Gérardmer 2013 : The Crack

Exercice d'isolation

Affiche The Crack

L'isolation. La filliation. L'isolation de la filiation.
Le premier film du prometteur Alfonso Acosta, professeur colombien à l'Université Jorge Tadeo Lozano (loués soient ses élèves) chamboule et sonde une sphère familiale marquée par un deuil, le deuil. Les deuils.


Il n'y a jamais qu'une seule mort lorsqu'une famille implose sous le poids de la perte. Tout les êtres restants meurent eux aussi à leur façon et c'est ce qu'entend accomplir Acosta via son bel objet de Cinéma, ici offert en compétition aux festivaliers. Festivaliers si reconnaissants qu'ils ne purent attendre la fin de la pellicule pour applaudir à tout rompre l'ambitieux exercice pasolinien (Théorème n'est pas loin).

Il est question de fraternité dans The Crack, une fraternité isolée, une fraternité disloquée par le décès de la soeur (la soeur encore, comme dans la vulgairement populaire Maison Au Bout De La Rue présentée également ici) et superficiellement reconstituée dans une maison, isolée. Fatalement.

Jean-Pierre Oudart l'a admirablement démontré dans La Suture, "On peut dire que le spectateur, au cinéma, est doublement décentré". Ce qu'applique avec tact le cinéaste via les personnages des enfants jumeaux : décentrage de point de vue diégétique, décentrage dialectique, la raison affronte la folie à travers leurs petits corps et leurs grands mouvements. Jacques Doillon rencontre Carlos Sorin. 

The Crack


L'isolation. Voilà le sort que réserve ces incarnations gémellaires à la tante tentatrice. Ils achèvent son destin de succube zizaniesque, celle qui par son corps de grains et lumière sème le trouble entre les deux frères. Alfonso Acosta affronte ainsi l'insurmontable Les Révoltés De L'An 2000 de Serrador et gagne tout seul ses galons d'auteur.  

Il faut ouvrir la chrysalide familiale pour permettre l'éclosion d'un lien, rompre l'isolation, c'est ce que souligne Acosta via ce lent travelling vertical et terminal captant les contours d'une porte-fenêtre. Un travelling décompressif qui s'assoupit sous les combles de la maison qui questionne la filiation de l'isolation.  

"Ta gueule Jean-Guy, c'était naze ! Mets l'eau pour les pâtes !" me hurlent les autres. L'isolation. 




   

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