La Soledad

Pendant ce temps, à Madrid...

Affiche La SoledadRemarquez cet étrange phénomène : la moindre bande fantastique ou de genre voit son scénario décortiqué, analysé, scruté et discuté dans ses moindres intentions par la communauté critique, qui ne pardonne pas de pitch simple ou de scripte limpide aux métrages orientés grand public - il n'y a qu'à voir le récent Speed Racer, modèle de scénario intelligent et efficace raillé pour sa seule appartenance au genre "aventure pour enfant".


A l'inverse, un synopsis basique tenant en huit mots ne sera jamais moqué par cette même communauté pourvu qu'il serve un film non graphique reposant en grande partie sur son... scénario. Un paradoxe de plus...

Tout cela pour en venir à La Soledad, second film de Jaime Rosales et carton critique en Espagne (trois Goyas dont ceux de meilleur réalisateur et meilleur film) qui conte le destin deux mères, l'une jeune (Adela), l'autre âgée (Antonia), destin lié par une des filles de cette dernière, colocataire d'Adela depuis qu'elle a décidé de s'installer à Madrid avec son bébé. Tandis que la famille d'Antonia se fracture autour de la vente d'un appartement, Adela est victime d'un terrible drame (en même temps un drame est rarement autre chose que terrible). 
Ne soyons pas de mauvaise foi : évidemment, le principal intérêt de La Soledad n'est pas son scénario, heureusement pour lui. Mais c'est normal car c'est pour montrer la vraie vie des vrais gens, slogan bien pratique pour excuser l'indigence des situations, d'autant plus singulier qu'un tel postulat narratif n'a jamais empêché de développer des thèmes ambitieux (71 Fragments D'Une Chronologie Du Hasard) ou de transporter son spectateur dans un voyage riche, beau et sensitif (Slacker, le chef-d'oeuvre de Linklater). 

La Soledad
Obligée de sourire à une porte : Littéralement, un grand moment de Solitude


L'intérêt de La Soledad repose sur son procédé scénique : Rosales couple des plans séquences fixes à des split-screens agencés dans l'ordre inverse du découpage de l'espace (le point de vue sur la partie gauche d'une pièce se trouve à la droite de l'écran, et inversement), ce qui a pour effet, outre de rythmer le métrage jusqu'à son dernier quart, de donner une sensation d'espionnage, de voyeurisme, les raccords et mouvements singeant par le biais de ce procédé une régie de contrôle de caméras de sécurité. L'artifice, agréablement agencé, permet dans un premier temps de se sentir proche des personnages. Mais c'est l'effet inverse qui se produit lorsque Rosales utilise cette mise en scène pour des séquences dialoguées : l'une des deux caméras devient le point de vue d'un personnage, son interlocuteur s'adresse donc directement aux spectateurs les yeux dans les yeux, contrastant avec les cadres éloignés et légèrement en contre-plongée adoptés durant les fameux longs plan-séquences. Brisant la distanciation minimale de mise dans une chronique intimiste, Rosales déstabilise et romp rapidement l'empathie envers la troupe de personnages en appuyant trop l'artifice de sa mise en scène. La dramaturgie, très prévisible et d'une "émouvante banalité" comme on dit, ne tient pas la distance, faisant subir une dernière demi-heure d'un film qui ne veut pas finir, gavée de poncifs du genre jusqu'à la succession de plans de toits d'immeubles, annonciatrice du générique sans musique. Originalité d'or 2008.
La mise en scène de Rosales a donc ceci de rédhibitoire qu'elle parvient parfaitement à illustrer le sentiment de solitude des protagonistes, présents dans un même lieu mais isolés à l'image (tiens, l'inverse de Speed Racer) sans jamais se suffire à elle-même, au point où les choix du metteur en scène coupent le lien entre ses personnages et les spectateurs, finissant par imposer une idée du quotidien au lieu de proposer un quotidien.

  
5/10
LA SOLEDAD
Réalisateur : Jaime Rosales
Scénario : Jaime Rosales & Enric Rufas
Production : Jaime Rosales, Ricard Figueras, José Maria Morales
Photo : Oscar Duran
Montage : Nino Martinez Sosa
Origine : Espagne
Durée : 2h15
Sortie française : 11 juin 2008




   

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