"On dit souvent que Télérama dégomme systématiquement le cinéma populaire. Pas toujours. Télérama a aimé Amadeus, Trois Hommes Et Un Couffin ou Le Père Noël Est Une Ordure..." Lire l'édito de l'été...
Bien que nous fassions tout ce qui est possible pour nous conformer à l'image que se font de nous nos contempteurs, notamment en cinglant certains films quasi intouchables ("Bande de petits donneurs de leçons, comment osez-vous afficher un point de vue divergent ??!!") (oui c'est vrai ça, comment peut-on ?), il arrive parfois qu'on craque, qu'on se laisse aller dans le saccage gras et facile.
Comme par exemple lorsque le pauvre Mérovingien défend seul contre la rédac le Lucky Luke de James Huth.
Hé, on est méchant ou on l'est pas.
Pis on est tellement méchant qu'on n'avait même pas envie de parler de Cinéman, parce que des fois c'est au-dessus de nos forces. Sans le dévouement d'un de nos lecteurs, Denver pour ne pas le nommer (*applaudissements*), L'ouvreuse n'aurait pas averti sa merveilleuse et toujours plus grande audience de l'évènement que représente le film suédé le plus cher de l'histoire du cinéma : seize millions d'euros (officiels, soit vingt-cinq officieux) pour du carton-pâte, de la désynchro, un habillage sonore venu de Salut Les Musclés, des "gags" à base de fonction -100% sur Avid. C'est balaise. C'est français.
Alors non, on ne voulait pas descendre cette gigantesque daube, on ne voulait pas rabaisser le caquet de ce pénible poseur de Moix qui se compare à Dino Risi ou Stanley Kubrick, on n'avait même pas la perfidie de signaler que le monsieur peut dénigrer le sens burlesque de l'auteur de Docteur Folamour sans que les gardiens de la parole unique ne lui brandissent le bâillon imprimé de la doctrine "Et toua t'as fait quoi toua pour critiquer ?" puisque sieur Moix est tout légitime dans l'exercice au regard des compétences requises aujourd'hui pour s'exprimer sans contradicteur vitupérant : n'a-t-il point déjà livré un premier film ? Certes, une navrante comédie TF1esque nous expliquant qu'il faille refuser ses rêves et ses espoirs car les vertus de la famille, voyez, c'est tellement plus important… Sous bannière US et sorti vingt ans plus tôt, on n'aurait pas compté les pigistes hurlant à la lessive reagannienne devant Podium, mais l'important n'est pas là. Non, l'important c'est que Yann Moix a fait quelque chose, ainsi peut-il se comparer à Risi, mettre le talent de Kubrick en doute, dilapider seize vingt-cinq millions d'euros.
Bref, Cinéman, Moix et cie, on s'en cognait mais d'une force… Seulement voilà, il ne faut jamais ô grand jamais sous-estimer les petites aguicheuses de la tartuffe-sphère hexagonale. Alors qu'on rentrait pénard dans nos pénates en se l'étant mise sous l'épaule pour la prochaine fois (JP Jeunet, allez viens-là gamin…), voilà-t-il pas que cette grosse chagasse de BHL sort du bois et déclame une élégie de collégienne en socquettes comme lui seul en a le secret !
Non mais Bernard-Henri, on sait déjà que tu n'es plus crédible (depuis 1982 environ), quel besoin avais-tu de te ridiculiser pour défendre ton copain Moix (que tu avais publié dans ta revue La Règle Du Jeu) ? Tu me diras, t'en n'es plus à une près, mais là mon cochon t'y es allé à la toupie, t'en as même mis à côté. Puis on voit que t'as l'habitude, tu fais ça fait bien pour ceux qui te connaissent pas, tu te présentes et tout, rappelant la haute estime que tu as de toi-même pour des raisons tellement insignifiantes qu'elles inclinent à te frotter la truffe comme au toutou qui ramène la baballe :
"Erotisme puissant, violent, dans des romans dont je me flatte, il y a presque vingt ans, d'avoir pressenti le tout premier : Jubilations Vers Le Ciel."
Ha coquin, te flatter, c'est ce que tu sais faire de mieux. Par contre, calculer c'est pas ton truc, car 2009 – 1996 = 13 ans. Alors tes "presque vingt ans", c'est l'effet toupie on va dire.
"Et puis loufoquerie, inspiration baroque et déjantée, enfance à volonté, quand il se jette dans le cinéma : hier Podium et, à présent, ce Cinéman qui est le spectacle le plus impressionnant qui nous soit donné de voir ces jours-ci."
Mon pauvre Bernard-Henri, je n'ose imaginer la tête que tu vas faire devant Avatar si Cinéman est pour toi le spectacle le plus impressionnant qui nous soit donné de voir ces jours-ci. Et garde-toi de poser les yeux sur le chef-d'oeuvre de Satoshi Kon Millenium Actress, qui, à concept quasi identique, démantibule sur la forme et sur le fond le "spectacle impressionnant" de ton camarade. Rassure ton égo, on archive ton assertion pour la ressortir dans vingt ans (donc treize) histoire que la prochaine génération puisse apprécier le pertinent visionnaire que tu étais, toujours honnête et droit dans tes bottes.
"C'est un médecin fou (Michel Galabru) puis un gourou (Pierre Richard) qui disposent de la potion magique permettant à un rêveur de son espèce de quitter ce monde gris pour entrer dans les films qu'il aime."
Et même pas tu fais relire tes réclames par ton pote pour qu'il corrige ? Nan parce que là ça se voit un peu mon petit BH que tu n'as pas vu le film (ou que tu ne l'as pas compris, c'est très possible aussi). Du coup on va t'expliquer : Dubosc voyage dans les films à cause d'une broche magique (en même temps c'est pas évident évident de comprendre vu comment les règles de la broche fluctuent), le médecin et le gourou ne sont là que pour aider Cinéman à guérir (car aller dans des fictions est une maladie chez Moix, au passage). Tant qu'on y est, un monde gris, pour toi, c'est donc ça :
"Et c'est la folle aventure, alors, de cet anti-héros partant, dans l'histoire du cinéma, à la recherche d'une princesse (Lucy Gordon) qu'un méchant (Pierre-François Martin-Laval) tient prisonnière dans des films médiocres alors qu'elle ne rêve, elle, que de retourner dans Sissi..."
Les films médiocres dont tu causes, Bernard-Henri, sont Barry Lyndon, Pour Une Poignée De Dollars, Taxi Driver, Les Aventures DeRobin Des Bois de Curtiz… La médiocrité devrait t'être assez familière pourtant. Allez, on va en rester là, la suite n'étant que de l'enfumage grossier, de la pommade aussi mal étalée que ta culture de table des matières, pour désespérément démontrer que "Moix apporte, ici, un certain nombre d'inflexions qui changent tout et font que son film fera date".
Voilà, nous ne voulions pas être méchants, mais, faibles que nous sommes, nous avons cédé devant la tentation. Mais qu'est-ce que cela peut bien faire à la tartuffe-sphère ? Pas grand-chose. Quand on est résolu à prendre son audience aussi ouvertement pour des cons prêts à gober n'importe quoi, à se ridiculiser en étant certain que cela n'aura aucune espèce d'importance sur sa carrière, son pouvoir et son autorité, que voulez-vous craindre ? Le ridicule ne tue plus depuis longtemps, même culturellement.
Le plus cocasse, c'est qu'un papier tel que cet édito peut vous valoir quelques soucis avec d'aimables professionnels de la profession.
Yann Moix, lui, prépare déjà l'adaptation du Voyage Au Bout De La Nuit de Céline.