final très authentique, l'inversion permanente de ce film, que ce soit dans les couleurs, la temporalité ou les rapports humains donne un caractère dramatique à l'œuvre que j'ai trop rarement vu atteint, le jeu est quasi parfait, et l'onirisme est présent à tous les niveaux (et là je pense à cette splendide scène d'opéra où la mer monte progressivement aux pieds des personnages). 
Pour finir sur les formes que tu donnes à ton article, je n'ai pas constaté du tout une unanimité dans la sphère cinématographique, et les avis des critiques sont très partagés. De même, de « l'excentricité » de la famille de Tétro... A part des démons planqués dans les placard et une souffrance permanente découlant du rapport de force destructeurs de ses membres, j'ai trouvé peu d'excentricité dans cette famille. 
Un 6/10 me paraît très largement sous estimer ce film de ce que je considère d'ores et déjà comme un chef d'oeuvre.

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