Jason Bourne : L'Héritage

Bourne in hell

Affiche Jason Bourne : L'Héritage

Exit Matt Damon et Paul Greengrass pour ce nouvel épisode dans le monde de Bourne. Mais en guise de nouveau départ nous sommes plutôt en présence d’un faux départ tant l’absence du héros en titre phagocyte toute l’attention.


La franchise basée sur les romans de Robert Ludlum, surtout par l’intermédiaire de la mise en scène de Paul Greengrass faussement confuse et épileptique, aura marqué par sa capacité à précipiter le spectateur au cœur de l’action tout en préservant sa compréhension des uppercuts sensitifs assénés par une caméra frappée de bougeotte. De plus, ce style emprunté à sa formation de documentaire permet de dépeindre avec brio et justesse le chaos émotionnel et mémoriel étreignant Bourne à mesure qu'il touche au but.

Et puisque le titre du film de Tony Gilroy, un des scénaristes des trois premiers films, évoque l’héritage de Bourne, on peut légitimement s’interroger sur le leg, en termes de réalisation et de narration, des films signés Greengrass. Force est de constater qu’il n’en reste pas grand-chose. Comme si cet héritage justement était trop lourd à porter, à perpétuer, au point qu’il essaye de s’en détacher.
Cette volonté de s’affranchir d’un modèle imposant, voire oppressant, est tout à fait louable. Seulement, cela se traduit ici sous la forme d’une fausse complexification qui tient dans la prolifération et l’énonciation elliptique de noms de projets secrets et de nouveaux personnages (si bien que pendant les vingt premières minutes on est un peu paumé pour savoir comment placer tout ce beau monde sur l’échiquier) ; le développement du concept du film se passant en fait dans les interstices du film précédent – l’action de La Vengeance Dans La Peau se déroulait entre les deux dernières séquences de La Mort Dans La Peau, ici, Jason Bourne : L’Héritage se passe en parallèle, dans l’ombre, de La Vengeance… ; mais surtout par une importante aseptisation puisque Gilroy reprend des pans entiers de séquences déjà traitées dans La Vengeance Dans La Peau, entre autres, pour n’en garder que l’écorce, se contentant alors d’une vague ressemblance opératique pour en réactiver le souvenir et ainsi donner l’illusion, la sensation, d’une action trépidante et maîtrisée. Comme un membre fantôme dont on sentirait les picotements de sa présence mais qu’un simple regard révèle aussi sec l’absence.

Jason Bourne : L'Héritage
 

Cet héritage se comporte de la même manière par rapport à la saga originelle, le grand absent étant bien entendu Jason Bourne dont on ne cessera de scander le nom ou rappeler l’importance dans la mise à jour du programme opaque de la C.I.A de confectionner des super-soldats. Une incantation finalement incapable de rameuter son esprit et qui nous laisse en compagnie de l’enveloppe désincarnée Aaron Cross. Dans le rôle, Jérémy Renner ne démérite pas et se donne même du mal mais il ne peut à lui seul combler les lacunes de la caractérisation (des vides qui sont alors peut-être les pendants des trous de mémoires de Bourne ?). Ceci dit, Rachel Weisz, le docteur Martha Shearing, et Edward Norton ne sont pas mieux lotis et seuls leur professionnalisme, leur minimum d’implication (et la beauté de la dame) font passer tant bien que mal la pilule. De médicaments, il en est d’ailleurs question ici, les agents entraînés constituant le projet Outcome (niveau supérieur à Treadstone à l’origine de Bourne et ses congénères) doivent en ingérer régulièrement, modifiant leur patrimoine génétique afin d’être encore plus performants.

Dès lors que les responsables mis au pied du mur par l’action de Bourne décident de supprimer toutes traces des programmes occultes dont Treadstone était la partie visible de l’iceberg, soit l’élimination méthodique des agents-cobayes et des scientifiques chargés du suivi, Cross va opérer pour sa survie en tentant d’échapper à ses poursuivants et surtout en recherchant à se sevrer par l’administration d’un virus, ceci grâce à l’aide de la seul blouse blanche liée au projet encore en vie, Martha. On assiste alors à un changement de motivation, de perspective. Désormais, le héros n’est plus lancé dans une quête identitaire qui l’amenait à revoir ses priorités et questionner ses choix antérieurs mais dans la récupération de sa liberté d’action et l’unique préservation de son être. Une sorte de survival à la sauce action (voir toute la première partie du métrage qui montre son entraînement dans une contrée isolée et glacée avec confrontation avec une meute de loups) qui aurait pu fonctionner sur ce simple canevas tout aussi acceptable qu’un autre si seulement la réalisation était parvenue à rendre l’ensemble excitant. C’est loin d’être le cas malgré les tentatives de verser dans l’agitation effrénée. Car non content de singer par endroits le découpage syncopique des opus de Greengrass sans en effleurer l’efficacité (mis à part les séquences de poursuites automobiles assez illisibles), de reproduire des séquences entières déjà vues précédemment en modifiant la configuration pour faire illusion (principalement la poursuite sur les toits de Manille renvoyant à celle sur les toits de Tanger dans La Vengeance Dans La Peau), les quelques scènes de tension (Cross face à un agent du programme dans une cabane perdue au fond des bois dont on ne sait s’il est là pour l’abattre ou pas, l’interrogatoire de Martha, voire la tuerie dans le laboratoire) sont assez mal gérées et ne suscitent que peu d’émoi.

Jason Bourne : L'Héritage
 

A l’instar de l’intrigue principale où les responsables tentent d’effacer toutes traces de leurs expérimentations, le film en rappelant à intervalles réguliers la référence à Jason Bourne tente de la supplanter par un nouveau visage (soit la monstration du devenir reboot de la franchise) comme si un nouveau corps en mouvement suffisait à remplacer celui absent de l’écran. Malheureusement, Bourne s’avère être un fantôme plutôt récalcitrant.

4/10 
THE BOURNE LEGACY
Réalisateur : Tony Gilroy
Scénario : Tony Gilroy, Dan Gilroy, Robert Ludlum (romans)
Production : Patrick Crowley, Jennifer Fox, Franck Marshall, Henry Morrison...
Photo : Robert Elswit
Montage : John Gilroy
Bande originale : James Newton Howard
Origine : USA
Durée : 2h16
Sortie française : 19 septembre 2012




   

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