De L'Autre Côté + American Gangster + La Boussole D'Or

Angoisse de la page pleine

Affiche De L'Autre Côté

Trois films au programme : deux semi-ratages et un désastre. Les plus doués en math ont déjà calculé que cela équivaut à deux ratages complets, mais ce sont surtout trois sujets de qualité sacrifiés sur les autels de l'épate facile, de l'incompétence manifeste et du filmage en roue libre. Jeu concours : sauras-tu rendre à chacun son propre autel ?


Le vieil Ali paye une prostituée pour vivre avec lui. La prostituée, Yeter, envoie l'argent à sa fille, Ayten, étudiante en Turquie. Mais quand Ali tue accidentellement Yeter, Nejat, le fils d'Ali, décide de retrouver Ayten. En vain car celle-ci s'est réfugiée entre temps à Hambourg, ayant fui son pays du fait de son engagement dans la rébellion. En Allemagne, la jeune fille ne retrouve pas sa mère (normal, elle est décédée si vous avez bien suivi), mais trouve du réconfort auprès de la jolie Lotte. Lorsque Ayten est expulsée en Turquie et emprisonnée, Lotte y court. Et va rencontrer… Nejat ! (y en a trois qui suivent)

De L'Autre Côté

Mettez un peu de destins croisés entre deux pays frères ennemis, activez mécaniquement les axes du récit comme des post-it sur un mur que l'on déplace au gré des humeurs (la mort de Yeter, si fonctionnelle qu'elle ne dégage aucune émotion, rend tout ce qui suit très superficiel), et surlignez le tout avec quelques effets gratuits pour bien montrer que "ouah c'est trop un virtuose le gars qui l'a écrit, 'achement bien fait la façon dont c'est lié", et vous obtenez le Prix du Scénario de Cannes 2007. 
Fatalement, lorsqu'on est trop fier des thèmes soulevés par son scripte roublard, on finit par se sentir obligé d'épater la galerie, quitte à ne pas se rendre compte que l'on met en scène des gags involontaires : citons par exemple l'inutile et risible chassé-croisé des cercueils sur le tarmac de l'aéroport. Plus futile, tu meurs.
De L'Autre Côté
reste donc un petit exercice de style sans grande conséquence, qui vaut surtout pour ses acteurs et le sujet principal, mais hélas englué dans cette fausse virtuosité de festival. Du même auteur je vous conseille le gentiment niais mais pas si mal Kebab Connection, mettant en scène un jeune Allemand d'origine Turque fan de cinéma de genre prêt à tout pour faire son polar façon HK.Plus humble (ce n'est pas Akin qui l'a mis en scène), plus ludique et tout aussi intéressant sur la communauté Turque en Allemagne.


Affiche American GangsterAprès le pitch prometteur gâché dès l'écriture, voici le scénario en or massif de Steve Zaillian (auteur de
La Liste De Schindler et Gangs Of New York, quand même) défoncé par le père Ridley Scott, qui met en scène un film fleuve de près de trois heures comme une bande-annonce géante : les séquences ne durent jamais plus de soixante secondes (la première scène cruciale du film, Denzel Washington négociant un trafic d'héroïne impliquant l'armée avec un grossiste Vietnamien : expédiée en trois champs/contrechamps), un parti pris visuel qui ne tient jamais la distance, Scott ne pouvant s'empêcher de donner de l'effet gratuit (passer de la fréquence normale à des ralentis fluides dans le même plan, c'est peut-être très beau dans un trailer, mais où t'as vu que c'était filmé comme ça dans les 70's ?) et aucune importance donnée à la temporalité du récit, ce qui, pour une saga censée dévoiler l'évolution d'une époque marquante à travers un personnage mythique, est assez fâcheux (combien de temps dure l'ascension de Franck Lucas ? Huit jours ? Huit ans ?).
Tout ceci n'empêche évidemment pas la presse de se défaire de l'idée de grand film qu'elle s'était décidée de voir malgré tout :
American Gangster est dores et déjà favori pour les Oscars paraît-il. S'il l'emporte face à Zodiac, je ne comprends plus rien…

American Gangster
"Non mais Russel, qu'on soit bien d'accord : cette fois-ci, c'est moi qui ramasse l'Oscar. Ridley l'a mis dans mon contrat"



Affiche La Boussole d'OrEt pour finir, la cata, le désastre :
La Boussole D'Or.
Ça partait mal : des bouquins d'Heroic Fantasy qu'on m'a dit très bons (je ne les connais pas) adaptés par le producteur des
American Pie, sur le papier ça fait peur. Sur l'écran, ça ennuie. Mais quelque part, il faut des films mauvais tels que celui-ci afin que le jeu de la comparaison permette à certains de reconsidérer leurs vérités : ici par exemple, Chris Weitz a un background dix fois moins long et complexe à présenter que Peter Jackson avec Le Seigneur Des Anneaux, et pourtant il réussit à rendre son introduction dix fois moins intéressante,  dix fois moins compréhensible et cent  fois moins impliquante. Comme quoi, peut-être bien que de temps en temps les succès publics reposent sur autre chose que de la croûte numérique…
Enumérer les défauts de ce film serait aussi vain que long. Tout juste peut-on citer à titre d'exemple une scène censée représenter le fameux "appel de l'aventure" : après un banquet, l'héroïne, confiée par son oncle à un collège qui doit prendre soin d'elle, a la permission de partir en voyage avec la méchante. Certes… Admettons. Mais ce n'est pas tout : le directeur du collège l'entretien avant le "grand départ" :

"Bon, écoute, tu vas partir avec notre ennemie sans aucune raison, c'est un peu dangereux mais faut bien commencer par quelque chose. Pour la peine, je vais te donner notre objet le plus précieux, un truc, on sait même pas comment ça marche, j'te jure, Joseph a paumé le mode d'emploi et on est comme des brêles depuis, perso j'ai toujours cru que c'était le chronomètre pour faire les œufs à la coque. Alors je te le donne, sur un malentendu ou juste on observant les dessins, chose qu'on n'a pas été capables de faire, tu pourrais comprendre comment on s'en sert. Et, comme on dit à La Bouilladisse : mèfi jeune chole ! Il ne faut surtout pas que la dame méchante prenne possession de ce bidule ! Pourquoi ? A ça on sait pas. P'tet pour te faire des œufs matin et soir."


Bref, difficile de tenir deux heures devant ce spectacle pauvrement réalisé tant le scénario est indigent, ne présentant jamais les motivations des personnages (j'ai beau avoir suivi, j'ai pas compris ce que foutait Daniel Craig au Pôle Nord) ni les  enjeux dramatique, sauf à la fin, durant une pénible scène où l'héroïne nous liste ce qu'on verra dans les prochains films de la saga... qui ne seront pas tournés vu le four de cet opus au box office.
Une pensée émue pour les fans des romans.


5/10
AUF DER ANDERSEN SEITE

Réalisateur : Fatih Akin
Scénario : Fatih Akin
Production : Fatih Akin, Klaus Maeck, Andreas Thiel…
Photo : Rainer Klausmann
Montage : Andrew Bird
Bande originale : Shantel
Origine : Allemagne / Turquie
Durée : 2h02
Sortie française : 14 novembre 2007












4/10
AMERICAN GANGSTER
Réalisateur : Ridley Scott
Scénario : Steven Zaillan d'après un article de Mark Jacobson
Production : Ridley Scott, Brian Grazer, Jonathan Filey
Photo : Harris Savides
Montage : Pietro Scalia
Bande originale : Marc Streitenfeld
Origine : USA
Durée : 2h37
Sortie française : 14 novembre 2007












3/10
THE GOLDEN COMPASS
Réalisateur : Chris Weitz
Scénario : Chris Weitz d'après le roman de Philip Pullman
Production : Bill Carraro, Deborah Forte, Paul Weitz…
Photo : Henry Braham
Montage : Anne V. Coates, Peter Honess, Kevin Tent
Bande originale : Alexandre Desplat
Origine : USA / GB
Durée : 1h53
Sortie française : 5 décembre 2007




   

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