"- Qu'est-ce que tu penses de la violence au cinéma toi ? - Je me mets toujours au premier rang, alors ce qu'il se passe dans la salle..." Lire l'édito de mars...
Actuellement la mode consiste à priver les films de cinéma de sorties correctes dans les salles de… cinéma : par de misérables exploitations techniques sur quelques écrans, de direct to video injustifiés ou carrément en invoquant la sauvegarde des bonnes mœurs. Parallèlement, le moindre bout de pellicule shooté à la vaille que vaille se voit qualifié d'objet cinématographique et propulsé sur grand écran.
Si voir de telles bobines porter des frusques bien trop grandes pour elles peut parfois emporter notre indulgence, et même devenir de véritables réussites (dernièrement, Né en 68, qui à l'origine devait être un téléfilm), force est de constater que faire passer des vessies pour des phares d'Ouessant finit à la longue par avoir raison de notre patience. D'ailleurs, cette dernière atteint souvent ses limites lorsque entre en jeu un joufflu peroxydé fan des Minipouss. Cette année Luc Besson a décidé de ne pas trop se casser la tête pour produire sa caution artistique lui permettant de chouiner à la télé "Oui mais je fais Taxi 12 pour produire des œuvres plus difficiles alors hein !". C'est ainsi que le téléfilm que préparait Diane Kurys sur Françoise Sagan s'est vu gonflé, comme on dit, pour sortir dans nos salles. En même temps faut être gonflé pour mettre ça dans un cinéma. Ce n'est pas qu'avec Sagan on ait trouvé Diane Kurys moins inspirée qu'à l'accoutumée, puisqu'on ne l'a jamais trouvée inspirée (ni expirée d'ailleurs, d'où les difficultés au gonflement), c'est juste que réaliser un biopic sur une romancière en axant le métrage sur sa vie dans le stupre et la coke tout en occultant sa carrière littéraire ne porte pas très loin l'intérêt de la chose. Le film commence à peine que la Sagan a déjà écrit Bonjour Tristesse et trouvé un éditeur : les motivations de l'auteur ? Ses intentions ? Son inspiration ? Les déclics ? Prrrr, on s'en cogne puisqu'elle se gave de cé. Pis voilà le stupre en question façon Kurys : de la grisaille normande, une partie de roulette et un bisou à Jeanne Balibar. C'est sûr ça fait rêver et permet de mieux comprendre comment un auteur comme Sagan ait pu se perdre là-dedans. Il y a en quelques sortes un accord fond/forme : Kurys fait une croix sur le processus créatif de Sagan, elle fait donc une croix sur le sien. Logique. On aurait tout de même aimé un écrin un peu plus soyeux et pertinent pour la jolie performance de Sylvie Testud. Mais bon, vu les esthètes à la barre du projet…
Française, par contre, n'était pas prévu pour la petite lucarne mais directement pour la grande toile. Et au vu du résultat, c'est peut-être plus inquiétant. En effet, ce premier long avait tout pour donner un petit film sincère et humain, Souad El-Bouhati la réalisatrice parlant d'un sujet qu'elle connaît, d'après une expérience dont elle fut témoin, et était évidemment désireuse de contourner les clichés du genre. Seulement, Française souffre de ce mal très français qui nous ronge depuis des lustres : le culte liturgique de l'auteur, qui empêche quiconque de redire quoique ce soit sur un scénario, quand bien même c'est le premier long-métrage écrit par l'auteur. Résultat : dans un projet qui devait tirer son atout d'une approche authentique, le moindre élément est marqué par le sceau de l'artificialité de la mise en œuvre. La thématique est exposée au marteau et au burin par le procédé le plus éculé qui soit (l'enfant naïf posant une question : "Tu es française, africaine, marocaine, ou arabe ?"), la dramatisation est fabriquée par un agglomérat de punchlines intervenant toutes comme des mouches dans une soupe (la mère engueulant soudainement Sofia, l'héroïne, en lui envoyant un très sec : "N'oublie pas que tu es du pays de tes grands-parents !"), et surtout, maladresse très commune chez nos cinéaste, le thème est confondu avec le récit, comme si un sujet quel qu'il soit pouvait se suffire à lui-même. Ce qui engendre des illustrations convenues d'états, d'humeurs, de conflits n'ayant aucune raison d'être, et des surplaces dramatiques rendant caduques toutes les étapes de l'évolution psychologique du personnage principal, plus provoquées par la nécessité de l'auteur d'en finir que par l'histoire (au deux tiers du film, alors que jusqu'ici rien ne le laissait augurer, l'actrice nous fait sa crise à Césars en hurlant "Si je reste ici je vais mourir !", ce qui laisse assez stoïque sur le coup, vu qu'elle le vivait très bien et qu'elle pensait partir après ses examens). Tous ces défauts sont d'autant plus dommageables que quelques idées simples viennent agrémenter le métrage, comme cette route partant de chez la famille de Sofia et filant vers l'horizon ; cette route est en fait à l'image du film et de son héroïne : longuement scrutée, jamais explorée. Toutefois la réalisatrice, dans un final laissant pantois, répond bien à la question "c'est quoi être française ?" : c'est les briser menu à tout son entourage avec des caprices pour au final y renoncer et très bien se contenter de ce qu'elle a sous la main. De là à en faire un film… Sagan Réalisatrice : Diane Kurys Scénario : Diane Kurys, Martine Moriconi & Claire LeMaréchal Production : Diane Kurys Photo : Michel Abramowicz Montage : Sylvie Gadmer Bande originale : Armand Amar Origine : France Durée : 1h57 Sortie française : 11 juin 2008
Française Réalisatrice : Souad El-Bouhati Scénario : Souad El-Bouhati Production : Jean-David Lefebvre & Jacques Kirsner Photo : Florian Bouchet & Olivier Chambon Montage : Josiane Zardoya Bande originale : Patrice Gomis Origine : France / Maroc Durée : 1h24 Sortie française : 28 mai 2008