Edito

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Critique par nicco le 28 août 2007

Les habitants de l'infini

Affiche Nothing
Quatre ans. Quasiment quatre ans jour pour jour après sa sortie nationale, Nothing arrive enfin chez nous. On ne va pas s'étendre de nouveau sur cette étrange pathologie qui frappe les distributeurs français, forcés de ne jamais sélectionner les meilleurs métrages du continent américain. Mais cette régularité dans l'incompétence laisse stoïque…

Six ans après Cube (dix selon le fuseau horaire hexagonal) et un rapide détour par Hollywood pour remaker le Seconds de Frankenheimer (Cypher), Vincenzo Natali revient au bercail et au film concept pour nous conter l'histoire de deux asociaux libérés dans le néant, ce qui paraît assez cohérent quand on a enfermé auparavant six gens normaux dans une rubik's cage.

Nothing
Boom ! Worldshot !

Dave et Andrew sont deux geeks (ou nerds plutôt, vu que le geek est censé avoir une vie sociale selon la définition noob Web 2.0), totalement inaptes à la vie en société, dépourvus d'un système immunitaire contre la violence et l'absurdité du monde. Absurdité renforcée par des renvois au
Brazil de Gilliam : indications temporelles floues, décors parsemés de câbles et administration débarrassée de toute empathie (l'agent qui veut détruire la maison).
Lassés de subir les agressions extérieures et d'être de naïves victimes, les deux héros, qui désirent seulement qu'on les laisse tranquilles, en viennent à souhaiter être seuls au monde. Et les voilà qui se retrouvent dans le néant.

Nothing

Dès la séquence d'introduction, Dave et Andrew sont présentés sous forme de collages 2D, leur environnement ambiant étant incrusté derrière ou devant eux. Ils n'ont donc jamais vraiment fait partie du monde qui les entoure, et étaient destinés à s'en abstraire. Ce premier parti pris visuel est une amorce pertinente pour ce qui suit, la mise en scène du  "rien". Un rien prétexte à des idées visuelles fabuleuses, à un jeu avec les règles du montage ou à quelques effets de mise en scène bienvenues, comme le split-screen qui se conclue en fusionnant  les points de vues des deux caméras. Mais
Nothing atteint le statut de réel petit bijou lorsque Natali se sert du vide autour de ses personnages pour mettre en images des concepts abstraits telle que la relativité (le plan où Dave court autour de son camarade est juste génial et totalement cinématographique dans le sens premier du terme).

Nothing
Un des nombreux plans de Nothing avec lesquels Natali rend hommage au cinéma de Breillat

Le sujet du film aurait pu, bien évidemment, faire naître quelques réflexions intéressantes, ici seulement évoquées, comme lorsque le réalisateur se moque de ses contemporains qui résument l'existence au matérialisme ("On ne peut pas être mort, on a le câble !" s'écrit Andrew). Natali attendra d'ailleurs que ses protagonistes ne possèdent pratiquement plus rien pour différencier leurs réactions et l'illustrer à l'image, l'un portant un costume noir, et l'autre nu et recouvert de peinture blanche. Dans
Cube, Natali faisait de l'enfermement et l'obligation de côtoyer des étrangers les causes d'un retour à l'individualisme. En plaçant Dave et Andrews dans un espace sans repère ni limite, le cinéaste se coupe tout possibilité d'illustrer son pessimisme autrement qu'en faisant de ses deux héros lâchés dans le néant des gamins insouciants, jusqu'à ce que la faim les tiraille, alors que le monde réel leur imposait une pression constante qu'ils ne comprenaient pas. Ainsi le fond se contente le plus souvent d'être aussi ludique que la forme, notamment avec les analogies aux jeux vidéo (les incrustations du jeu sur Dave, les héros sautent et rebondissent comme Super Mario, ils se passent des besoins physiologiques avec la pensée, ils effacent leur monde telles des données numériques). L'analogie peut se retrouver jusque dans la scène de suppression de souvenirs enfantins douloureux qui ont fait de Dave et Andrew des losers : ils customisent leur psychologie comme on customise l'apparence de son avatar vidéoludique. C'est d'ailleurs suite à cette séquence d'introspection que Dave comprendra le vrai sens du plaisir et Andrew aura enfin confiance en lui, et ils pourront finalement oublier tout tracas matériel.
Pour Natali, l'enfer c'est les autres, c'est évident, mais ce qui est rassurant c'est qu'il clame : "Le paradis, c'est soi-même". Soi-même ou rien.
7/10
Nothing
Réalisateur : Vincenzo Natali
Scénario : Vincenzo Narali, Andrew Miller & David Hewlett
Production : Steven Hoban, Vincenzo Natali, Hanno Huth…
Photo : Derek Rogers
Montage : Michele Conroy
Bande originale : Michael Andrews
Origine : Canada
Durée : 1h30
Sortie française : 29 août 2036 2007

 














 1 Posté par marc le 04 septembre 2007 à 10:17

Merci pour le tuyau. J'ai beaucoup aimé. Les jeux vidéos c'était pas mal. Ca m'a fait pensé à Kassovitz dans Les Rivières Pourpres. Puis la grosse main aussi. Sinon pour Breillat, c'est bien une blague ?
 2 Posté par nicco le 04 septembre 2007 à 10:40

On confirme : Breillat est bien une blague.
 3 Posté par macfly le 04 septembre 2007 à 11:06 | website

Bon moi je vais encore faire chier. J'aime bien l'analogie avec Mario (que je n'aurai pas remarqué tout seul.) Mais alors je trouve que même si la tentative de Natali de saupoudrer son style d'humour est louable, celui-ci est vraiment beaucoup trop lourd et donc pas très drôle (n'est pas Monty Python qui veut). Du coup ça m'a gonflé et j'ai décroché.
 4 Posté par Mero le 05 septembre 2007 à 18:42 | website

Pareil que MacFly. 
Je n'ai pas du tout accroché à l'humour du film ce qui s'est avéré problématique vu qu'il est omniprésent. Voir deux mecs sauter en After Effect tout moche pendant trois plombes, y a rien à faire, j'accorche pas.  
 
J'ai surtout été déçu de voir Natali sous-exploiter à ce point son sujet. Y avait tant de chose à dire à partir de ce point de départ sur l'Huamnité, ses besoins, ses désirs, son existence... Sur un format court, j'aurai probablement été emballé mais là, sur 90 minutes, j'ai surtout vu beaucoup de brassage d'air (les bavardages assomants pour savoir s'il faut où non rentrer dans la maison) et une conclusion hors sujet (l'épilogue post-générique a été le coup de grâce pour moi).  
 
Bref, Natali m'a sacrément déçu, et bien plus que je ne l'avais été par Cypher.
 5 Posté par raphaelB le 10 septembre 2007 à 17:30 | website

Je me range du côté des déçus, dieu sait pourtant que j'avais envie d'aimer ce film.  
 
Un excellent concept de départ ne suffit vraiment pas à faire un bon film. Excatement comme cube, dont le pitch génial n'avait d'égal que l'ennui passé à regarder le film, nothing ne m'a collé au mieux qu'une poussive petite demi molle.  
 
On stagne quand même dans un humour hu hu hu de midinette gnangnan. Les dialogues sont faibles, le jeu des acteurs pénible, et les effets visuels véritablement intéressants (donc celui que tu cites) trop peu nombreux.  
 
J'avoue que ce genre de films à la "dans la peau de john malkovitch" ou de "la science des reves" commmence à m'emmerder sérieusement, malgré les excellentes intentions des réalisateurs et toute l'amitié que je porte hélas à ce cinema qui essaie d'etre orginal.
 6 Posté par nicco le 10 septembre 2007 à 20:50

Oui, je plaide coupable, je conviens que le pitch aurait pu donner un film beaucoup plus excitant, plus métaphysique, plus drôle, plus vertigineux, plus souple, plus blanc, plus éclatant, etc. 
 
Mais bon, quand on peut promouvoir le cinéma canadien autrement qu'en gloussant sur du Denys Arcand, autant ne pas se gêner. 
 
Oui, vous m'avez compris, je m'affûte pour la sortie de L'Âge des Ténèbres
Mmmmm, que ça va être bon.
 7 Posté par Winst le 20 septembre 2007 à 01:34

Spatromal Nothing mais ça aurait pu être beaucoup mieux. Un peu déçu aussi. 
 
(Ciné canadien ? La loi du Cochon, spamal du tout).

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