Sunshine

Little missed Sunshine

Affiche Sunshine

Depuis le désastre de La Plage, il semblerait que Danny Boyle ait compris que courir après le très désiré statut "d'auteur culte de toute une génération" est aussi vain qu'étouffant, et se permet ainsi de se lâcher dans des genres que la hype réprouve. Après le zombiesque 28 Jours Plus Tard (dont la suite 28 Semaines Plus Tard sort le 19 septembre prochain), Boyle nous présente son trip de hard SF Sunshine, qui, comme le sujet pouvait le supposer, revisite le mythe d'Icare (les vaisseaux se nomment Icarus I et Icarus II, au cas où...).

A l'instar du vol et de la chute du fils de Dédale, le voyage de ces huit astronautes fonçant vers l'astre solaire afin de sauver l'humanité est une invitation à la réflexion métaphysique, questionnant la place de l'Homme dans l'univers, les limites que son savoir peut lui permettre d'affranchir et s'il est nécessaire de défier sa condition fondamentale pour se libérer de son labyrinthe physique ou spirituel.
Si, après l'Illumination frontale avec le Dieu Soleil, certains personnages tombent irrémédiablement en extase et penseront qu'il ne faut en aucun cas aller contre Sa volonté, mettant tout en oeuvre pour faire échouer la mission, c'est le physicien de l'équipage, donc le plus logique (lors du premier pivot scénaristique il est forcé par le commandant de prendre une décision raisonnée et cohérente en dépit des désirs de vote de ses camarades), qui ira au bout de son accomplissement personnel. Tandis que le dévot fanatique prend les traits de Freddy Krueger lorsque le film, jusque là conte métaphysique et sensitif, bascule dans le slasher spatial. Ce traitement malvenu n'arrive heureusement pas à enlever à Sunshine sa puissance mystique et sensorielle.

Sunshine
 

Sensoriel en effet car Boyle se sert de ce sujet pour questionner également (surtout ?) le rapport de l'Homme à la lumière, donc à l'image : aux astronautes déprimés on prescrit des séances d'images vidéo, le spécialiste en communication écoute l'espace en plongeant sa tête dans un faisceau de lumière, le psy devient tellement accroc à l'observation du Soleil que son visage brûle à petit feu. Les vivants ne peuvent se passer de lumière, les morts pris par le souffle de l'étoile solaire s'expriment par le biais de photogrammes subliminaux ; les déments sont flous, les raisonnés sont figés. Ce n'est d'ailleurs pas un hasard si le héros porte le nom d'un photographe célèbre, Robert Capa. L'auteur de la fameuse phrase "Si votre photo n'est pas assez bonne, c'est que vous n'êtes pas assez près" est ici semblable à Boyle, car en voyageant vers le Soleil, c'est évidemment des hommes que l'auteur de Transpotting veut se rapprocher, saisir leurs doutes, leurs angoisses, leurs convictions. C'est par l'image qu'il tente de nous les transmettre, les personnages faisant face à des choix sont ainsi souvent accolés à un bord du cadre, le vide, ou la lumière, emplissant le reste de l'image. Et ceux coincés dans des conflits intérieurs ou avec autrui voient le champ de la caméra obstrué, les entourant d'ombres, de noir. Pour illustrer la béatitude et les tourments qui habitent les protagonistes, Danny Boyle met en oeuvre un ballet visuel époustouflant, à base de musiques saturées, de cadrages désorientés et obliques, de lumières chaudes, vives, s'apparentant souvent à un liquide en fusion dévorant l'écran.
La coutume veut que lorsqu'il s'agit de SF spatiale et philosophique, Kubrick (2001) et Tarkovsky (Solaris) reviennent invariablement, alors que Sunshine semble plus emprunter à The Abyss. Le chef d'oeuvre de James Cameron, qui illustrait lui aussi un mythe grecque (Orphée revenant des Enfers), est en quelque sorte le négatif du film de Boyle : Bud Brigman, au terme d'une chute sans fin vers le fond des océans, devait désamorcer une bombe pour sauver l'Humanité, se sacrifiant mais trouvant le salut final devant un mur fait d'eau. Capa, lui, chute vers le ciel, le Soleil, pour armer une bombe et s'accomplir devant un mur de feu. Chez Cameron la technologie humaine était potentiellement meurtrière, chez Boyle elle est salvatrice, mais dans les deux fictions l'Humanité doit son salut à un homme tout ce qu'il y a de plus pragmatique mais avant tout désireux de se dépasser pour découvrir l'inconnu et permettre à l'humanité de vivre une nouvelle ére (les deux films rejoignent ainsi 2001).
Si l'on met de côté les maigres défauts du métrage, tel que le traitement Freddyenne et trop concrète du dévot (vraiment dommage), des péripéties copiées ailleurs (le passage du sas complètement pompé sur le Event Horizon de Thomas Anderson) et l'inutile best of du générique final, Sunshine est, avec Primer, ce qui est arrivé de mieux à la SF ces dernières années.

7/10
SUNSHINE 
Réalisateur : Danny Boyle
Scénario : Alex Garland
Production : Bernard Bellew et Andrew Macdonald
Photo : Alwin H. Kuchler
Montage : Chris Gill
Bande originale : John Murphy & Underworld
Origine : GB
Durée : 1h48
Sortie française : 11 avril 2007




   

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