Entretien - Sylvain Fusée

Capitaine Fuseau

Affiche Les Aventures De Philibert, Capitaine Puceau

En salles depuis mercredi, Les Aventures De Philibert, Capitaine Puceau est un hommage malicieux à tout un pan du cinéma populaire de cet âge d'or qui tapisse nos souvenirs cinéphiles. Rencontre avec son réalisateur, le grolandais Sylvain Fusée.



Comment es-tu passé de Groland, dont tu as réalisé le pilote en 1989, à la réalisation d’un long-métrage ?
Sylvain Fusée : Avec Jean-François Halin, auteur notamment à Groland, on est collègues de travail et amis depuis quinze ans. Les frères Altmeyer, pour qui il avait déjà écrit OSS 117, lui ont demandé un scénario de pastiche de cape et d'épée, qu’il m’a fait lire en 2008.
Entre Groland, où j’étais revenu en tant que producteur artistique, les Guignols, les pubs et les clips, j'étais déjà bien occupé et n’avais pas de velléité à faire du long-métrage. De plus, ayant été assistant sur des films je savais que ça allait prendre deux ou trois ans de ma vie. Il fallait donc que ce soit quelque chose qui me botte, et quand je l'ai lu c’était juste impossible de refuser. Ce projet me permettait de faire ce que j'adore : reprendre les codes d'un genre "à la façon de". Comme au Groland avec les faux reportages, bandes-annonces ou pubs, or là c’était carrément un genre cinématographique entier : le film de cape et d'épée !, qui reste pour moi le genre le plus codé au niveau narratif et formel.

Les Aventures De Philibert, Capitaine Puceau
 


Justement, les spectateurs connaissent les codes de
Groland puisqu'ils vivent avec tous les jours à la télé. Comment as-tu pensé à mettre en scène les codes de Philibert, énoncés par des films de cape et d'épée qui ont plus de 40 ou 50 ans ?
Je suis à peu près sûr que le public d'aujourd'hui a ces codes-là, qu’ils font partie de notre inconscient culturel.

Le combat final avec les personnages qui font "
Ha haaa !", la montée à la tour pour sauver la belle, la quête de vengeance envers le méchant qui a tué ton père, je pense que c’est dans nos gênes, que ça ramène même aux épopées antiques.
Les codes du "cape et d’épée" et du film de chevalerie ont été perpétués dans des films comme
Star Wars par exemple, dans lequel les sabres lasers ont remplacé les épées mais où les thèmes et les personnages sont universels.

Et au niveau du ton ?

On est dans le pastiche et non dans la parodie. Dans une parodie tu te moques du genre en allant dans le burlesque, dans des vannes basées sur des anachronismes.

Le pastiche c'est prendre, pousser le premier degré d’un genre pour en rigoler tout en lui rendant hommage, en retrouvant tous ses codes.


Les Aventures De Philibert, Capitaine Puceau
 


D'où la nécessité d'énoncer ces codes en début de métrage pour que le spectateur puisse les accepter.

On a voulu retrouver l'esprit, la naïveté des films d'aventure, notamment hollywoodiens avec Errol Flynn. On utilise des décors et costumes improbables qui ne correspondent pas à une réalité historique pure et dure. Cette vision de l'Histoire revisitée devait être installée par des artifices. Dans la première scène, on utilise une découverte (ndlr : élément de décor qui masque un accès aux coulisses) complètement artificielle, une façon de jouer années 40 où on déclame plus qu'on ne joue...

Et surtout une musique héroïque, élément fondamental de ces films.


Les derniers essais de comédies françaises à costumes,
Blanche de Bonvoisin, le remake de L'Auberge Rouge, Le Libertin, le Fanfan de Besson, n'ont pas vraiment marché. Les producteurs n'avaient pas peur de se lancer là-dedans ?
OSS 117
a ouvert la voie du pastiche appliqué à un genre en montrant que ça pouvait fonctionner. Phlilibert est moins subversif, sans résonance politique ou géopolitique, et basé sur une galerie de personnages alors que OSS restait concentré sur un seul. Et par rapport à ceux qui nous ont précédé, nous ne sommes pas dans la même démarche.

Quels ont été les films de référence ?

Pour l'écriture Jean-François a vu les films de Jean Marais comme
Le Capitan, Le Bossu. Il les connaissait mais était plus influencé par les films hollywoodiens des années 30 ou 40, de Michael Curtiz, de Georges Sidney, avec Stewart Granger.
Pour la direction artistique je suis retourné vers les deux époques. On a mélangé les films français réalisés par Hunnebelle pour les artifices d'action, les actions en deux temps, les accélérés, le panache à la française. Et les films hollywoodiens pour le Technicolor naissant, l’optimisme naïf proche de Disney dans les tonalités mais avec une lumière signifiante, traumatisante, les restes de la lumière noir et blanc très travaillée, très studio.
On a regardé pas mal de films, j’en ai montré certains au chef décorateur, d'autres à la costumière, d'autres au chef-opérateur et d'autres encore pour les comédiens afin qu’ils en assimilent le jeu. J’ai d’ailleurs fait visionner à Jérémie (Rénier) des films d'Errol Flynn et de Jean Marais sans le son afin qu’il étudie leurs postures.


Les Aventures De Philibert, Capitaine Puceau
 


Sur
OSS Michel Hazanavicius avait recréé la patine d'époque avec une pellicule spécifique. Vous avez utilisé quel genre de matériel ?
On n'a pas pris le parti d'
OSS, où l’équipe avait travaillé non pas sur les mêmes pellicules, parce qu'au niveau ASA c’était trop faible, mais en arrosant avec les gros projecteurs d'époque. On s'est dit qu'on pourrait très bien faire la même chose avec des éclairages moins puissant, en jouant avec les petites sources pour retrouver ce modelé des contres, et avec les filtres pour raviver les couleurs éclatantes du Technicolor autant au tournage qu'à l'étalonnage.

On a travaillé sur les décors et les costumes en ayant toujours ça en tête : les décors ne sont pas très colorés, à part certains éléments du mobilier, afin de faire ressortir les comédiens à l'avant-plan. Même dans les forêts on a essayé de rappeler ce coté studio en rajoutant des fleurs, des couleurs, en ne tournant pas dans des sous-bois surchargés mais dans des parcs avec de la pelouse.

Régis Blondeau, notre directeur de la photo, raconte très bien tout ceci sur AF Cinéma.


Ce n'est très courant comme assemblage finalement.

Dans une parodie comme les films des ZAZ ou les
Scary Movie on reprend une séquence entière d'un film que le spectateur reconnaît. Là je pense que tous les films sont dedans. Si t'es vraiment pointu tu peux retrouver Robin Des Bois dans le combat final et la montée de l'escalier en pierre, L’Aigle Des Mers avec les grandes ombres qui se battent, avec les galères. Mais on n'est pas obligé d'avoir les références exactes. Le but c’est de laisser le spectateur dans l'histoire et de pas l'en sortir avec des clins d'oeil vraiment directs façon "Ha tiens c'est tel film".

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Par rapport à l'humour et au rythme, est-ce que vous avez tourné certaines séquences de plusieurs façons au cas où l'une d'elle ne fonctionnerait pas à posteriori ?

On n'avait pas le temps donc j’ai vraiment tout pensé à l'avance. On s’est fait des lectures avec Jean-François et Karine Angeli, la co-scenariste (et accessoirement Sandra Dra pour
Groland), pour vraiment être sûr de la direction et ne pas les trahir. J'ai fait des lectures avec les comédiens bien en amont pour se mettre au point sur le ton, le jeu, car on avait 50 jours de tournage, ce qui n'est vraiment pas beaucoup pour une comédie, qui plus est de cape et d'épée où il y a énormément de préparations en costumes, maquillages et coiffures, où tu dois gérer les chevaux, les combats d'épée et les cascades.
En comédie il y a souvent l'envie de chercher des choses, de refaire des prises pour avoir le résultat désiré, mais on n'a pas trop pu improviser sur le plateau. C'était pas du Apatow quoi !


Dans quelle mesure as-tu pu ou voulu travailler avec des Grolandais, notamment au niveau de la musique et du casting ?

Je bosse avec Jean-Louis Bianchina (le compositeur, ndlr) depuis 1992. Chaque fois qu'il a eu à appliquer une musique sur mes réalisations, retrouver l'esprit, la couleur d'un genre, il m'a toujours scotché. C’était toujours dans le ton, on y retrouvait le léger décalage pour que ça soit drôle. Les producteurs ont tout de suite été d'accord, et j'étais surpris parce que c’est rare qu'il y ait vraiment des liens entre le compositeur et le réalisateur. C'était très important parce que la musique fait partie prenante du film, elle souligne des choses, vient en appui, elle raconte.


Pour les comédiens, on ne peut pas faire un film sans Christophe (Salengro), sans Pascal Stencel (AKA Jackie Blangier) même s'il joue un petit rôle, sans Mauricette Gourdon, la mère de Philibert, et bien d’autres. Je tenais à ce qu'ils fassent partie de l'aventure.


Les Aventures De Philibert, Capitaine Puceau
 


Qui a écrit la chanson qui rythme le film ?

Les paroles sont de Jean-François et Karine, la musique de Jean-Louis. On a dû créer avant le tournage les thèmes de Philibert, car la chanson en découle, les personnages devaient la chanter dans le film. On a même fait une version rock avec les Producteurs De Porc (le groupe de Sylvain Fusée, ndlr).


D'ailleurs tu aurais envie de faire un film sur le punk ?

J'ai fait un beau stage (rires), j'ai appris plein de trucs. La télé, le clip, la pub je connaissais par coeur. Le cinema, c'est encore autre chose, et c'est vrai que ça donne envie de remettre le couvert.

Quand tu es dedans tu ne te rends pas compte de l'ampleur du truc. Tu vois où tu veux aller et comment tu peux y aller avec les chefs de poste, t'as un petit flip quand tu arrives en Tchéquie avec les énormes décors, les 200 constructeurs, les 110 techniciens sur le plateau, etc. Alors tu es obligé de bosser avec des oeillères et te concentrer sur tes chefs de poste, tes comédiens, ainsi tu ne te rends pas compte du paquebot que tu es en train de mener. Et c'est maintenant, quand je vois la promo et la campagne d'affichage, que je me rend compte que ce n'est pas un petit film !

Ensuite, je ne sais pas du tout quel pourrait être mon prochain projet. Je ne suis pas auteur, je n'ai pas la prétention d'écrire, à moins que ça me titille et que je m'y mette, mais si on me propose quelque chose qui suscite autant d'engouement et qui me donne autant envie j'y retournerai sans problème.


Merci à Sylvain Fusée pour sa disponibilité et à Julien.




   

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