La Planète Des Singes : L'Affrontement

Bonjour au langage

affiche La Planète Des Singes : L'AffrontementCésar et ses congénères viralement modifiés poursuivent leur évolution, leur appropriation de codes moraux, du langage, envisageant cette fois leur vie et survie en tant que groupe. Ils seront amenés à côtoyer et pactiser avec un groupe d'humains pour la dernière fois avant la confrontation inévitable à ce stade de l'histoire.


Nouvel opus de cette série de préquelles se proposant de raconter par le menu tous les évènements ayant conduit à l'apocalyptique film de Francklin J. Schaffner,
La Planète Des Singes : L'Affrontement développe comme Les Origines un récit classique, sans véritable folie, laissant ici la primauté de l'émerveillement aux performances numériques et d'acteurs. Néanmoins, la construction narrative de cette suite est particulièrement intéressante dans le renversement et la symétrie qui s'opèrent. Faisant des Origines et de L'Affrontement deux métrages parfaitement complémentaires.

Cependant, comme dans le premier film signé Rupert Wyatt, la déception pointe si l'on considère le manque de rage, de furie du récit. La première séquence sous la pluie présente un César semble-t-il sur le chemin de la guerre comme le figure les peintures sur les visages mais c'est pour nous présenter une partie de chasse. Après avoir nous avoir solidement appâté avec un traitement radical, c'est carrément la douche froide. Il s'agit d'un blockbuster estival, en espérer une version simiesque du United Red Army de Wakamatsu était insensé. Contentons-nous d'y apprécier le spectacle proposé non dépourvu d'une certaine âpreté.
C'est Matt Reeves qui s'y colle cette fois-ci et sans être renversante, propose une mise en scène de très bonne facture, pourvoyant même quelques images assez saisissantes dans la captation de l'humanisation des singes ou leur violence.

La Planète Des Singes : L'Affrontement


Après Cloverfield, voilà un autre film où l'humain est mis en parenthèse non plus à cause d'une abomination indéfinissable mais une menace résultante des manipulations excessives de l'homme. Le virus échappé du laboratoire d'où ont émergé les singes à décimé la quasi totalité de la population humaine. Une faction vit recluse dans une forteresse et doit pénétrer le territoire du peuple de César afin de réparer un barrage pour bénéficier d'électricité. César expérimente ainsi le délicat numéro de funambule qu'est l'exercice du pouvoir, entre les velléités de représailles de son lieutenant Koba et la nécessité de maintenir la cohésion. Il est de plus tiraillé par son affection pour les humains. Collaborer avec un petit groupe d'hommes pour remettre en état la machinerie du barrage est peut-être l'occasion sinon d'une réconciliation, du moins de renouer le dialogue. Mais l'incompréhension qui fermente de chaque côté rend l'affrontement inévitable.
Les montées de violence donneront ainsi la part belle à Koba dans des séquences d'assaut et de ruse assez remarquables. De l'autre côté du spectre, César hésite, tente de raisonner chacun, d'être un leader moral quand dans le premier film il menait la danse de la révolte simiesque. Cette paralysie quant à la voie à suivre se traduira de manière physique puisqu'il sera mis sur la touche momentanément après avoir reçu une balle. Il recouvrera ses forces à mesure qu'il prendra conscience qu'il lui faut désormais agir, reprendre la main quitte à sacrifier une partie de ses idéaux de paix. Pas de questionnement révolutionnaire mais la progression en crescendo est plutôt bien mise en valeur et quelques audaces pointent ça et là.

En premier lieu, le fait que le film se focalise pendant un certain temps au début du récit uniquement sur le groupe de singes mené par César. Lorsque les humains apparaîtront, ils seront d'abord présentés et envisagés comme une menace à l'équilibre atteint par leur communauté. Et puis il y a cette allusion, ce parallèle esquissé avec le comic book Black Hole de Charles Burns. Une œuvre lue par le fils de Malcolm, le pendant humain de César, et qui lui permettra de nouer des liens avec un primate. La BD raconte comment un virus s'est répandu parmi les adolescents et a engendré certaines mutations, les plus atteints trouvant alors refuge dans la forêt. La correspondance est assez osée pour ne pas dire incongrue car les différences de traitement entre les deux œuvres sont pour le moins assez extrêmes.

La Planète Des Singes : L'Affrontement


Visuellement, les équipes de Weta ont fait un travail admirable, le rendu des créatures est véritablement bluffant, le développement technologique permettant désormais d'atteindre un impressionnant niveau de crédibilité. La performance d'Andy Serkis est encore une fois splendide et parfaitement rendue. La subtile humanisation des singes qui se dessine grâce aux outils techniques et narratifs sert à merveille la construction du récit, et offre un véritable miroir aussi bien visuel que thématique du premier film.
Alors que les singes ont des réactions et attitudes de plus en plus humaines, les humains sembleront de plus en plus désincarnés. Ce renversement est renforcé par la caractérisation peu poussée des personnages humains, qui sont avant tout des archétypes du genre (la vie des réfugiés sera très peu décrite, ce que nous connaissons des films post-apo suffisant amplement à combler les trous). Cela se répercute également sur le temps de présence à l'écran : dans Les Origines les humains occupaient quasiment tout l'espace au départ, L'Affrontement débute par une plongée dans la communauté singe, chaque film voyant alors émerger l'autre espèce. La portée complémentaire entre les deux films est plus évidente dès lors que l'on considère leur titre V.O respectif, Rise / Dawn Of The Planet Of The Apes. Enfin, le rapprochement entre les deux films comme reflet de l'autre (avec quelques variantes et évolution dues au développement de la nation singe) se fait par l'utilisation de même images (la propagation du virus qui concluait le premier ouvre celui-ci ; le regard intense de César face caméra), d'action (la traversée du Golden Bridge est effectuée par les singes non plus pour s'échapper du territoire humain mais pour y pénétrer ; la mise en cage des humains répond au zoo-prison du premier film) ou de langage (le premier mot prononcé par César est dans chaque films un vibrant "No", les circonstances différant). L'évolution de César et son peuple et l'involution des hommes sont ainsi accentuées par la mise en scène, une réappropriation des images au service de la montée en puissance du peuple de primates surdoués.

De fait, la dégénérescence de l'humanité qui s'opérait dans le premier film atteint ici son paroxysme. Jusqu'à complètement s'évanouir dans l’obscurité, comme l'illustre un très beau plan de fin. Expression d’un choix cornélien de César dont le regard final répond à celui qui ouvrait Les Origines. Sauf que cette fois il n’est plus un prémisse à son acquisition d’une part d’humanité mais à son refoulement, à sa perte. Condition inévitable pour partir en guerre.




DAWN OF THE PLANET OF THE APES
Réalisateur : Matt Reeves
Scénario : Mark Bomback, Rick Jaffa & Amanda Silver d'après le roman de Pierre Boulle
Production : Mark Bomback, Rick Jaffa, Amanda Silver, Peter Chernin...
Photo : Mickael Seresin
Montage : William Hoy & Stan Salfas 
Bande originale : Michael Giacchino
Origine : Etats-Unis
Durée : 2h10
Sortie française : 30 juillet 2014




   

Commentaires   

 
+2 #1 kiki le mardi 12 août 2014 à 14:54
Bonjour,
KOBA désigne tout simplement Staline: c'était son nom de guerre lors de la révolution. Ce nom désigne aussi un héros populaire georgien...
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