Source Code

Le temps hésitant

Affiche Source Code

Autant le dire tout de suite, la bande annonce ne présageait rien de bon. Un peu comme une sorte de véhicule calibré, pour un Jake Gilenhall se la jouant Denzel Washington. Mais on aurait du se méfier car derrière la camera se cache l’auteur de l’excellent Moon.


Un premier long qui posait des thématiques passionnantes par questionnements identitaires sous la forme d’un petit film de SF. Et la démarche sera la même pour ce Source Code, sorte de croisement improbable entre Code Quantum et Un Jour Sans Fin auquel Duncan Jones et son scénariste se référencient pour constamment jouer avec nos attentes, pour mieux les dynamiter.

Règle n° 1 : Bien raconter son histoire
En contant comment un ancien soldat d’Afghanistan se retrouve plonger dans l’esprit d’un voyageur ayant périt dans l’explosion d’un train, le scénario pose d’emblée ses prémisses : retrouver la bombe puis le terroriste. Mais grâce à une gestion impeccable de ses  enjeux, le script arrive à nous donner les différentes informations au compte-goutte. Nous n’avons jamais un temps d’avance sur les personnages et leurs réactions restent difficiles à anticiper. La première scène illustre parfaitement la mécanique huilée du script : à l’image du héros, nous ne savons strictement rien de ce qui se passe, et le nombre de questions s’accumulant dans notre esprit correspondent à celles que se pose le héros : où suis-je ?, qui est cette femme assise en face de moi ?
Ce questionnement continuera lorsque ce dernier reviendra à la réalité pour se retrouver dans une sorte de capsule. Jones et son scénariste s’amusent à nous troubler, à nous déstabiliser (quid du récurrent changement de taille de la capsule ?), pour pouvoir nous surprendre grâce à des twists auxquels on n’aura finalement pas le temps de penser. C’est de ce détournement que découlera l’assimilation d’un concept assez farfelu.

Source Code
 

Règle n° 2 : Respecter la suspension d’incrédulité
Pour intégrer un tel argument de SF,  il faut rendre l’univers crédible sans pour autant partir dans un trop-plein d’explications de façon à ne pas perdre son spectateur en cours de route. Jouer avec cette suspension d’incrédulité passera donc par des personnages fouillés. Deux minutes suffisent à chaque second rôle de Source Code pour prendre une consistance hallucinante, et l’émotion pointera le bout de son nez à chaque fois. L’identification renforce bien évidemment l’implication du spectateur qui adhérera plus facilement à l’argument scientifique. Paradoxalement, ce dernier intéresse peu Duncan Jones qui préfère le reléguer au second plan au profit de la quête identitaire du personnage : huit minutes suffisent-elles pour se forger une nouvelle identité ? Revivre sans arrêt le même instant donne-t-il naissance au bonheur ?
La SF n’est au final que l’illustration des ces préceptes et la façon dont est racontée l’histoire guide le spectateur vers une approche philosophique autant qu’émotionnelle.
Ce gros travail d’écriture est primordial mais ne serait rien sans une mise en scène adéquate.

Règle n° 3 : Prendre son temps
On le savait depuis Moon, Duncan Jones n’aime pas le tape à l’œil. Les adeptes de Tony Scott pourront passer leur chemin car Jones veut prendre son temps, poser sa caméra. Une mise en scène permettant de capter au mieux les regards, les temps d’attente, pour réussir à magnifier ses personnages. Cette façon de faire témoigne d’une énorme profession de foi, le cinéaste aime ses personnages et le prouve au détour de chaque plan. C’est donc de la mise en scène que découle l’émotion et non d’un quelconque recours aux pathos (The Jacket, suivez mon regard). Il ne faudra pas chercher de plan improbable puisque Jones joue dans la simplicité. On pourrait même déclarer que son film réussit là où Nolan avait échoué sur Inception. Source Code bénéficie d’une spontanéité permettant le développement de ses personnages. Finalement, l’émotion ne nait-elle pas que quand elle n’y est pas forcée ?
En deux films Duncan Jones prouve qu’il a définitivement tout compris au principe de cinéma immersif, et fera taire tous ceux qui ne voyaient en lui qu’un prétentieux manipulateur. La marque des plus grands.

8/10
SOURCE CODE
Réalisateur : Duncan Jones
Scénario : Ben Ripley
Production : Philippe Rousselet, Mark Gordon...
Photo : Don Burgess
Montage : Paul Hirsch
Bande originale : Chris Bacon
Origine : USA / France
Durée : 1H33
Sortie française : 20 avril 2011




   

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