Edito

      "On dit souvent que Télérama dégomme systématiquement le cinéma populaire. Pas toujours. Télérama a aimé Amadeus, Trois Hommes Et Un Couffin ou Le Père Noël Est Une Ordure..."
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Octobre 2008 Suggérer par mail
Editorial par nicco le 1 octobre 2008

Décanter la situation

Entre Les Murs
Décidément, il ne fait pas bon aborder des sujets épineux dans notre bon cinéma français sous peine de vous voir interprété de travers (mais ça c'est habituel), mais surtout de subir la charge très orientée de chroniqueurs qui, visiblement, ne font que là où on leur dit de faire.
Car pour cet édito à saveur automnale, avec ses feuilles jaunissantes, ses marrons dans les poches et son cartable sentant encore le neuf, j'ai envie de parler du nouveau film de Laurent Cantet, Entre Les Murs, qui, comme chacun sait, conte l'année scolaire d'une classe de quatrième dans un collège du vingtième arrondissement parisien. Je suis en effet assez frappé de l'accueil d'une partie des médias s'échinant à vouloir nourrir une polémique qui a priori n'est pas très gloutonne tant les diverses tentatives sont pets de lapin devant la déferlante du bouche-à-oreille de spectateurs conquis.

Ainsi a-t-on vu Xavier Darcos tenté de faire un peu de récupération politique l'air de rien, qualifiant la méthode du prof "d'échec pédogique", celui-ci s'adressant à ses élèves comme à des adultes, d'égal à égal, usant volontiers de sarcasmes et d'ironies obligeant sa classe à saisir d'autres degrés que le premier. Basiquement j'aurai pensé le contraire, estimant que cette manière de communiquer apportait éveil et émulation intellectuelle, mais apparemment c'est encore trop basique pour Darcos ; rappelons juste au passage que l'autorité ne consiste pas à traiter les gamins comme des bébés baveurs, mais bien à inculquer les codes de la vie en communauté sans se référer à quelque chose d'aussi biaisée qu'une hiérarchie basée sur l'âge. Mais bon, "échec" qu'il a dit. Au-delà de l'inutilité totale d'une telle qualification de la part d'un ministre de l'éducation dont on attend encore la première mesure concrète (suppressions de poste mises à part évidemment), il est intéressant de remarquer combien ce dernier se focalise sur la prestation d'un professeur qui n'aurait que l'exclusion comme solution éducative (dans l'école de Xavier Darcos on n'apprenait pas l'expérimentation des possibles dans les œuvres de fiction). A ce compte-là, pourquoi ne pas s'être insurgé contre la désastreuse éducation qui gangrène la France depuis les années 20 à la sortie des Hauts Murs de Christian Faure l'hiver dernier ?
Hein ? Parce que c'est de la fiction ? Ha oui, pas con.

Entre Les Murs
- Voyez m'sieur, ça sert à rien les études si c'est pour dire n'importe quoi une fois devenu ministre.

Donc dans Entre Les Murs, le prof n'est qu'un sale incompétent : refrain repris en fanfare par une radio qui tente un peu plus chaque jour de battre le record de démagogie déversée à la minute : RMC, pour bien la nommer, essayait de mettre de l'huile sur la flammèche en invitant des professionnels de l'éducation à venir se lâcher sur l'antenne en direct sur le thème "ha ben c'est un beau bordel tout ça, moi dans ma classe ça ne se passe pas comme ça, j'vous l'dis, d'ailleurs je ne me suis fait happy slappé que douze fois cette année, alors z'avez qu'à voir, comme ça que j'les tiens". Ou approchant.

La palme revient sûrement à Revue Républicaine, qui, dans un article à la limite de la parodie, trouve le moyen de voir dans le métrage de Cantet un propos politique, une idéologie, chose dont l'auteur s'est toujours défendu. Mais c'est pas tout, le site des "républicains et gaullistes en ligne" (ha bah voilà, c'est pour ça que c'est occupé) va plus loin : c'est un film idéologique, certes, mais proposant une "parodie de débat", donc en gros, Entre Les Murs est une œuvre idéologique sans… idéologie. Oué, encore un qui sait pas où il a mal quoi… Donc on va dire que c'est normal vu que c'est ce que clame le réalisateur.
Voilà comment reprocher tout et n'importe quoi.

Pour couronner le tout, sur Marianne 2 on se pose une question existentielle : "Entre Les Murs : vision bobo niaiseuse ou film qui donne à réfléchir ?"
On va leur éviter une migraine et proposer autre chose : qu'est-ce qui différencie tant le film de Laurent Cantet et L'Esquive d'Abdellatif Kechiche pour que l'un se voit taxer de niaiserie bobo gauchisante au propos insidieusement orientée pour recruter les futurs membres du Parti, et l'autre absolument jamais remis en question et décrété intouchable ? Car niveau approche éducative et degré de réflexion proches de la pensée Bisounours, L'Esquive et ses ados bouffis de caricatures se posaient là : selon Kechiche, ne suffit-il pas de mettre du Marivaux entre les mains de la mauvaise graine pour qu'elle se prenne de passion pour les Lettres, l'art et voit tout s'embellir autour d'elle ? C'est moi ou c'est incommensurablement niais comme vision ?
Seulement voilà, la mise en scène de Kechiche à base de gigotage de caméra donnait ce cachet "docu zoologique" et "vrai social de la misère tavu" qui plait tant à ceux qui attendent de la fiction des révélations sur les choses du monde qui se trouve à deux stations de métro de chez eux. Cantet, lui, parvient grâce à sa mise en scène sèche mais à l'épaule (il semble que ses cadreurs ne sont pas parkinsoniens) à prouver qu'il n'est pas nécessaire d'abuser de décadrages absurdes pour représenter avec authenticité une certaine réalité. Dépourvu de ces effets pour ciné-club poussiéreux, Cantet propose ainsi un métrage qui ne pète pas plus haut que son cul, ce qui, comme souvent, empêche une partie de la presse de considérer la chose comme n'étant qu'un film, et non une note de synthèse sur l'Education Nationale.

Cette fixette sur la "méthode" du prof et sa "compétence" est assez révélatrice de l'attente orientée de certains médias, qui bien évidemment n'ont pas jugé utile de s'étendre sur ce que Entre Les Murs révélait avant tout sur les élèves, à savoir comment la société actuelle impose à des générations d'enfants à l'émotivité à fleur de peau, bridée par une pudeur incroyable (normal, ce sont des enfants), de s'exposer avec exubérance alors que c'est à peine s'ils arrivent à exprimer les émotions et idées les plus simples. Tous les ateliers de ce "mauvais prof" ne font que pointer et développer cette schizophrénie générationnelle source de frustration chez les élèves, et donc de violence.
A croire qu'il faut aujourd'hui, comme le font les Bacrijaoui, tout surligner au stabilo pour saisir les thèmes et sous-textes d'un film tout en évitant de se faire targuer de démagogie. 
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 1 Posté par Sven le 01 octobre 2008 à 12:19

En encore, j'imagine que Xavier Darcos et les détracteurs du film seraient encore plus vindicatifs s'ils savaient qu'avant d'enseigner, Bégaudeau faisait le "Ponk" au micro de Zabriskie Point : http://www.dailymotion.com/video/x26kgf_zabriskie-point-melodie_music 
 
"Vous vous rendez compte... du rock pour éduquer nos enfants !!!"
 2 Posté par Jérôme le 01 octobre 2008 à 13:24

Pas mal (j'ai pas vu le Cantet) sauf ça : "selon Kechiche, ne suffit-il pas de mettre du Marivaux entre les mains de la mauvaise graine pour qu'elle se prenne de passion pour les Lettres, l'art et voit tout s'embellir autour d'elle ? C'est moi ou c'est incommensurablement niais comme vision ?" qui me semble aux antipodes du film de Kechiche, puisque le personnage de Krimo finit le film exclu de la société(très clairement et visuellement : il reste à l'extérieur de la salle des fêtes et regarde par la fenêtre le reste des élèves jouant la pièce) parce qu'il n'a pas su se faire comprendre dans la langue qu'on lui proposait. La vision de Kechiche est donc quand même un poil plus pessimiste que ce que ton résumé laisse entendre (de plus, une autre scène, où des flics s'en prennent aux héros du film en ayant recours à la violence physique, montre bien -même presque lourdement- que la maîtrise du langage ne permet pas de passer outre tous les diktats sociaux). D'ailleurs, les 2 autres films de Kechiche se terminent aussi sur une situation d'exclusion et d'échec d'un personnage face à la société(le héros de La faute à Voltaire finit expulsé, le Slimane de La Graine et le Mulet meurt et son projet d'entreprise s'effrite).
 3 Posté par pierre le 03 octobre 2008 à 20:29 | website

ouaips, très drôle, très à propos mais si tu épingles la niaiserie du ministre (au passage, rien de neuf au pays du labourage de crane et du paturage médiatique) avec talent, ton argumentation s'effrite un chti peu parce que tu réagis face à la proposition stylistique de Kechiche et à son propos avec la mêm bonne humeur que Darcos à la proposition pédagogique de cantet. je te propose éffectivement de revoir chronologiquement ses 3 films pour te rafraichir les idées et pour t'éviter de finir ministre de l'éducation nationale ou -beurk- journaliste à Marianne. Demain je vais voir Cantet qui va du coup faire plein d'entrées, tant mieux.
 4 Posté par krys64 le 03 octobre 2008 à 21:31

Pour avoir vu "la graine et le mulet", j'ai trouvé que quand même Kechiche aime à étirer son film sur la longueur, et tu me diras que des réalisateurs contemplatifs comme Mamoru Oshii font de même, mais pas avec du vide. 
De plus, j'ai trouvé étonnant que peu de gens n'aient remarqué le caractère raciste du film. Alors, est-ce volontaire de renvoyer à la face du français moyen des stéréotypes habituellement utilisés par l'extrême droite ? Je me pose la question.
 5 Posté par nicco le 07 octobre 2008 à 09:08

Etiré en longueur, c'est gentil, car c'est carrément "laissons des acteurs amateurs faire leurs numéros pendant des plombes (c'est-à-dire répéter 15 fois la même phrase car vous comprenez, c'est plus "authentique") afin d'éviter de traiter le sujet de mon film parce que faudrait pas que les gens se rendent compte que je n'ai rien à dire non plus. Ha tiens on gagne un César pour ça ? Ben merci les gros, je reviendrai". 
 
Donc rien que pour cela, désolé les amis, mais je ne pense pas revoir de sitôt la trilogie Kechichienne et son goût particulier pour les actrices insupportables (mais "authentiques"). 
 
Toutefois, je parlais de vision niaise et caricaturale, et plus je verrais ses films, plus j'aurai envie d'avaler ma main tant tout est caricatural (jusque dans la mise en scène uniquement pensée pour se dédouaner de la caricature, jamais pour se mettre au service du film : quelqu'un a vu à quoi ressemblait le bateau de Slimane les travaux finis ? Trop occupé à nous balancer les sourires carnassiers de la noblesse sètoise en gros plan, Kechiche ne prend pas la peine de nous montrer quelques images du bateau retapé)(les plans larges sont réservés à la mobylette, pourquoi, je sais pas, p'tet parce que c'est tellement plus authentique et tellement moins caricatural...). 
 
Que les films de Kechiche finissent bien ou pas, on s'en ficherait presque en fait, car de toutes façons ce n'est jamais en rapport avec le thème de ses films (qu'il ne traite jamais, préférant les chichis auteuristes donc), et tombe souvent comme un cheveu factice sur la soupe tiède, n'étant jamais la conséquence d'un propos développé durant le métrage : par exemple le projet de Slimane ne part pas en vrille pour des raisons socio-administrato-culturo-tout-ce-que-vous-voulez-et-qui-aurait-largement-pu-être-plus-développé, mais parce que son fils va voir sa maitresse... 
 
Et si je dois me "rafraichir les idées pour m'éviter de finir ministre de l'éducation nationale", je n'oublie pas que dans La Graine et le Mulet, la scène de la petite ne voulant pas faire sur le pot dure deux fois plus longtemps que toutes les démarches de Slimane pour son resto. 
 
Du cinéma engagé quoi.
 6 Posté par macfly le 07 octobre 2008 à 09:56 | website

T'as rien compris nicco, la fille qui ne veut pas faire sur le pot, c'est une métaphore de l'administration qui ne veut pas avancer. 
 
Comment ça j'ai pas vu le film ?
 7 Posté par Pascal le 10 octobre 2008 à 07:43 | website

J'espère que vous ferez un commentaire dédié pour Entre les Murs. D'ailleurs sur ce point : 
« La palme revient sûrement à Revue Républicaine, qui, dans un article à la limite de la parodie, trouve le moyen de voir dans le métrage de Cantet un propos politique, une idéologie, chose dont l'auteur s'est toujours défendu » 
 
Mais je me souviens d'un commentaire sur Wall-E : 
« mais sinon, tu sais, des messages diffus dans des oeuvres sans être les intentions premières des auteurs, ça existe depuis à peu près le début de l'art, vers là. Sinon on a qu'à dire à tous les critiques et historiens de l'art de ne plus rien analyser et de se contenter des interviews sur le web, olé » 
 
Je n'y ai pas encore bien réfléchi mais je crois qu'il y a nécessairement une portée politique à ce film dans la mesure où profs et politiques ne peuvent balayer Entre les murs d'un revers de la main prétextant que ce n'est que du bon cinéma.
 8 Posté par nicco le 10 octobre 2008 à 13:01

Je ne nie pas le fait qu'il peut y avoir un message dans Entre les Murs de la part de Cantet (d'autant plus qu'il y en a un), mais pourquoi faudrait-il qu'il soit forcément politique ?
 9 Posté par Pascal le 11 octobre 2008 à 10:07 | website

Disons déjà que le thème lui-même, l'école, est essentiellement politique dans la mesure où l'éducation est une affaire d'état. 
Il se passe rarement une journée où le sujet de l'éducation, et son budget, n'est pas abordé. 
 
Laurent Cantet n'a certainement pas pu ignorer cela et devait savoir, en cas de succès, que la politique et les idéologues allaient s'emparer du film. 
 
J'ai hâte de lire le contenu de ce mystérieux message :)
 10 Posté par nicco le 11 octobre 2008 à 12:09

Pour ce "mystérieux message", il suffit de relire le dernier paragraphe de cet édito. Il est hélas fort peu probable que l'on développe ceci dans un article dédié (du moins à court terme).
 11 Posté par Bob le 14 octobre 2008 à 19:00

C'est juste un probleme de comprehension n'est ce pas, il faut des sous titres pour Xavier Darcos! C'est lui le cancre au fond de la salle qui pige que dalle, et ça c'est inacceptable, il est temps de prendre des mesures!

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