Edito

      "- Qu'est-ce que tu penses de la violence au cinéma toi ? - Je me mets toujours au premier rang, alors ce qu'il se passe dans la salle..."
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Critique par ZUG le 26 mai 2009

The ring

Affiche Vengeance
"Quand les hommes, même s’ils s’ignorent, doivent se retrouver un jour, tout peut arriver à chacun d’entre eux, et ils peuvent suivre des chemins divergents ; au jour dit, inexorablement, ils seront réunis dans le cercle rouge."

Des paroles proférées par Layamuni Le Solitaire, dit Sidartagantam Le Sage, dit Bouddha alors que muni d’une craie rouge, il trace un cercle. Une citation qui ouvre le film de Jean-Pierre Melville, Le Cercle Rouge, et qui illustre un des fondement majeur de l’œuvre de Johnnie To dont Vengeance constitue un nouveau et éminent vecteur.
Pas le meilleur Johnnie To, ni même un film mineur malgré le recyclage parfois prégnant de ses motifs, manquant parfois de fluidité, il s’avère cependant passionnant à analyser dans ce qu’il met en jeu. Attention aux quelques indiscrétions (aux spoilers quoi !) parsemant cette critique et qui pourraient gâcher votre plaisir.

Quand bien même l’influence majeure de Johnnie To est Akira Kurosawa, qu’il vénère, on rapproche plus facilement son cinéma à celui de Melville. Pourtant, si dans sa jeunesse le petit Johnnie est friand des films d’Alain Delon, il découvre tardivement que certains de ses films étaient réalisés par Melville. Une référence qui imprègne son cinéma à un niveau inconscient mais qui est bien présente. Et son dernier opus en une nouvelle émanation rendue encore plus flagrante dès la mise en chantier de Vengeance puisque le nom d’Alain Delon fut longtemps associé avant qu’il ne se rétracte ; on évoquait alors une relecture de Le Samouraï.

Jean-Pierre To / Johnnie Melville
De plus, le patronyme du personnage finalement incarné par Johnny Hallyday laisse peu de place au doute. Il se nomme Francis Costello, cuisinier de métier au passé trouble d’homme d’action, et peut s’interpréter comme une version du loup solitaire Jeff Costello mort 42 ans plus tôt. Effectivement, To multiplie les références visuelles caractérisant le personnage de Hallyday afin de le poser d’emblée sans qu’il soit besoin de l’expliciter oralement. Une économie de mots habituelle chez le hong-kongais et dont notre légende nationale s’acquitte plutôt bien, se montrant convaincant et levant les doutes quant à sa capacité à s’adapter au système To. Le cinéaste utilise parfaitement le potentiel décelé en visionnant les DVD de ses concerts où le chanteur fait preuve d’une présence et un charisme manifestes.

Et plutôt que d’œuvrer dans le maniérisme stérile ou se contenter d’une simple relecture, Vengeance est avant tout un film de Johnnie To, mêlant toujours avec bonheur comédie, drame, film noir et séquences d’action dantesques et inventives. Et on ne peut que louer sa capacité à, sinon se réinventer, du moins prolonger ses propres codes. Que l’on soit un inconditionnel de son œuvre ou pas, il parvient toujours à surprendre. Bien évidemment ici on retiendra en premier lieu les scènes d’action stupéfiantes, notamment cette fusillade au clair de Lune, To jouant avec l’environnement naturel puisque les sous-bois seront alternativement éclairés selon le passage de nuages devant la lune. C’est encore la reconstitution de la tuerie initiale par les trois acolytes de Costello qui, en reproduisant à l’identique les gestes des tueurs de la famille de sa fille, convoquent les images de flashbacks, rappellant la méthode employée par le Mad Detective (scénarisé par son vieux complice Waï Ka-Faï que l’on retrouve au même poste ici). On sent l'influence du scénariste lors de la séance de méditation, sur la plage, du samouraï (ou désormais Ronin) Costello, scène à la limite du grotesque et du poétique où les fantômes de ses amis et sa famille surgissent de l’eau pour apaiser sa peur de l’oubli avant le dernier combat.

Encore une fois, le scénario ne brille pas par sa complexité, le programme étant tout entier contenu dans le titre, mais To sait transcender ces limites grâce à une narration dilatée (toujours de nombreuse scènes où les personnages sont statiques, bien souvent avant un affrontement) et en insérant ici une donnée qui confère au parcours de Costello une aura tragique : il perd progressivement la mémoire jusqu’à oublier la pourquoi il veut se venger et de qui, voire atteindre un état où le concept même de vendetta devient caduque. Idée géniale qui donne lieu à un développement du personnage vraiment intrigant puisqu’on le verra prendre quantité de polaroïds avant d'enconnaître la raison. Cette mémoire défaillante donne également lie à une séquence véritablement touchante lorsque sur la scène d’un meurtre perpétré dans son hôtel, Costello retrouve la femme flic chargée du dossier de l’exécution de sa fille sans la reconnaître. Une scène poignante tant le visage de la flic exprime un profond désarroi. Une perte de la mémoire exploitée jusqu’à son paroxysme (l’oubli pur et simple), qui sera l’occasion de mettre à l’épreuve Costello, cet inconnu dans la ville, dont l'handicap accentue la désorientation. Perdu sous la pluie au milieu de parapluies anonymes, il devra confronter ces visages avec les polaroïds pour retrouver ses partenaires.

Une mémoire qui s’effiloche à l’image des stickers parsemant Fung et s’envolant progressivement, s'apparentant à une perte de la vue. Une impression renforcée dans le final lorsque la reconnaissance de George Fung ne sera totale qu’une fois la correspondance établie entre les impacts de balles sur sa peau et son manteau par le toucher.
Et puis, To subvertit ce ressort narratif afin d’ironiser sur sa propre méthode de travail, élaborer un film avec une ébauche de scénario. Là, il nous le présente carrément sous la forme du journal tenu par Costello au chevet de sa fille, qui construira le récit à venir en désignant de sa main les passages les plus significatifs. De même avec les photos sur lesquelles il inscrit un nom et donne un rôle (allié, ami, ennemi) : dans une déconstruction en abyme sidérante, Costello construit lui-même le scénario de son existence.

Vengeance

Le cercle infernal
Un parcours en bout de course que le réalisateur transcende en le rendant dépendant de préceptes bouddhistes qui finalement animent sa filmographie. C’est en cela que son cinéma se rapproche de celui de Melville. Il s’avère légitime qu’un cinéaste comme To mène à son terme la vision du français sur de tels principes philosophiques en donnant sa propre version du Cercle Rouge dont il prépare le remake. On peut même dire qu’il s’y emploie dès ce film puisque Vengeance envisage les notions de Karma, de causalité, les destinées des personnages finissant par se rejoindre. Et pour ce faire il multiplie les motifs du cercle qui imprègnent pratiquement chaque plan (un freesbee, une marque sur le sol, etc). Ainsi l’incroyable coïncidence qui fait croiser le chemin de Costello, à la recherche de professionnels, avec celui de trois hommes de main de Fung venus dans son hôtel régler le compte d’une maîtresse infidèle n’a rien de fortuit et participe activement de l’accomplissement d’un destin violent.

Les cercles de violence seront donc d’abord narratifs, la tuerie du début engageant la recherche des instigateurs et par voie de conséquence du commanditaire, ce premier cycle se bouclant par Fung demandant par téléphone à Kwaï (Anthony Wong) son homme de confiance de protéger d’autres hommes attaqués par un blanc et trois chinois, autrement dit Kwaï et sa bande ! Destin cruel, tragique et maintenant maudit, tout le récit se développant ensuite en cercles concentriques pour finalement former une spirale dont Costello est l’épicentre.
Cette figure du cercle détermine l’acte de vengeance en lui-même puisque les partenaires de Costello abattront les autres tueurs réfugiés chez un médecin clandestin dans une exacte répétition, re-constitution du massacre ouvrant le film. Un cercle se referme poussant un autre à se former.
A l’image de Exilé, To confronte ses personnages à un destin qu’ils pensent sinon influençable (en convoquant le hasard de choix issus de pile ou face) du moins maîtrisable. Mettant en jeu avec force la philosophie bouddhiste qui imprègne Le Cercle Rouge (Cf. la citation en introduction), To en développe les fondements et les prolongements pour proposer, ici, une issue salvatrice. Le cercle de la vengeance ne peut être mis en défaut, ne peut être neutralisé qu’en constituant un cercle plus vertueux.

Vengeance

Cercle versus triangle
Le symbole des triades est le triangle. Cette figure a toujours été déclinée par To au long de ses films et celui-ci n’y coupe donc pas. Cette forme menaçante se retrouve principalement dans les déplacements et les actions opérés par les tueurs agissant toujours par trois. Une triangulation du terrain qui s’avère inefficace pour se venger ou survivre (magnifique fusillade dans la décharge où Kwaï, Chu et Lok se retrouvent encerclés par l’armée de Fung). Rien que la présence de Costello change la donne puisqu’en plus de modifier leur configuration, elle va influer sur leurs valeurs morales. Se découvrent ainsi différents cercles figuratifs, protecteurs, refoulant toute idée de vengeance. C’est en effet le cercle familial, brisé initialement, qui rend soudain les tueurs inoffensifs et plus humains lorsqu’ils évoluent, pour un pique-nique, au sein de leur famille. C’est le cercle d’amis constitué par Costello et la bande de Kwaï, invincible ensemble. Des amis qui finissent par former une sorte de fratrie, des frères d’armes qui seront au final bien plus liés par une même morale que par une violence inhérente à leur condition. Comme souvent, To questionne la puissance de la loyauté sur l’amitié.

Enfin, l’apaisement viendra de l’appartenance à un cercle de gamins. Celui dans lequel Costello est accueilli sur une plage qui apparaît comme un lieu déconnecté de l’histoire qui se joue et qui permettra à un héros délaissé par le récit (redirigé vers Kwaï) de se ressourcer. Ces mêmes enfants, lors d’une séquence débutant par un jeu de la séduction virant au rire, encercleront Fung pour lui coller une multitude de petits autocollants, signes distinctifs qui guideront Costello jusqu’à l’accomplissement final. Le jeu comme palliatif à une existence ennuyeuse ou dangereuse. Peut être est-ce là la signification des sourires et des rires affichés tour à tour par Fung et Kwaï au moment de mourir, et par Costello pour conclure le film ?
7/10
FUK SAU
Réalisateur : Johnnie To
Scénariste : Wai Ka-Fai
Producteur : Peter Lam, Johnnie To, Wai Ka-Fai….
Photo : Cheng Siu-Keung
Montage : David M. Richardson
Bande originale : Tayu Lo
Origine : Hong-Kong / France
Durée : 1h48
Sortie française : 20 mai 2009
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 1 Posté par Lord Henry le 26 mai 2009 à 14:35

l'impression que m'a laissé ce film est a peu pret celle decrite dans cette critique, moins poussee... 
 
ce qui casse totalement ce film c'est d'avoir pris johnny H a la place d'un vrai acteur, toutes les scenes ou il est mis en premier plan tournent au ridicule, quand il essaye davoir une expression faciale.. ben il peut plus 
quand il perd la memoire on se dit qu'a son age c'est la senilité, 
quand il cours, on dirait quon lui a pique son deambulateur... 
enfin c'est une catastrophe, dommage le reste du film est bien, parfois les scenes sont tres belles, mais avec johnny ca tourne a la farce 
 
on a passé facilement 30 minutes a rire durant le film, alors que ca se veut sombre et dramatique...
 2 Posté par Riddick le 26 mai 2009 à 15:35

Bonne critique mettant en valeur les thèmes du réal. 
 
Perso, j'ai bien aimé meme si selon moi ce n'est pas un des meilleurs Johnnie To surtout parce que je trouve que le film souffre de problème de rythme.  
 
Ce que j'aime chez To c'est le fait qu'il arrive à insufler du rythme dans la "lenteur" (qui ici n'est pas péjoratif). The Mission en ai forcément le parfait exemple. je sais pas si j'arrive à me faire comprendre en disant ça. 
 
On retrouve cette sensation dans Vengeance (forcément dans le gunfight sous la lune et celui avec les cubes de déchet mais aussi dans des scènes "plus" posées comme celle dans les couloirs de l'hotel ou bien lorsque Johnny H. essaye d'embaucher les 3 tueurs). Mais voilà sans savoir quelles scène sont en trop il y a des moments où j'ai eu l'impression qu'il en fallait peu pour que je me fasse chier. 
 
Ce que j'ai bcp aimé aussi concernant la différence de culture, c'est la scène (ainsi que la mise en place de cette scène) où amis / ennemis se "réunissent" autour d'un repas (scènes récurrente chez To). On y voit notre johnny nationale étonné et refusé la nourriture !
 3 Posté par Zug le 26 mai 2009 à 17:08

Riddick, ce que tu dis est très juste concernant ces scènes de repas présentes à chaque fois. 
C'est vrai qu'il subsiste une impression persistante que To cherche son rythme. On retient de ce film de nombreuse scènes marquantes mais presques déconnectées les unes des autres. C'est aussi cela qui n'en fait pas le meilleur de sa filmo. Mais tout de même bigrement intéréssant et appréciable ! 
 
Lord Henry : Le côté comique involontaire lié à Johnny est encore renforcé par l'exécrable V.F (où même les voix doublant Simon Yam et consort sont ineptes). Malgré tout, le film parvient à suffisamment captiver son auditoire.
 4 Posté par Ulysse le 26 mai 2009 à 18:00

Moi ce qui me plait chez To c'est son économie de mots, sa capacité à tout dire en un plan (le dernier plan d'Election 2, magnifique et plein de sens)... Alors je crains que faire comme tous nos journalistes adorés la constante distinsction entre le "formalisme" (bah ouais le cinéma c'est d'abord des images) et "le fond" ne se révèle particulièrement inadapté pour parler de To. Dire "Ya de belles images" légitime en soi tout le travail de To, ça suffit à faire de ses films des bons films... M'enfin j'sais pas si c'est très clair c'que j'veux dire.

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