Les Derniers Jours Du Monde

2,012

Affiche Les Derniers Jours Du Monde

C'est confirmé : l'épidémie des années 80 prend de l'ampleur. La preuve, le post et pré-apo reviennent à la mode. Avant le définitif 2012 de Roland "cette fois-ci je vous mets tout" Emmerich, The Road de John Hillcoat et The Book Of Eli des frères Hughes, c'est la fratrie des Larrieu qui ouvre le bal avec Mathieu Amalric en Omega Man.


Nous sommes à Biarritz, l'eau est jaune fluo, il n'y a plus de papier pour écrire, il pleut des cendres. La faute à un conflit nucléaire (dont on ne saura rien). Sentant la fin proche, Robinson (Amalric) rédige sur un cahier de cuisine les souvenirs de son dernier été durant lequel il rencontra l'excitante Lae, pour qui il quitta sa femme. Alors que les exodes de population s'intensifient, Robinson part à la recherche de sa dernière amante, histoire de ne pas finir seul avec ses regrets.

Les Derniers Jours Du Monde
, décrivant une société sur le point de s'anéantir, vient quelque peu combler un manque dans le cinéma hexagonal d'anticipation, au sein duquel Christian de Challonge avait exploré la survie immédiate avec Malevil et Alexandre Aja la reconstruction difficile d'une civilisation par le biais de Furia.
Si sur le papier l'idée d'une apocalypse nucléaire par les auteurs de
Peindre Ou Faire L'Amour peut paraître saugrenue, à l'image, elle le reste. Bien évidemment leur métrage ne rivalise pas avec la concurrence internationale en terme de moyens, mais on n'y vient pas vraiment pour cela (même si jolie photo d'Arbogast). On y vient pour satisfaire une curiosité, à savoir suivre des personnages façon Larrieu (donc avec un sexe à la place du cœur, voire du cerveau) confrontés à l'absence de conséquence qu'induit la fin du monde. D'autant que leur dernier effort, Le Voyage Aux Pyrénées, prouvait que quand ils en avaient envie, les Larrieu pouvaient partir loin (enfin, c'est relatif) dans la fable épicurienne surréaliste. Apparemment ici ils n'avaient pas envie. Bien évidemment d'aucuns vous expliqueront que face à la fin des temps tout le monde copule dans tous les sens (jusqu'à l'inceste – mais comment résister à Sergi Lopez rempilant dans le rôle du latin lover pour quadra du quartier latin ?), et donc, voyez, c'est hautement subversif (mais pas très neuf). Reste à déterminer dans quel sens se joue la subversion, car de tous ses périples nucléaires, le héros ne subit qu'une portière de voiture reçue sur le coin de la tête, tandis qu'assouvir sa passion, soit suivre Lae aux quatre coins du monde, lui vaut l'amputation de la main droite. Drôle d'égide du sexe et du plaisir comme ultime rempart contre la destruction.

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Mathieu Amalric fin prêt pour la suite du Scaphandre Et Le Papillon


Ensuite, il faut s'accommoder de la touche très caractéristique des frères Larrieu, à savoir cet hédonisme chic et chiant qui ici, sublimé à la fois par une ambiance pré-nuke et des intentions (prétentions ?) plus poétiques encore, n'a jamais paru aussi chic et aussi chiant. A ce titre la séquence prenant part dans un château où est recluse une partie de la bonne société évoque de loin la partouze géante de
Eyes Wide Shut, sans jamais rien provoquer, ni émotion, ni surprise, ni fascination. Probablement parce que nous nous sentons aussi peu concernés que le héros, intéressé uniquement par un accès à sa boîte mail. Notons que ne pas succomber à l'alcool et à la chair lui vaudra dans le cas présent la vie sauve alors que tout les convives périssent. Encore une grande victoire pour la subversion.
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pourrait au final passer pour un remake du Dernier Rivage de Stanley Kramer par Maurice Pialat (et pas seulement à cause du festival de faux raccords dans la scène du bar ou des jump-cuts moches et vains au début dans la cuisine) : des adultes faces à leurs déboires affectifs alors que menacent les ogives nucléaires. Seulement on n'est plus dans les 50's, donc ils couchent. Mais ne résolvent rien pour autant, n'échangent plus, sont résignés à supporter les poids des clichés de leur époque, ne sachant s'exprimer autrement qu'en poncifs extraits des magazines féminins : "J'ai essayé d'oublier cette histoire ou de lui trouver un sens" (verbiage psycho neuneu qu'on retrouvait déjà au mot près dans Peindre Ou Faire L'Amour…).

C'est sûr, ça ne coûte pas cher et il n'y a pas d'effets spéciaux, mais cela reste tout aussi désincarné et facile qu'un disaster movie par Emmerich. Les plaisirs coupables en moins. Un comble.

3/10
LES DERNIERS JOURS DU MONDE
Réalisateurs : Arnaud & Jean-Marie Larrieu
Scénario : Arnaud & Jean-Marie Larrieu d'après le roman de Dominique Noguez
Production : Bruno Pésery
Photo : Thierry Arbogast
Montage : Annette Dutertre
Origine : France
Durée : 2h10
Sortie française : 19 août 2009




   

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