Ciao Stefano + La Troisième Partie Du Monde + Sex And The City

Pour deux balles t'as plus rien

Affiche Ciao Stefano

Huit heures de sommeil en trois nuits, trente heures de taf en deux jours sur un festoche de théâtre de rue par 41 degrés (au matin) : c'est donc dans des conditions optimums que je démarre ce marathon cinéphilo-festif...


Le mieux à Marseille à cette époque de l'année, c'est encore de se faufiler dans les salles obscures, pour la clim. Peu importe le film : clim.
Alors que des passants prenaient feu spontanément aux alentours de 13h00 sur la Canebière, je me jetais dans le premier cinéma du coin (le seul, aussi. Marseille...) histoire de faire chuter ma température corporelle. Ainsi me suis-je retrouvé à digérer devant Ciao Stefano, film italien plutôt bien buzzé dans les cercles cinéphiles. C'est donc sans surprise que Ciao Stefano ne recèle aucune surprise : de cette gentille chronique familiale qui voit le fils artiste revenir chez les siens après une période de lose et découvrir que le frérot foire son mariage et la gestion de l'entreprise familiale, on en retient essentiellement deux choses : la figure du vomi qui parsème le premier tiers, visiblement sans que l'auteur ne s'en rende compte (les enfants vomissent, le frère vomit, les dauphins vomissent aussi...) et la bande-son, rock puisque Stefano est un rocker (il a des favoris), qui se limite à deux titres FM montés en boucle pendant cent minutes. Épuisant.

Ciao Stefano

S'il ne se passe rien de marquant ni d'étonnant dans ce produit pour festivals de province, Zanasi a au moins le mérite de nous éviter les clichés de la famille italienne s'engueulant et braillant en avalant des penne rigate au basilic. Du reste, l'auteur semble tellement vouloir éviter les clichés du genre que son film perd peu à peu de sa substance pour ne devenir qu'un agglomérat de séquences purement informatives ("montrer que soeur retourne avec ex", "que frère retrouve femme", "que père sauve boîte"), laissant aux ellipses le soin de combler les diverses progressions dramatiques. Une manière d'écrire et de monter de plus en plus fréquente, puisqu'elle a pour principal effet de donner l'impression d'un processus dynamique et moderne alors qu'elle ne fait que dégager les auteurs de l'exigence d'une construction dramatique solide, cohérente, servant une narration (ici on ne s'inquiète absolument jamais des hypothèques pouvant mettre la famille à la rue). Une manière d'écrire qui produit de bons buzz. 


Affiche La Troisième Partie du MondeDans la foulée, j'ai pris un ticket pour La Troisième Partie Du Monde, premier long-métrage du français Eric Forestier : titre intrigant, affiche intrigante pitch intrigant, j'attendais un film... intrigant. 
La Troisième Partie Du Monde débute par la rencontre d'Emma (Clémence Poésy) et de François (Gaspard Ulliel). Le jeune homme tombe sous le charme, l'emmène dans la maison familiale, lui fait l'amour dans les herbes, et une nuit pouf, il disparaît. Le lendemain son frère arrive, constate la disparition, fait connaissance avec la jeune fille, qu'il retrouvera plus tard et à qui il fera évidemment l'amour. Et lui aussi commencera à disparaître, mais pas en pouf, plutôt en fondu.

Quelques semaines après la fille croque-zizi de Teeth, voilà le pendant français avec la demoiselle trou noir qui fait disparaître les hommes avec qui elle couche. Et comme dans la bande pseudo mutine de Lichtenstein, qui montait des recherches Google sur le vagina dentata histoire qu'on ne passe pas à côté de son érudition ni de son message, Forestier fait de Ulliel un étudiant astro-physicien afin d'expliquer au spectateur endormi ce qu'est un trou noir et le concept d'entropie. Passé cette exposition riche en possibles, la torpeur nous envahit à mesure que l'auteur tente de détourner notre attention du sujet principal (à choisir parmi la psyché d'Emma, le phénomène frappant ses amants, le corps féminin comme allégorie de l'univers...) par des afféteries très convenues, allant jusqu'à signifier la clef du mystère par une porte dans un appartement que personne n'arrive à ouvrir sauf une japonaise en visite avec son mari (Polanski, Zulawski, êtes-vous là ?).
Toutefois ces erreurs de jeunesse prédominent moins que la volonté honorable d'orienter le long-métrage vers le difficile équilibre cher à Resnais entre la poésie et le fantastique naturaliste. Une alchimie complexe à maîtriser qui l'est d'autant plus si on ne choisit pas les pistes à développer. La mise en scène se met alors au profit du cinéaste, le récit ne trouve jamais une réelle raison d'être et tourne en rond : un chapitre se résout grâce à un chien ramené après avoir descendu les poubelles, un autre par une lettre laissée chez l'employeur d'Emma et le final par un calinou avec la japonaise ouvreuse de porte : des facilités handicapantes pour explorer les tréfonds du cosmos, de l'humain et la qualité entropique de ses relations. Qui, de plus, n'amènent aucun indice aux champs ouverts par l'auteur, comme cette analogie nouvelle entre le soleil et la femme, généralement alliée à la lune, qui en conséquence passe pour un motif gratuit et redondant. 

La Troisième Partie du Monde

 

Affiche Sex And The CityPour me finir, direction l'adaptation ciné d'une des séries TV les plus difficilement supportables, je parle évidemment de Sex And The City, soit le show pour la femme moderne, indépendante, émancipée, libre mais qui passent leur vie à rechercher le prince charmant, font des soirées pyjamas à 38 balais et rêvent de grand amour en s'habillant comme des princesses vulgaires.
Une régression d'un cynisme désespérant qui passe depuis 1998 comme une lettre à la poste chez les plus vigilantes féministes, ces dernières ne s'étonnant jamais que la série la plus auto-proclamée "girl power" de la décennie est écrite, produite et réalisée quasiment que par des hommes. Comme quoi, les stéréotypes ne dérangent fondamentalement tant que le label adéquat clignote (imaginez Sex produit par la Fox, Isabelle Alonso aurait déjà mis le feu aux studios de la production).

Et le film alors ? Pendant une bonne partie, une catastrophe. L'impression de subir un worst of de la série : cris hystériques à la moindre occasion ("Tiens y a ma copine : je hurle dans un resto comme si j'avais seize balais mais j'en ai 42", "Tiens elle est fiancée : je hurle dans un resto...", ad lib), déshumanisation de tout ce qui porte un pénis (le fiancé de l'héroïne reste définitivement nommé Big, il reste donc à l'état de "concept", il ne devient jamais la "personne", il n'est pas égal à Carrie ; globalement les femmes ne tolèrent pas les faiblesses de leurs compagnons au point d'en devenir haineuses), apologie du mauvais goût (le personnage principal parle de mode en portant une robe ornés de roses !), culte de la réussite et du pognon nous renvoyant aux pires heures yuppiesques des 80's (le top de la réussite sociale est de se faire offrir un immonde sac Louis Vuitton : mais que fait Patrick Bateman ?). Bref, ceux qui ont vomit leurs derniers idéaux devant Le Diable S'Habille En Prada (seul film fascisant à ne pas avoir provoquer l'ire de Libération l'an dernier) risquent fort d'avoir de nouveaux troubles gastriques.
Passé la première heure et tout le tintamarre relatif au mariage, les auteurs permettent enfin aux personnages d'évoluer, de redevenir un tant soit peu humains et de résoudre en adultes leurs différents conflits. Oui, vous avez bien lu : en adulte. Si l'on se réfère à la dernière scène du film, la majorité s'obtiendrait à cinquante ans. Heureusement que la bonne humeur de la dernière partie permet de faire passer plus facilement ce way of life dont le succès n'arrêtera pas de m'interloquer.

Sex And The City
Et oui les filles, et demain on remet pour encore trois ou quatre films


4/10
CIAO STEFANO

Réalisateur : Gianni Zanasi
Scénario : Gianni Zanasi & Michele Pellegrini
Production : Beppe Caschetto
Photo : Giulio Pietro Marchi
Montage : Rita Rognoni
Bande originale : Atomik Dog & Merci Miss Monroe
Origine : Italie
Durée : 1h44
Sortie française : 30 avril 2008









3/10
LA TROISIÈME PARTIE DU MONDE
Réalisateur : Eric Forestier
Scénario : Eric Forestier
Production : Cédric Walter, Sébastien de Fonseca…
Photo : Patricia Atanazio
Montage : Annick Raoul
Origine : France
Durée : 1h45
Sortie française : 18 juin 2008









4/10
SEX AND THE CITY

Réalisateur : Michael Patrick King
Scénario : Michael Patrick King d'après la série de Darren Star d'après le livre de Candace Bushnell
Production : Darren Star, Michael Patrick King, Sarah Jessica Parker…
Photo : John Thomas
Montage : Michael Berenbaum
Bande originale : Aaron Zigman
Origine : USA
Durée : 2h28
Sortie française : 28 mai 2008




   

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