Coluche, L'Histoire D'Un Mec

Monsieur Cé

Affiche Coluche

Comme des moutons, nous traitons à notre tour le "film événement" de cet automne, car comme des gros porcs, on ne dit jamais non à un peu de référencement facile dans les moteurs de recherche.


Donc t'as tapé "Coluche" et t'es tombé ici, c'est pas d'bol dis, parce que tu t'apprêtes à lire le papier spécifique du gars qui a trouvé le film ni bon ni mauvais (bien au contraire – hop une référence à la con pour faire plaisir à Macfly), et qui n'a donc pas grande inspiration sur la chose, à part "oué sympa". Pourtant c'est pas faute d'être fan du gros et d'avoir grandi avec ses K7 sur les oreilles. Ni d'être de ceux qui pensent sincèrement que De Caunes a le potentiel pour devenir un cinéaste qui compte (il a quand même balancé un sympathique film de vampire pour sa première tentative !) (on dit que Désaccord Parfait c'était pas lui, que son corps était en possession de l'esprit de Tonie Marshall, ok ?). D'ailleurs il avait déjà prouvé avec Monsieur N. sa maîtrise du biopic dans ce qui reste un cinglant échec public assez incompréhensible. D'autant plus incompréhensible qu'en plus d'une réalisation élégante et l'audace d'un scénario proposant une version non officielle des dernières années du Corse, le biopic a toujours été un genre fédérateur (d'où référencement, moteurs de recherche, tout ça). Et apparemment on tend dans l'Hexagone à en accepter l'idée bon an mal an, les projets se multipliant ces derniers temps (Le Promeneur Du Champ De Mars, Mesrine, Sagan, Sartre, La Môme, Persepolis, Jean Moulin, le Gainsbourg de Sfar bientôt…). Oui, certes, des biopic on s'en fade des quintaux depuis des décennies, seulement maintenant, de temps en temps, ils ne concernent pas seulement des anciens de l'IDHEC et les passionnants troubles de leurs amis de la rive gauche, mais aussi des personnalités importantes. Le genre de détail qui compte.

Coluche
"Et quand je fais ça, aïe, je peux pas le faire. Enfin, là si, mais c'est parce que j'ai pas encore répété ce sketch"


On ne va pas utiliser deux feuillets pour vous résumer le film, il y a des dossiers de presse pour ça, et tout le monde doit normalement savoir de quoi parle Coluche, L'Histoire d'un Mec ainsi que la période qui y est précisément abordée. Si le nouveau métrage de l'enfant du rock permet aux fans de Dubosc d'apprendre qu'en des temps païens et reculés les comiques servaient réellement de contre-pouvoir (on se félicite de la belle mise en avant de l'équipe de Charlie Hebdo, même si Choron ne sort pas son phallus une seule fois, ce qui n'est pas très crédible), il n'éclaire pas vraiment sur l'homme Colucci ni sur les conséquences de ce camouflé envers l'Etat : ok, quatre ans plus tard seront créés les Resto du Cœur, mais quitte à s'épancher sur l'époque et les mœurs plutôt que sur le personnage, pourquoi ne pas avoir mis en perspective l'évolution d'une gauche qui voyait là un bouffon lui hurler aux oreilles "continuez d'aller à l'encontre de vos principes, et vous verrez comment vous allez bien galérer" sans qu'elle daigne prêter attention à cette prophétie ? On a ainsi beaucoup trop l'impression de rester en surface des choses malgré une reconstitution impeccable (autant au niveau de la direction artistique que des acteurs – oué, allez qu'on lui file un César histoire que les rotatives n'aient pas tourné pour rien). Ce sentiment de surface s'explique également par une mise en scène qui semble parfois avoir "peur" de filmer son icône : les premières séquences sont frappantes sur ce point là, le réa reculant le plus possible le moment des gros plans, transformant un crescendo visant à nous introduire dans le film en propositions de captations de loin (les travellings latéraux éblouis par les pars, ça va dix secondes).

Symptomatiques de la redondance comme palliatif au traitement en profondeur du sujet, les scènes au commissariat : se terminant toujours de la même façon (Coluche grogne, envoie balader l'officier et s'en va ; son producteur soupire), elles lassent. Et elles lassent d'autant plus qu'elles ne proposent rien d'autre que ce vain gimmick, De Caunes n'expliquant à aucun moment ce qui motive cette allergie aux flics chez Coluche.
On reste ainsi tout le long dans de l'illustration, bien faite au demeurant, rendant ces retrouvailles factices avec Coluche assez émouvantes, mais hélas peu étonnantes, le bonhomme étant d'une telle générosité et exubérance que les quelques "révélations" sur son mode de vie (on le voit prendre de la coke et se faire réparer un bouton de braguette par une grande blonde) ne choquent que quelques hypocrites, qui feraient mieux d'être désolés qu'en plus de tous ces vices, il roulait sans casque.

5/10
COLUCHE, L'HISTOIRE D'UN MEC
Réalisateur : Antoine de Caunes
Scénario : Antoine de Caunes & Diastème d'après l'œuvre de Philippe Boggio & Jean-Michel Vaguelsy
Production : Thomas Anargyros, Edouard de Vesinne
Photo : Thomas Hardmeier
Montage : Christophe Pinel
Bande originale : Ramon Pipin
Origine : France
Durée : 1h43
Sortie française : 15 octobre 2008




   

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