Teeth

Dents le trou

Affiche Teeth

C'est l'un des gros problèmes qui entachent la comédie à l'américaine : comme s'ils ne croyaient jamais à ce qu'ils racontent, certains cinéastes ne parviennent à conserver un fil conducteur intact d'un bout à l'autre de leurs œuvres.


Faussement libertines mais réellement puritaines, celles-ci finissent constamment par enfoncer des portes ouvertes et se complaire dans les codes conservateurs d'un genre boursouflé par un manque cruel d'originalité. Aussi peut-on compter sur les doigts des deux mains les rares réussites véritablement décomplexées de ces dernières années. C'est donc avec un a priori très favorable que l'attente de Teeth fut caractérisée. Il faut dire qu'un vagin denté, ça ne court pas forcément les rues et qu'un tel concept possédait évidemment matière à un traitement digne de ce nom.

Teeth
Sans détartrage régulier, ça donne des Carrie


Ils commencent sérieusement à nous les briser l'oncle Sam, son église et son respect des traditions. Sa définition de la pureté a depuis bien longtemps terminé son chemin, et c'est bien heureuses que les Britney Spears et compagnie se sont finalement laissées tenter par le diable. Mitchell Lichtenstein semble être du même avis que nous, le fait savoir, mais ne va malheureusement pas plus loin. A force de démonstration, le cinéaste ne sait jamais quoi faire de ses personnages et de la caractéristique vaginale de son héroïne. Un manque cruel d'audace qui finit par se retourner contre lui et le contredire, pour se révéler symptomatique de la faiblesse scénaristique des comédies US. Au fond, Teeth est un résidu social de La Colline a des Yeux, un dommage collatéral de ses radiations nucléaires (la maison de Dawn est très proche d'une usine). Les poncifs font cependant leur bonhomme de chemin, car là où l'on espère pendant 80 minutes que le traitement du concept bascule dans une approche subversive qui lui colle évidemment à la gencive, la psychologie suffisante et partiellement abordée des personnages n'apporte rien et ne permet jamais au récit de surpasser le stade flemmard de la pantalonnade grand-guignolesque (voir le passage chez le gyneco). Si quelques effets gores permettent au métrage de survoler l'ennui de très peu, Teeth brasse finalement énormément de vent et patauge dans un vide assez hallucinant. Rien à se mettre sous la dent, le film n'a rien à raconter, jusqu'à dix dernières minutes qui incarnent parfaitement ce qu'aurait du être l'intégralité du film, à savoir traitement hardcore et psychologie changeante et approfondie : la jeune fille prend conscience de son "pouvoir" et arrête d'hurler à la mort pour passer à l'action.
Bref, ceux qui ont vus et adorés le Pervert! de Jonathan Yudis (en quelque sorte l'équivalent masculin du film de Lichtenstein) seront indéniablement déçus. Les autres... également. De quoi montrer les crocs.

2/10

TEETH
Réalisateur : Mitchell Lichtenstein
Scénario : Mitchell Lichtenstein
Production : Mitchell Lichtenstein & Joyce M. Pierpoline
Photo : Wolfgang Held
Montage : Joe Landauer
Bande originale : Robert Miller
Origine : USA
Durée : 1h28
Sortie française : 7 mai 2008




   

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